Selon les scientifiques, l’homme du futur sera myope : en ville, on n’a pas besoin de voir loin. Je dirais même plus : l’homme d’aujourd’hui (au moins le citadin) doit être myope ; c’est une question de survie.
Nous sommes constamment entourés de stimuli de toutes natures, olfactifs (gaz d’échappement, suprême praline
de Médor…), sonores (avertisseurs, bruits de la foule…) et bien sûr visuels (publicités, enseignes… en plus de la complexité intrinsèque du paysage urbain). C’est beaucoup plus d’informations que ce que nous pouvons traiter.
En réaction à cet état de fait, l’organisme a abaissé son seuil de perception. Il est cependant possible, en se concentrant, de réveiller nos facultés perceptives ; mais ce n’est pas conseillé.
Faites l’essai : dans une rue représentative (pas une ruelle ou une avenue), arrêtez-vous, relaxez-vous, respirez et ne pensez à rien. Regardez autour de vous, observez les mouvements des feuilles sur le platane, les détails du néon de la pharmacie, les plis des vêtements des gens qui passent, les cassures multiples des architectures hétéroclites des façades.
Il y a fort à parier que vous ne tiendrez pas cinq minutes avant que le mal de tête arrive.
Et maintenant, faites la même chose à la campagne. Vous comprendrez la nécessaire cécité des citadins.