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Quand le jeu vidéo ne sert pas qu’à jouer

Initialement publié le 20 juin 2006 à 05:13 America’s Army, Marine Doom, serious game, militainment… Ces noms ne signifient sûrement rien pour vous. Les deux premiers sont des noms de jeux de tir à la première personne (FPS) déjà assez anciens. Ce n’est pas leur valeur technologique qui est intéressante, ni peut-être même leur valeur ludique et leur gameplay, mais leur objectif et leur audience. En effet, ces deux jeux-là ne sont pas des jeux « classiques », que nous pourrions appeler des « jeux ludiques ». Il n’y pas vraiment pléonasme dans cette dernière expression, car depuis un peu plus d’une dizaine d’années apparait ce que les Anglo-saxons appellent des jeux sérieux, c’est-à-dire des jeux avec un objectif didactique. On dit que la honte est un puissant facteur d’apprentissage. Le jeu en est un aussi. Dans les jeux sérieux, c’est par le jeu que l’on va sensibiliser l’utilisateur à quelque chose, en le plaçant dans un état hautement réceptif. Ainsi, un jeu comme America’s Army (et son ancêtre Marine Doom) a-t-il pour objectif de montrer à des recrues potentielles comment se passe réellement le quotidien (ou presque) de l’armée des États-Unis. Ce jeu est fortement controversé, accusé de n’être ni plus ni moins que de la propagande éhontée voire mensongère, mais c’est une autre question.

Le jeu sérieux et ses cousins

Jeu sérieux et jeux éducatifs

Vous connaissez tous les jeux éducatifs classiques, destinés aux enfants ou aux adolescents. Qu’il s’agisse d’apprendre à lire, compter ou jardiner, ils sont présents depuis plusieurs années et rencontrent un succès certain, permettant aux jeunes de se familiariser avec un ordinateur tout en leur apprenant des choses de la vie. Apprendre en s’amusant.

Jeu sérieux et simulateur

On avait fin 2001 glosé sur l’usage de simulateurs de vol par Al-Qaïda pour préparer les attentats du 11-Septembre ; il s’agit de quelque chose de similaire. Cependant, alors qu’un simulateur doit simplement recréer des conditions réalistes, un jeu sérieux doit, lui, être amusant pour placer le sujet dans un état propice à l’apprentissage. Ainsi, simulateur et jeu sérieux poursuivent des buts proches, mais différents et parfois opposés : dans un contexte didactique, un jeu sérieux sera plus efficace si c’est une bonne simulation ; cependant, une simulation est souvent moins « prenante » qu’un autre type de jeu.

Typologie des jeux sérieux

Militainment

Mot-valise formé de military et entertainement, c’est un type de divertissement ayant pour objectif de rendre l’Armée attirante. Largement utilisé par les États-Unis (notamment les susmentionnés Marine Doom et surtout America’s Army). Il ne s’agit pas uniquement de jeux vidéo : n’importe quel « Army Channel » rentre également dans cette catégorie. Lire Wikipedia – Militainment

D’autres sous-genres

Les jeux sérieux sont surtout connus pour leur finalité militaire, voire militarisante. C’est le type de jeux le plus fréquent, malheureusement. Rappelons cependant, pour rester optimistes, que c’est un schéma classique : beaucoup de technologies ont d’abord servi à l’armée (ou à la pornographie) pour ensuite trouver un usage ailleurs.
  • Moins guerrier que les deux jeux précités, Pax Warrior est un « jeu » sur le génocide au Rwanda. Le joueur doit essayer de limiter les tueries1.
  • Interactive Trauma Trainer a, comme son nom l’indique, pour objectif d’entraîner à la médecine en conditions d’urgence. Certes, là encore, la finalité est les médecins militaires, mais c’est tout à fait exportable à autre chose.
  • Making History (à la fois faire l’Histoire et faire date, un jeu de stratégie historique ayant pour objectif de développer l’esprit critique et les capacités de négociation.
  • Avec Food Force on quitte le domaine de la guerre : l’objectif du jeu créé par le programme alimentaire mondial des Nations-Unies est de sensibiliser les 8-13 ans au problème de la faim dans le monde2. Food Force va susciter l’intérêt des enfants et leur faire comprendre que c’est la faim qui tue plus de gens que le sida, le paludisme, et la tuberculose réunies.

Le futur de l’éducation

Je vais terminer avec une citation de l’un des livres préférés, Transhuman Space, un jeu de rôle (mais bien plus, puisque c’est du GURPS !), tiré de la rubrique éponyme de mon blog perso (hop !, un peu de pub). Ce livre reflète nombre de mes visions sur ce siècle qui commence, et cette citation ne fait pas exception :
Au vingtième siècle, l’éducation était conçue pour préparer les gens à la vie dans une civilisation de la Seconde vague. Les enfants apprenaient les compétences nécessaires pour être efficaces dans une usine : alphabétisation, arithmétique, ponctualité, discipline et travail d’équipe. Ils apprenaient aussi l’idéologie dominante de leur nation, à laquelle ils étaient censés se conformer. Les écoles étaient elles-mêmes organisées comme des usines de travail à la chaîne, prenant des jeunes enfants comme matière première et délivrant des citoyens-travailleurs comme produits finis. Apprendre était un travail, et pour nombre d’enfants, un travail pénible et difficile. Aujourd’hui, l’éducation est bien plus importante qu’elle ne l’était en 2000. Les enfants doivent acquérir des compétences techniques bien plus complexes. En même temps, au lieu de devoir ingurgiter une seule idéologie, ils doivent apprendre à reconnaître et traiter l’imposante masse de mèmes à laquelle ils seront confrontés une fois adultes. La charge sur le système éducatif serait insupportable si l’on utilisait encore les méthodes de l’ère industrielle. À la place, l’éducation moderne repose sur des moyens de rendre le procédé d’apprentissage aussi facile et inconscient que possible. Les enfants ne se sentent plus obligés d’apprendre. Au contraire, ils apprennent aussi naturellement qu’ils respirent ou jouent, leur curiosité naturelle mise à défi par des jouets informatiques et des médias ludiques.
À bon entendeur, joystick !   Dans la même veine, je vous conseille la lecture de Jeu vidéo éducatif (qui aborde entre autres la question de la liberté de la connaissance, mise à mal ces dernières années et de la « connaissance publicitaire ») et L’éducation dans la Cinquième Vague.   Ils en parlent mais ne me le disent pas, les petits cachottiers :      
  1. Il n’est cependant pas possible de faire moins que le décompte officiel, ce qui me parait fort politiquement correct.
  2. Le jeu est un peu buggué, sur la mission de convoyage de nourriture.

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Sensibilisation à la consommation énergétique en Chine

Claudia Neubauer, de la Fondation Sciences citoyennes, revient sur les aspects politiques et sociaux […].

Sensibilisation à la consommation d’énergie. Une expérience très intéressante a été menée à Hongkong. La TV, au moment du prime time a appelé ses spectateurs à éteindre toutes leurs lumières dans leurs appartements. Et on a suivi à l’écran la baisse de la consommation d’énergie. Notre rapport à l’énergie est une question de formation, une question de conscience, une question de responsabilité politique et médiatique. Il faut mener des campagnes de sensibilisation à la consommation d’énergie.

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