Pension de garces

Cette ten­dance à prendre les mots en mau­vaise part pro­duit de fâcheux effets. Garce avait un sens très bon, on l’a rendu déshon­nête ; il a fallu prendre fille. Aujourd’hui fille est devenu déshon­nête à son tour en cer­tains cas ; on ne peut plus dire une pen­sion de filles ; il faut dire : de jeunes filles ou de jeunes per­sonnes ; où s’arrétera-t-on ?

La langue fran­çaise per­met de dis­tin­guer sans ambi­guité l’enfant fémi­nin (la fille) de la jeune per­sonne de genre fémi­nin (la garce). En dégra­dant ce mot, c’est une pré­ci­sion que nous avons perdu. Alors que nous avions deux mots pour deux concepts, nous n’avons plus qu’un mot pour deux concepts.

Voir aussi L’étymologie ou l’histoire des mots.

« que je suis » ou « que je sois » ? Rappel sur l’indicatif et le subjonctif

Dom­mage que je ne suis plus étudiant ou Dom­mage que je ne sois plus étudiant ?

Conti­nue rea­ding

Usage du code

Ini­tia­le­ment publié le 22 juin 2005 à 00:37:00

Usages des balises
Code Usage
kbd Tout forme d’entrée : cla­vier, ordre vocal, souris…
code Code infor­ma­tique ou, dans un ouvrage de lin­guis­tique (comme FLE ou Slo­vé­nie > cours de langue), le « code lin­guis­tique » (grammaire, syntaxe…)
samp Exemples au sens large. Tout ce qui peut suivre une locu­tion par exemple.
small « Anti–em ». À l’oral, volume rabaissé, débit plus rapide (mais atten­tion quand même). Géné­ra­le­ment pour des blocs (pour des lignes : parenthèses)
tt Note, remarque, observation

For Free File Formats

First publi­shed on March 23th 2006 at 01:46:59

Empha­sis is mine.

Pro­prie­tary file for­mats are worse than pro­prie­tary soft­ware because they leave you with no abi­lity to switch at a later time. Your data is control­led. If all of your per­so­nal docu­ments are in an open file for­mat, then free soft­ware could serve you in the future. Need to edu­cate the public on lock-in. There is consi­de­rable pro­gress here and conti­nued Euro­pean rejec­tion of soft­ware patents is critical.

The same goes for web­sites, with an added requi­re­ment: not only should the backend (database format) be free, but so should be the fron­tend. We come to think of Web stan­dards (W3C recommandations), but ano­ther impor­tant topic is the Inter­net address: when moving from a Web plat­form (DotClear) to ano­ther (Drupal) I should keep the same addresses. Cool IRI don’t change.

For this lat­ter need, consi­der SIOC: by nor­ma­li­sing the data struc­tures, it makes it easier to keep the same addresses. A Dot­Clear plu­gin has just been relea­sed.

Chasles, syllogismes et polysémie

Ini­tia­le­ment publié le 15 février 2006 à 15:05:21

Rela­tion de Chasles
Syl­lo­gisme mathématique
Poly­sé­mie – Chaînes sémantiques

Des chaînes séman­tiques per­mettent sou­vent, en jouant sur la poly­sé­mie, de pas­ser de syno­nyme en syno­nyme d’un mot à son contraire. Léger → inconséquent → … → gauche → lourd. Que A est syno­nyme de B dans un cer­tain contexte, et B syno­nyme de C dans un autre n’implique pas que A est tou­jours syno­nyme de C : la rela­tion de syno­ny­mie n’est pas tran­si­tive (voir séman­tique géné­rale).

Nous res­tons dans un monde pla­to­ni­cien où la copie n’est pas iden­tique à l’original ;-)

Traduction, syntaxe et sémantique

J’avais déjà abordé la ques­tion des pièges sub­tils de la tra­duc­tion dans un pré­cé­dent billet sur la lettre et l’esprit. Mais c’était, je pense, assez confus, notam­ment parce que je n’employais pas le jar­gon adapté.

Grâce à une amie (cou­cou Caro !) pas­sion­née de gram­maire, on a pu mettre ça au point.

Or donc pour en reve­nir à la ques­tion de la sub­ti­lité de la tra­duc­tion : l’une des rai­sons pour laquelle le thème (de la langue natale vers une autre langue) et plus dif­fi­cile de que la ver­sion (le contraire), d’où le dic­ton être fort en thèmes, est que la séman­tique d’une langue ne s’apprend pas dans un livre.

Il y a, je pense, deux formes de tra­duc­tions littérales :

  1. La tra­duc­tion lit­té­rale « basique », qui bloque à la syn­taxe (l’ordre des mots).
  2. La tra­duc­tion lit­té­rale « évoluée », qui bloque à la séman­tique (le sens des mots).

Je m’explique par des exemples en slo­vène et en anglais :

Fran­çais et slo­vène ont un plus-que-parfait. Mais leur usage est dif­fé­rent ; une phrase au plus-que-parfait en fran­çais ne se tra­duira pas par un plus-que-parfait en slo­vène (mais par un passé ou un sub­jonc­tif, selon les cas).

Un autre exemple plus concret : en slo­vène, mal­heu­reu­se­ment se dit na žalost. La tra­duc­tion lit­té­rale est par mal­heur (na žalost).

La phrase Na žalost nimamo čaja se tra­duit cor­rec­te­ment par Mal­heu­reu­se­ment, nous n’avons pas de thé1. Un slo­vène pour­rait faci­le­ment tra­duire par Par mal­heur, nous n’avons pas de thé. Ce serait tout à fait cor­rect au niveau gram­ma­ti­cal (et, plus pré­ci­sé­ment, syn­taxique). Pour­tant, ça « cloche ».

Un Fran­çais locu­teur natif de fran­çais voit tout de suite ce qui « cloche » : par mal­heur est lit­té­raire. Cela ne tombe pas for­cé­ment sous le sens pour un étran­ger. Et en plus, c’est tout à fait cor­rect, gram­ma­ti­ca­le­ment par­lant : l’erreur de tra­duc­tion est séman­tique, pas syn­taxique.

Pour prendre un autre exemple, plus proche de la réa­lité d’un Fran­çais : lorsque nous par­lons anglais, nous disons sou­vent actually… dans nos phrases, tra­duc­tion lit­té­rale de notre en fait…. Mais, bien que tout à fait cor­recte, cette locu­tion est rare­ment uti­li­sée par un anglo­phone natif. Hor­mis l’accent, l’usage d’actually est, en fait(!), une bonne manière de détec­ter un Français.

On peut dire qu’il s’agit là de « faux-amis sémantiques ».

Ainsi donc, un bon tra­duc­teur pren­dra garde à la séman­tique de la langue qu’il uti­lise, en résis­tant à la ten­ta­tion de reprendre celle de sa langue natale.

Je crains de ne pas avoir été assez clair. Si vous voyez com­ment sim­pli­fier ce texte, merci de m’en faire part.


  1. L’absence de vir­gule dans la phrase slo­vène est volon­taire : la vir­gule n’a pas le même usage en slo­vène et en français.

Le lojban, l’autre Web sémantique

Vous ne connais­sez sûre­ment pas le loj­ban, une langue arti­fi­cielle dont les pré­misses ser­vaient à explo­rer l’hypo­thèse Sapir-Whorf (popu­la­ri­sée par Les lan­gages de Pao, cette hypo­thèse veut que la langue condi­tionne ses locu­teurs : un peuple dont la langue n’a pas de champ lexi­cal pour la guerre sera paci­fique. Pen­sez aussi à la nov­langue de 1984). Plus par­ti­cu­liè­re­ment, le but était de faire une langue si puis­sam­ment expres­sive pour la logique et si bien cal­cu­lée pour que les per­sonnes qui l’apprennent que celles-ci pen­se­raient mieux, si l’hypothèse [Sapir-Whorf] était vraie.

Très peu par­lée, c’est une langue à l’opposée des langues natu­relles, car elle est rigou­reuse, for­melle (au sens scien­tique du terme) : réglée comme du papier à musique, aucune exception…

Le rap­port avec le titre ? Et bien, on dit sou­vent que le Web séman­tique, c’est pour l’ordinateur. Ça sert à ce qu’il com­prenne ce que vous vou­lez dire ou faire, pour pas­ser du per­ro­quet à la com­pré­hen­sion. L’objectif n’est pas de « dis­cu­ter chif­fon » avec l’ordinateur, mais d’effectuer du DWIM, « fait ce que je veux », ce qui pour le moment s’applique sur­tout au rapa­trie­ment d’informations, mais ne lui est nul­le­ment limité.

Et c’est là que le loj­ban sort du champ de la simple curio­sité scientifique :

le loj­ban est conçu pour être uti­lisé par des per­sonnes pour com­mu­ni­quer entre elles, et éven­tuel­le­ment, dans le futur, avec des ordi­na­teurs.

L’ancêtre de cette langue, le loglan, est men­tionné dans cet usage dans Révolte sur la Lune (The Moon is a Harsh Mis­tress).

Vous souvenez-vous du binaire de R2D2 ?


La cita­tion à-peu-près-dans-le-sujet du jour : Le fran­çais, c’est quand même vache­ment pas secure, comme langage.

Florilège Internet Actu — Infrastructure Internet, part. 1