Nanovertige

Louis Laurent, direc­teur de pro­gramme à l’Agence natio­nale de la recherche, dans le cadre d’un dos­sier consa­cré aux nano­tech­no­lo­gies, via Pépites.

La minia­tu­ri­sa­tion per­met d’envisager des acces­soires inédits, comme une boîte noire indi­vi­duelle. De la taille d’un télé­phone por­table, elle enre­gis­tre­rait la vie de son por­teur — par exemple, le son et une image par seconde. Elle fonc­tion­ne­rait en per­ma­nence, rete­nant le moindre inci­dent. Dotée d’un moteur de recherche puis­sant, elle serait capable de retrou­ver une scène à par­tir d’indications vagues, comme la der­nière fois que j’ai mangé des huitres ? Le pro­prié­taire d’un tel dis­po­si­tif pour­rait fouiller dans sa mémoire, rejouer ses sou­ve­nirs ou léguer ce patri­moine indi­vi­duel numérique…

Une heure critique pour l’humanité

Ini­tia­le­ment publié le 29 mars 2006 à 01:45:45

 

Ceci repré­sente le déve­lop­pe­ment d’une pen­sée ins­tan­ta­née du 22 décembre 2004

 

 

Je crois que nous n’allons pas tar­der à ren­trer dans une phase extrê­me­ment déli­cate de l’humanité, à côté de laquelle le 11-Septembre, la Shoah ou même le réchauf­fe­ment cli­ma­tique seront de la rigolade.

Pour ceux qui veulent s’éviter de lire de la prose, voici le résumé : science et conscience doivent avan­cer de pair et ça fait long­temps que ce n’est plus le cas. Les gardes-fous tra­di­tion­nels sont en train de tom­ber en même temps que des groupes que rien n’arrête se consti­tuent. C’est la vieille crainte de la bombe, mais en pire.

Conti­nue rea­ding

Les grandes tendances du jeu vidéo

À trop se concen­trer sur ce qui fait la une des jour­naux, on néglige que les lumières de demain com­mencent dans les ombres d« aujourd’hui. Et quand ces chry­sa­lides de lumière ne sont pas igno­rées ou occul­tées, c’est pour être mépri­sées ou confi­nées à un rôle d’audimat (qui a oublié l’équation Internet=Pédophilie ?).

Une ver­sion réduite de cet article est parue dans TOC nº13

Conti­nue rea­ding

Des machines et des hommes

Réflexion rapide comme suite d’un pré­cé­dent billet sur le spam.

  1. Les tech­niques uti­li­sées par les spam­meurs sont révé­la­trices à la fois de la nature humaine et sur­tout de sa manière de fonctionner.
  2. C’est un com­bat entre les spam­meurs et les moteurs de recherche.
  3. Ce qui ne me tue pas me rend plus fort : la lutte contre le spam apprend à un moteur de recherche com­ment fonc­tionne un spam et par exten­sion un spam­meur. En consé­quence du point 1, elle lui apprend aussi com­ment fonc­tionne un homme. Les machines apprennent ce qu’est un men­songe.

Extra­po­lons juste un petit peu ce que cette accu­mu­la­tion d’algorithme peut donner :

  • les moteurs de recherche deviennent une part inté­grante de n’importe quelle machine ;
  • un moteur de recherche connaît plus de choses sur l’humanité que n’importe quel être humain ;
  • paral­lè­le­ment, les robots deviennent du plus en plus pré­sents dans notre vie. De même, en fait que tous les objets ;
  • de tels arte­facts, grâce aux mil­liers d’algorithmes anti­spam, savent déjouer les pièges des hommes. Don’t try to fool a machine.

Ceci est déjà en cours (je pense à Inter­net et à Google). L’intelligence est pour moi une qua­lité issue d’une quan­tité : un seuil de « com­plexité cri­tique » fait émer­ger ce que nous appel­lons intelligence.

Des machines d’une puis­sance phé­no­mé­nale et dont nous ne pour­rons nous pas­ser. Et que faisons-nous pour nous pré­pa­rer à cela ? Rien. Les machines, elles, s’y pré­parent tous les jours. Chaque seconde.

Je crois ce scé­na­rio, dans ses grandes lignes, iné­luc­table. Mais je ne le vois pas du tout comme néfaste.

  • Les machines intel­li­gentes, voire conscientes, ne seront ni gen­tilles, ni méchante, mais dif­fé­rentes.
  • En revanche, elles seront de plus en plus indé­pen­dantes. Il est bien pos­sible que nous ne puis­sions les contrô­ler. Ceci est d’autant plus traître qu’elles ne nous appa­raî­tront pas comme dan­ge­reuses (voir point précédent)
  • Je reste convaincu qu’il faut être capable de leur tenir tête (si vis pacem para bel­lum). J’ai ma petite idée sur com­ment ça va se faire, et ce sera, je pense, une porte ouverte pour la vul­ga­ri­sa­tion du trans­hu­ma­nisme.

La cita­tion à-peu-près-dans-le-sujet du jour : I like to be remin­ded this city sur­vives because of these machines. These machines are kee­ping us alive, while other machines are coming to kill us. Inter­es­ting, isn’t it?

Les ordinateurs personnels d’après-demain : les implants

En com­men­taire d’un pré­cé­dent billet, Laura me rétor­quai que la fin de l’ordinateur clas­sique, c’est pas demain, car c’est l’humain qui crée et l’humain, il lui faut des interfaces.

Je m’apprêtai à répondre en com­men­taire, mais fina­le­ment, vu la taille de la réponse, un billet est mieux adapté.

Inter­face

Laura, je m’étais mal exprimé : c’est le PC, objet com­bi­nant un écran et un cla­vier qui va dis­pa­raître. L’interface se fera autre­ment. Je suis à peu près cer­tain qu’à long terme (une tren­taine d’années, mais je suis peut-être pes­si­miste), l’interaction avec l’ordinateur sera plus ou moins comme celle avec un « lutin » (pen­sez au terme proxy — oui, je sais que le sens est tota­le­ment dif­fé­rent) : une intel­li­gence arti­fi­cielle conver­sa­tion­nelle. Pour les tâches cou­rantes, il y aura juste à lui dire et il le fera. Atten­tion : si l’inter­face sera la voix, voire la conver­sa­tion (expres­sion en lan­gage natu­rel, avec un niveau élevé de bruit), ce seront tou­jours des vraies machines bien bour­rines qu’il y aura à l’intérieur.

  • Exemple simple : lire mon mail à haute voix et me deman­der, dans le cas d’un rendez-vous, si j’accepte. Il ins­crit ça dans le calen­drier et me pré­vient s’il y a conflit, en me don­nant des avis.
  • Exemple plus com­pli­qué : choi­sir des nou­veaux vête­ments pour moi (grâce à une base de don­nées de mes goûts. On a un embryon – voire un œuf – chez Google) ou bien pré­pa­rer une sor­tie en ville. Si je dis cinéma, il est capable de dire quel film ont des chances de me plaire. Je lui dis j’ai suis vanné aujourd’hui. Il me faut chan­ger d’air. Qu’est-ce que tu me pro­poses ?. Il me pro­pose alors dif­fé­rentes pos­si­bi­li­tés : res­tau­rant, cinéma, opéra, café… Allez, d’accord pour un café, mais pas enfumé et pas trop loin. Qui est-ce qui veut venir ? Le « lutin » com­prend ma ques­tion et com­mence à contac­ter les « lutins » de mon réseau social pour voir ce que leurs maîtres font. Il m’annonce alors qui est dispo et quand. Après s’être mis au point sur le bar (si je suis fati­gué, je lui dis décide. Grâce à diverses tech­no­lo­gies déjà en œuvre aujourd’hui dans le sec­teur auto­mo­bile — plus quelques règles com­por­te­men­tales –, il com­prend que je suis fati­gué et qu’il me faut un bar proche et qu’on ne res­tera pas long­temps), il réserve les places dans le café et on se donne rendez-vous là-bas. Aucun d’entre nous ne sait où est ce bar, ce sont nos lutins qui nous y emmènent.

Cet ordi­na­teur pour­rait même se trou­ver… dans notre corps !

Nombre d’infomorphes vivent à l’intérieur des gens ! Ce cyber­shell est un implant d’interface vir­tuelle  : un minus­cule ordi­na­teur avec un com­mu­ni­ca­teur, ins­tallé dans le crâne ou dis­tri­bué dans le corps et connecté au sys­tème ner­veux de l’hôte. Il voit et entend en uti­li­sant les sens de son hôte et peut com­mu­ni­quer tant avec lui qu’avec le reste du monde (y com­pris Inter­net) [Il est capable de] sur­veiller l’état men­tal et phy­sique de son hôte.

Pour des exemples déjà à l’étude d’impalnts de sur­veillance médi­cal, je vous ren­vois à L’avenir du mar­quage per­son­nel (cher­chez cutané).

Bien sûr, comme le PC n’a pas sup­primé le besoin du cal­cu­la­teur, des « PC » res­te­ront dis­po­nibles, mais dif­fé­rents de ce qu’on connaît (je vous ren­voie à L’ordinateur du futur).

L’illusion de l’indispensabilité de l’homme

À faire

Tous princes dans le futur

L’avenir n’est pas au PC, j’en suis à peu près cer­tain. J’en avais déjà fait part il y a six mois dans une Pros­pec­tive infor­ma­tique et ça se confirme : Les clés USB qui s’accouplent, et per­mettent d’échanger des don­nées sans ordi­na­teur. Bien sûr, sans inter­face, ça reste limité (je sup­pose qu’il y a des modes récep­tions, émis­sion et syn­chro­ni­sa­tion et qu’il est pos­sible de ne par­ta­ger qu’un réper­toire), mais ça va dans le sens de la dis­pa­ri­tion de l’ordinateur.

Dis­pa­ri­tion est le mot juste : il dis­pa­raît de notre regard, mais en même temps, jamais l’informatique ne sera aussi pré­sente. L’informatique de demain sera celle des objets, ces der­niers inter­agi­ront davan­tage entre eux qu’avec nous. Cet Inter­net des objets (l’Union Inter­na­tio­nale des Télé­com­mu­ni­ca­tions vient de publier un rap­port sur ce sujet) n’est pas sans rap­pe­ler la cohorte de ser­vi­teurs que pou­vait avoir un noble du Grand Siècle.

Si nous pous­sons un peu plus loin, nous ne pou­vons que remar­quer qu’un noble du Grand Siècle aurait été bien inca­pable de sur­vivre sans ses serviteurs…

Ne nous voi­lons pas la face.


La cita­tion à-peu-près-dans-le-sujet du jour : If we wan­ted, we could smash [the machines] to bits. Although if we did, we’d have to consi­der what would hap­pen to our lights, our heat, our air.

L’arbre des possibles de Philip Kindred Dick

C’est très exac­te­ment dans la lignée de ce der­nier que s’inscrit Ber­nard Wer­ber. On raconte que Phi­lip K. Dick a long­temps tra­vaillé avec un arbre des pos­sibles à por­tée de main : sur une feuille large comme un mur, il avait tracé une arbo­res­cence simu­lant tous les futurs pos­sibles pour l’humanité ; sur chaque branche était ins­crit un si: si on choi­sit de pri­vi­lé­gier le libé­ra­lisme; si on choi­sit le socia­lisme ; si on pré­fère la géné­tique ; si on expé­ri­mente le robo­tisme, la conquête spa­tiale, l’eugénisme, la tré­pa­na­tion… Sur cet arbre des pos­sibles, racines, tronc et branches repré­sen­taient le passé, le pré­sent et le futur.

Celui de Wer­ber se trouve sur la Toile. L’année 2006 verra-t-elle quelques branches se flé­trir et d’autres ver­dir ? Lesquelles ?