Science-Fiction et Prospective

Je vous livre quelque chose que je cherche depuis long­temps, l’apologue pour la science-fiction et la pros­pec­tive par Gérard Klein (pré­face de Tous à Zan­zi­bar). Un régal.

La Science-Fiction et la Pros­pec­tive sont des demi-sœurs ayant pour père com­mun le désir d’appréhender l’avenir et pour mères deux cou­sines un peu éloi­gnées, l’Imagination et la Méthode. Curieu­se­ment, il y a tou­jours eu un peu de mésen­tente dans cette famille, à savoir que l’aînée, la Fic­tion, mani­fes­tait volon­tiers de la révé­rence pour sa cadette tan­dis que celle-ci, un rien par­ve­nue, s’affichant à la table des grands et s’efforçant de paraître bonne élève et sérieuse, affec­tait sou­vent d’ignorer cette parenté, ou, rame­née à elle, de la mépri­ser. Cer­tains pré­tendent que la Pros­pec­tive, jalouse de la séduc­tion de la mère de l’autre, allé­guait son peu de vertu et met­tait en avant la qua­lité de l’éducation que la Méthode lui avait, quant à elle, don­née. Peut-être les temps sont-ils venus d’une récon­ci­lia­tion per­met­tant aux deux sœurs d’occuper cha­cune la place qui lui revient et de se confor­ter mutuel­le­ment dans la pour­suite pas­sion­nante et fort néces­saire de cette chi­mère, la maî­trise du futur.

Le reste du texte est dis­po­nible sur quarante-deux.org. Je vous recom­mende la lec­ture du texte com­plet, au moins jusqu’à Elle repré­sente assez bien, sur le ver­sant de la pros­pec­tive, ce qu’avait entre­pris plus de vingt ans plus tôt, sur celui de la Science-Fiction, John Brun­ner dans une série de quatre romans dont le plus fameux est Tous à Zan­zi­bar : une des­crip­tion à la fois détaillée et glo­ba­li­sante du futur qui est notre des­ti­na­tion (après, il parle de John Brun­ner et de Tous à Zan­zi­bar, et c’est moins inté­res­sant, à mon sens, vu que ça traîte de l’ouvre elle-même).

Le mot à surveiller : appropriate technology

Locu­tion l’on pour­rait tra­duire par tech­no­lo­gie adap­tée (ce qui en soi ne veut rien dire), il s’agit des tech­no­lo­gies res­pec­tueuses de l’environnement.

Je suis convaincu que cette locu­tion est un signal faible. Comme tout bon intui­tif, je ne peux vous expli­quer pour­quoi, mais sur­veillez ce terme.

Quand le jeu vidéo ne sert pas qu’à jouer

Ini­tia­le­ment publié le 20 juin 2006 à 05:13

America’s Army, Marine Doom, serious game, mili­tain­ment… Ces noms ne signi­fient sûre­ment rien pour vous. Les deux pre­miers sont des noms de jeux de tir à la pre­mière per­sonne (FPS) déjà assez anciens. Ce n’est pas leur valeur tech­no­lo­gique qui est inté­res­sante, ni peut-être même leur valeur ludique et leur game­play, mais leur objec­tif et leur audience.

En effet, ces deux jeux-là ne sont pas des jeux « clas­siques », que nous pour­rions appe­ler des « jeux ludiques ». Il n’y pas vrai­ment pléo­nasme dans cette der­nière expres­sion, car depuis un peu plus d’une dizaine d’années appa­rait ce que les Anglo-saxons appellent des jeux sérieux, c’est-à-dire des jeux avec un objec­tif didactique.

On dit que la honte est un puis­sant fac­teur d’apprentissage. Le jeu en est un aussi. Dans les jeux sérieux, c’est par le jeu que l’on va sen­si­bi­li­ser l’utilisateur à quelque chose, en le pla­çant dans un état hau­te­ment récep­tif. Ainsi, un jeu comme America’s Army (et son ancêtre Marine Doom) a-t-il pour objec­tif de mon­trer à des recrues poten­tielles com­ment se passe réel­le­ment le quo­ti­dien (ou presque) de l’armée des États-Unis. Ce jeu est for­te­ment contro­versé, accusé de n’être ni plus ni moins que de la pro­pa­gande éhon­tée voire men­son­gère, mais c’est une autre question.

Le jeu sérieux et ses cousins

Jeu sérieux et jeux éducatifs

Vous connais­sez tous les jeux éduca­tifs clas­siques, des­ti­nés aux enfants ou aux ado­les­cents. Qu’il s’agisse d’apprendre à lire, comp­ter ou jar­di­ner, ils sont pré­sents depuis plu­sieurs années et ren­contrent un suc­cès cer­tain, per­met­tant aux jeunes de se fami­lia­ri­ser avec un ordi­na­teur tout en leur appre­nant des choses de la vie. Apprendre en s’amusant.

Jeu sérieux et simulateur

On avait fin 2001 glosé sur l’usage de simu­la­teurs de vol par Al-Qaïda pour pré­pa­rer les atten­tats du 11-Septembre ; il s’agit de quelque chose de simi­laire. Cepen­dant, alors qu’un simu­la­teur doit sim­ple­ment recréer des condi­tions réa­listes, un jeu sérieux doit, lui, être amu­sant pour pla­cer le sujet dans un état pro­pice à l’apprentissage. Ainsi, simu­la­teur et jeu sérieux pour­suivent des buts proches, mais dif­fé­rents et par­fois oppo­sés : dans un contexte didac­tique, un jeu sérieux sera plus effi­cace si c’est une bonne simu­la­tion ; cepen­dant, une simu­la­tion est sou­vent moins « pre­nante » qu’un autre type de jeu.

Typo­lo­gie des jeux sérieux

Mili­tain­ment

Mot-valise formé de mili­tary et enter­tai­ne­ment, c’est un type de diver­tis­se­ment ayant pour objec­tif de rendre l’Armée atti­rante. Lar­ge­ment uti­lisé par les États-Unis (notam­ment les sus­men­tion­nés Marine Doom et sur­tout America’s Army). Il ne s’agit pas uni­que­ment de jeux vidéo : n’importe quel « Army Chan­nel » rentre égale­ment dans cette caté­go­rie. Lire Wiki­pe­dia – Militainment

D’autres sous-genres

Les jeux sérieux sont sur­tout connus pour leur fina­lité mili­taire, voire mili­ta­ri­sante. C’est le type de jeux le plus fré­quent, mal­heu­reu­se­ment. Rap­pe­lons cepen­dant, pour res­ter opti­mistes, que c’est un schéma clas­sique : beau­coup de tech­no­lo­gies ont d’abord servi à l’armée (ou à la por­no­gra­phie) pour ensuite trou­ver un usage ailleurs.

  • Moins guer­rier que les deux jeux pré­ci­tés, Pax War­rior est un « jeu » sur le géno­cide au Rwanda. Le joueur doit essayer de limi­ter les tue­ries1.
  • Inter­ac­tive Trauma Trai­ner a, comme son nom l’indique, pour objec­tif d’entraîner à la méde­cine en condi­tions d’urgence. Certes, là encore, la fina­lité est les méde­cins mili­taires, mais c’est tout à fait expor­table à autre chose.
  • Making His­tory (à la fois faire l’Histoire et faire date, un jeu de stra­té­gie his­to­rique ayant pour objec­tif de déve­lop­per l’esprit cri­tique et les capa­ci­tés de négociation.
  • Avec Food Force on quitte le domaine de la guerre : l’objectif du jeu créé par le pro­gramme ali­men­taire mon­dial des Nations-Unies est de sen­si­bi­li­ser les 8–13 ans au pro­blème de la faim dans le monde2. Food Force va sus­ci­ter l’intérêt des enfants et leur faire com­prendre que c’est la faim qui tue plus de gens que le sida, le palu­disme, et la tuber­cu­lose réunies.

Le futur de l’éducation

Je vais ter­mi­ner avec une cita­tion de l’un des livres pré­fé­rés, Trans­hu­man Space, un jeu de rôle (mais bien plus, puisque c’est du GURPS !), tiré de la rubrique éponyme de mon blog perso (hop !, un peu de pub). Ce livre reflète nombre de mes visions sur ce siècle qui com­mence, et cette cita­tion ne fait pas exception :

Au ving­tième siècle, l’éducation était conçue pour pré­pa­rer les gens à la vie dans une civi­li­sa­tion de la Seconde vague. Les enfants appre­naient les com­pé­tences néces­saires pour être effi­caces dans une usine : alpha­bé­ti­sa­tion, arith­mé­tique, ponc­tua­lité, dis­ci­pline et tra­vail d’équipe. Ils appre­naient aussi l’idéologie domi­nante de leur nation, à laquelle ils étaient cen­sés se confor­mer. Les écoles étaient elles-mêmes orga­ni­sées comme des usines de tra­vail à la chaîne, pre­nant des jeunes enfants comme matière pre­mière et déli­vrant des citoyens-travailleurs comme pro­duits finis. Apprendre était un tra­vail, et pour nombre d’enfants, un tra­vail pénible et difficile.

Aujourd’hui, l’éducation est bien plus impor­tante qu’elle ne l’était en 2000. Les enfants doivent acqué­rir des com­pé­tences tech­niques bien plus com­plexes. En même temps, au lieu de devoir ingur­gi­ter une seule idéo­lo­gie, ils doivent apprendre à recon­naître et trai­ter l’imposante masse de mèmes à laquelle ils seront confron­tés une fois adultes. La charge sur le sys­tème éduca­tif serait insup­por­table si l’on uti­li­sait encore les méthodes de l’ère indus­trielle. À la place, l’éducation moderne repose sur des moyens de rendre le pro­cédé d’apprentissage aussi facile et incons­cient que pos­sible. Les enfants ne se sentent plus obli­gés d’apprendre. Au contraire, ils apprennent aussi natu­rel­le­ment qu’ils res­pirent ou jouent, leur curio­sité natu­relle mise à défi par des jouets infor­ma­tiques et des médias ludiques.

À bon enten­deur, joystick !

Dans la même veine, je vous conseille la lec­ture de Jeu vidéo éduca­tif (qui aborde entre autres la ques­tion de la liberté de la connais­sance, mise à mal ces der­nières années et de la « connais­sance publi­ci­taire ») et L’éducation dans
la Cin­quième Vague
.

Ils en parlent mais ne me le disent pas, les petits cachottiers :



  1. Il n’est cepen­dant pas pos­sible de faire moins que le décompte offi­ciel, ce qui me parait fort poli­ti­que­ment correct.
  2. Le jeu est un peu bug­gué, sur la mis­sion de convoyage de nourriture.

Sept tranches de vie en 2008

Ci-dessous, sept sce­nari hypo­thé­tiques pour 2008, tiré du numéro spé­cial vingt-cinquième anni­ver­saire (juin 2003) de l’Ordi­na­teur indi­vi­duel (lire Mon pre­mier OI de Laurent Gloa­guen pour une rétros­pec­tive de ce magazine).

Quatre ans plus tard et à un an de l’échéance, qu’est-ce que ça a donné ?

Conti­nue rea­ding

Spéculations sur l’avenir des appareils photo numériques

L’avenir des APN
Époque - Seg­ment +
Hier Com­pact Bridge Reflex
Aujourd’hui Télé­phone Com­pact Bridge Reflex
Demain Télé­phone Com­pact Reflex
Après-demain Wea­rable Télé­phone
Sur­len­de­main Implants
===========================================>>>                                Montée en gamme <<<=========================================== Davantage de personnes équipées
  1. Seg­ment 1 : pho­tos spontanées
  2. Seg­ment 2 : pho­tos de famille
  3. Seg­ment 3 : pho­tos d’amateur
  4. Seg­ment 4 : pho­tos professionnelles

La seule chose dont je suis sûr avec ce tableau de mon œuvre, c’est qu’il sera faux. En atten­dant, qu’en pensez-vous ?

Récit d’une société sans pétrole

2050, Un jour dans une France sans pétrole (via Fran­çois Par­men­tier).

Une nou­velle quelque peu dys­to­pique et sans pré­ten­tion sur ce qui nous attend dans les décen­nies à venir. Dom­mage que le rythme soit constam­ment cassé par une ava­lanche de nom propres et sur­tout de néo­lo­gismes (erreur de débutant).

J’aime bien Les habi­tuelles révoltes chi­noises contre la relo­ca­li­sa­tion euro­péenne, à rap­pro­cher du et c’est main­te­nant que vous inter­ve­nez du com­man­dant Syl­vestre dans un (pas si vieux) Gui­gnols de l’info. Ainsi que la pein­ture des exci­tés écolos, pas sans rap­pel­ler celle des exci­tés végé­ta­riens.

Prospective du courrier électronique

  1. Bou­clier : il semble assez réa­liste qu’à moyen terme, tous les e-mails non signés seront sys­té­ma­ti­que­ment refu­sés (Trans­hu­man Space en parle, mais je n’arrive pas à retrou­ver la source). La rai­son : la masse crois­sante de spam, qui risque de faire s’effondrer Inter­net.
  2. Lance : les spam­meurs ne s’arrêteront pas à cela et se met­tront à signer leur mes­sages — signa­tures bidons, bien sûr.
  3. Bou­clier : les mails devront alors êtres cer­ti­fiés par une auto­rité — Veri­sign, Thawte et sûre­ment d’autres qui les dépasseront.
  4. Lance : les spam­meurs trou­ve­ront des auto­ri­tés de cer­ti­fi­ca­tions très peu scru­pu­leuses, dans des pays où la loi est très élastique.
  5. Bou­clier : il sera néces­saire de s’assurer de la qua­lité de l’autorité de cer­ti­fi­ca­tion. Pour cela, se met­tront en place des labels, grou­pe­ments, pro­ces­sus… de dimen­sion libre/peu commercial/idéologique mais aussi moins bien armé (peut-être avec un poids gou­ver­ne­men­tal – reconnu d’utilité publique – pour leur per­mettre de mener leur mis­sion à bien).
  6. Lance : round suivant ?

Voilà com­ment on empile les assiettes, sans vrai­ment avoir le choix. Tout ça parce que des petits cons égoïstes sont prêts à emmer­der les autres pour se faire du fric. Ça n’a rien de nou­veau : dans les manifs, on les appelle des cas­seurs, dans les par­tis poli­tiques, des poli­ti­ciens véreux, en reli­gion des sectes… Inter­net est bien une inven­tion humaine.

Ils en parlent mais ne me le disent pas, les petits cachottiers :

Le futur de l’éducation

Denis Ram­baud, pré­sident de l’Association des uni­ver­si­tés popu­laires de France, Sciences humaines, mai 2006.

Le déve­lop­pe­ment des uni­ver­si­tés popu­laires s’explique sans doute par la conjonc­tion de plu­sieurs facteurs.

La mon­tée en puis­sance de la réduc­tion du temps de tra­vail a aug­menté la dis­po­ni­bi­lité des gens. Des mou­ve­ments pro­téi­formes tels que les cafés philo montrent qu’il y a égale­ment une volonté de réin­ven­ter des formes col­lec­tives d’apprentissage, de réflexion, de découverte.

Plus fon­da­men­ta­le­ment, nous sommes dans une société où toute une série de repères clas­siques a changé. Où les indi­vi­dus adhèrent moins à des sys­tèmes idéo­lo­giques tout faits, et cherchent à construire un schéma d’analyse de la société qui leur soit per­son­nel. Notre société est égale­ment mar­quée par de fortes muta­tions tech­no­lo­giques. Les gens qui ont 40 ans aujourd’hui n’ont pra­ti­que­ment pas vu de micro-ordinateurs pen­dant leur for­ma­tion initiale.

Face à la révo­lu­tion des modes de tra­vail, l’idée de l’éducation tout au long de la vie fait son che­min. Aujourd’hui, les par­cours pro­fes­sion­nels sont aussi sou­vent moins linéaires. Moins auto­ma­tiques. Avant, vous pou­viez faire le même métier toute votre vie. Aujourd’hui, les par­cours pro­fes­sion­nels sont sou­vent plus complexes.

Lire aussi L’éducation dans la cin­quième vague et Repen­ser la rému­né­ra­tion des masses.