Archives du mot-clé linguistique

Qu’est-ce que chat sauvage ?

Chat sauvage, c’est ambigu, puisque sa polysémie ne peut se résoudre qu’au niveau pragmatique, pas au niveau syntaxique. Ce peut vouloir dire « un chat (domestique) revenu à l’état sauvage » ou bien « une espèce appelée “chat sauvage” » (note : un chat domestique né et ayant toujours vécu dans la nature fait partie de la première catégorie tout autant qu’un chat ayant par le passé vécu avec des humains).

La solution : parler de chat haret et de chat forestier. Le chat haret est un felis silvestris catus (chat domestique) revenu à l’état sauvage. Le chat forestier est l’un des noms de felis silvestris silvestris, en anglais appelé wildcat (l’anglais n’a pas notre problème, car il a le terme de feral, qui signifie « anciennement domestique » — et donc un chat haret est un feral catferal est univoque, là où sauvage est équivoque). Notez que chat de gouttière et chat errant sont quasi-synonymes de chat haret ; ces expressions sont cependant plus subjectives, car on ne sait pas si c’est un chat apprivoisé qui va prendre l’air ou si c’est vraiment un chat n’appartenant à personne.

Voir aussi les termes de domestique et apprivoisé. « Domestique » s’applique à une espèce, « apprivoisé » à un individu. On peut donc avoir un « chat sauvage apprivoisé » et un « chat domestique sauvage ». Dans le premier cas, il s’agit d’un felis silvestris silvestris qui avec le temps s’est habitué à la présence des hommes (il restera probablement farouche, sauf peut-être s’il est élevé par les hommes depuis la naissance) ; dans le second cas, il s’agit d’un felis silvestris catus vivant dans la nature, un chat haret.

C’est tout pour aujourd’hui !

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Comment dire simplement que…, la solution

Il y a exactement une semaine, je demandais comment rabattre le caquet des pissefroids qui conspuent l’argent dépensé autrement que pour leur nombril. Une interrogation que j’avais depuis plusieurs années.

Dans les commentaires, Gérald, m’a indiqué la solution (alors qu’il croyait justement ne pas en avoir :)) : passer par un exemple.

Et donc voilà, j’ai trouvé : le sophisme de l’argumentum ad odium (argument du détestable ?), c’est-à-dire insinuer que le contradicteur veut le mal des gens.

Je propose de combiner la méthode de l’argumentum ad odium avec le formalisme du snowclone (un modèle de phrase utilisable dans tous les contextes en changeant juste des variables). Voici ce que ça donne :

Sans X hier, vous n’auriez pas Y aujourd’hui.

Gérald donne comme exemple la théorie de la relativité en X et le GPS en Y. Cependant, cet exemple, bien que probant, ne rend pas le contradicteur odieux. Je propose donc de remplacer Y par une technologie médicale — il est difficile, à moins d’être un témoin de Jehovah, d’aller contre une technologie médicale bien choisie. Bien sûr, il faut modifier X en conséquence. Quelqu’un a des idées ?


Accessoirement, ce post vous convaincra, je l’espère, que la linguistique (et plus particulièrement la rhétorique) peut servir à quelque chose. On dit souvent que les sciences académiques ne servent à rien. Voici un contre-exemple 🙂 Certes, pas le plus abordable pour convaincre ceux qui pensent que ça ne sert à rien, mais je suis sûr que vous trouverez des exemples plus accessibles. Je vous ouvre la porte, à vous d’aller voir ce qu’il y a l’intérieur.

Attention, comme tout sophisme, la tentation de la malhonnêteté intellectuelle est forte. Certes, il n’y a pas de mauvais outils, il n’y a que de mauvais usages, mais certains outils se prêtent plus facilement que d’autres aux mauvais usages. Donc, si vous utilisez un tel sophisme, assurez-vous de pouvoir vous regarder dans la glace après.

Merci à PunKeel, qui sait pourquoi.

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Origine du verlan et du cockney

Le verlan se développe d’abord dans les quartiers populaires. Il a la même fonction que le cockney anglais : encoder la langue pour la rendre opaque aux autres groupes sociaux. Le cockney était le fait des vendeurs des rues londoniennes qui pouvaient discuter devant les policiers sans que ceux-ci n’y pigent rien. Notre verlan, lui, est donc directement rattaché à l’émergence des bandes de “cailleras” parisiennes, donc des banlieues parisiennes.

Origines du verlan

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Influence de la langue sur la pensée

Les Chinois, en dehors de leur écriture par idéogrammes, prononcent chaque mot sous forme d’une seule syllabe. Le nombre de sons d’une syllabe étant limité, il existe de nombreux mots qui se prononcent de la même façon. Ainsi, le chinois est une langue qui joue sur les liens entre les mots et les ambiguïtés, par rapport à nos langues occidentales qui elles, tentent au contraire d’établir un discours apparemment le moins ambigu possible.

Las Chinois ne prononcent pas les mots sous forme d’une seule syllabe (chéché — merci), mais l’argument tient quand même, les mots étant beaucoup plus courts.

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Fortune de linguiste

Vous connaissez peut-être cette citation de Molière dans Le Dépit amoureux (1656) :

On ne meurt qu’une fois; et c’est pour si longtemps!

Voici ce que ça donne, pour un linguiste :

Mourir est du perfectif et vivre de l’imperfectif.

La vie n’est pas parfaite, c’est sûr maintenant 🙂

Lire aussi Fortune de chimiste

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Kanzi : bonobo extraordinaire

Kanzi (trésor en swahili) est un bonobo, l’animal le plus proche de l’homme. Né le 23 octobre 1980, rapidement adopté par la mère dominante de son groupe, il accompagnait cette dernière à ses « leçons de communications ».

Pendant que sa mère adoptive luttait pour utiliser six « mots » (des lexigrammes, plus exactement), Kanzi semblait s’ennuyer ; en tout cas, il gênait sa concentration et les chercheurs devaient donc constamment distraire le petit Kanzi pour permettre à sa mère de continuer ses leçons.

Un jour, alors que celle-ci était absente, Kanzi se mit à la tâche. L’air de rien, le prodige avait « en cachette » appris une dizaine de mots. Non seulement il en connaissait plus que sa mère, mais il les avait appris naturellement, pas suite à un entraînement.

Mais ça ne s’arrête pas là. Kanzi écoute aussi l’équipe parler. Ainsi, si vous lui dites lumière, il va actionner l’interrupteur. Il a finit par apprendre l’équivalent anglais de la plupart des lexigrammes. Il a aussi la capacité d’adjencer deux symboles tel que ouvrir orange. À force d’enseignement, le nombre de symboles connus par Kanzi en novembre 2006 est de 348 et il comprend plus de 3000 mots parlés.

Attendez, ce n’est pas tout : Kanzi joue à Ms. Pac-Man et fabrique et invente des outils bien mieux que la majorité des autres singes connus de l’homme ; il est très fier de sa capacité à fabriquer des couteaux de style oldowayen (paléolithique inférieur).

Quelques anecdotes pour finir :

  • lors d’une sortie dans les bois de Géorgie, Kanzi toucha les symboles marshmallow et feu. Quand on lui eut donné des allumettes et du marshmallow, Kanzi brisa auelques brindilles pour faire un feu, l’alluma avec les allumettes et fit griller le marshmallow avec un bâton.
  • un journaliste effectua, à la demande de l’entraîneuse de Kanzi, une danse de guerre maori, avec force claques sur les cuisses, tambourinage sur le torse et cri. Les bonobos présents interprétèrent tous ceci comme une agression et réagirent en criant, montrant les dents et frappant les murs. Tous, sauf Kanzi, qui resta parfaitement calme et « déclara » qu’il comprenait qu’aucune menace n’était exprimé, mais qu’il vaudrait mieux continuer ailleurs, afin de ne pas énerver les autres bonobos. Ce qui fut fait dans une autre pièce, au plus grand plaisir de tous.

Sans grande surprise, Kanzi est le mâle alpha de sa communauté. Pour reprendre les mots d’un journaliste, Kanzi a l’aspect d’un vieux patriarche — calvitie naissante, ventru avec des yeux sérieux et profondément enfoncés dans les orbites.. Comme tout bonobo, il ressemble remarquablement à un australopithèque.

Ça laisse songeur.

Références :

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