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Le « hui » dans « aujourd’hui »

Ini­tia­le­ment publié le 13 août 2005 à 23:50:45

On constate aisé­ment que le vocable aujourd’hui pro­vient de la sou­dure d’au jour d’hui. Quelques secondes de réflexion amènent à la conclu­sion que hui signi­fie main­te­nant. Mais d’où cela vient-il ?

Aujourd’hui date de la fin du ⅩⅠⅤe siècle. Il est dérivé d’au jour d’ui (sans h) qui appa­raît vers 1150 et est lui-même une contrac­tion de à le jour d’hui (avec un h, sans élision).

Hui

Venons-en à ce qui nous inté­resse, hui.

  1. Son ori­gine est latine. Il s’agit de ho die, abla­tif cir­cons­tan­ciel de temps formé avec dies.
  2. Cet abla­tif a formé le mot, tou­jours latin, hodie.
  3. En ancien fran­çais, ce mot, avéré dès 1080, a revêtu deux formes :
    • hui
    • hoi (com­pa­rez cette der­nière forme avec le mot hoy, aujourd’hui, en espagnol)
  4. Comme beau­coup de termes, ce mot n’existe plus aujourd’hui que dans des expres­sions figées (des idio­tismes ?), en l’occurrence, aujourd’hui.

Comme le note l’excellent Dic­tion­naire his­to­rique de la langue fran­çaise (Robert, trois volumes), le fran­çais use en la cir­cons­tance d’un ren­for­ce­ment pléo­nas­tique ’(entre jour et hui) qui lui est par­ti­cu­lier et que ne connaissent ni l’italien oggi ni l’espagnol hoy.

Cette der­nière pré­ci­sion rend d’autant plus ridi­cule la mode du jour d’aujourd’hui, triple pléo­nasme1. Il est déso­lant de voir com­bien les outils mis en place par une langue (ici, l’emphase sur le temps pré­sent) sont oubliés et la roue constam­ment réin­ven­tée de manière klud­gesque. Je revien­drais sur cette course aux superlatifs…

J’ai presque envie de réin­tro­duire le mot hui, tiens. Serait-ce lin­guis­ti­que­ment (gram­ma­ti­ca­le­ment ?) cor­rect, si j’employais aujourd’hui le mot hui ? Serait-ce un néo­lo­gisme (paléo­lo­gisme convien­drait davantage) ?

Voir péris­so­lo­gie.

Ils en parlent mais ne me le disent pas, les petits cachottiers :


  1. Bien que l’Académie fran­çaise signale que cette locu­tion n’est pas incor­recte, juste abusée

Dictionnaire culturel en langue française

Si, comme moi ou Laurent Gloa­guen, vous êtes un amou­reux des mots, voici une idée de lec­ture (et de cadeau) : le Dic­tion­naire cultu­rel en langue fran­çaise, paru en 2005.

L’idée de ce dic­tion­naire est non pas d’expliquer la culture, mais de racon­ter la culture. Non la culture fran­çaise, mais la culture en géné­ral, de Sumer à nos jours. C’est pour cela qu’il s’agit d’un dic­tion­naire en langue fran­çaise et non d’un dic­tion­naire de langue française.

Alain Rey, direc­teur de la publi­ca­tion et figure emblé­ma­tique des Édi­tions Robert, nous l’explique en vidéo (j’ai mis un lien vers la vidéo bas débit, car la vidéo est tota­le­ment acces­soire, la parole suf­fit). En voici la transcription.

Trans­crip­tion de la pré­sen­ta­tion orale par Alain Rey

Bon­jour, je suis là pour vous racon­ter deux types d’histoire, l’une un peu par­ti­cu­lière et l’autre très très générale.

L’histoire par­ti­cu­lière, c’est celle d’un dic­tion­naire, un dic­tion­naire d’un type nou­veau et c’est pour ça qu’on essaye d’en par­ler, un dic­tion­naire qui englobe l’idée de la des­crip­tion nor­male et connue d’une langue, en l’occurrence la langue fran­çaise, avec une très très vieille expé­rience de cette manière de faire, et aussi un dic­tion­naire qui raconte, lui, des his­toires, jusqu’à l’Histoire avec un grand H qui est celle des civi­li­sa­tions, des cultures, et de tout ce qu’elles nous ont apporté.

Dans une langue, la manière de pen­ser le monde, de pen­ser les choses est pré­pa­rée d’avance et elle est le fruit d’une évo­lu­tion qui peut être très longue – pour le fran­çais, c’est envi­ron mille ans, ce qui est à la fois beau­coup, mais ce qui n’est pas la tota­lité du savoir humain parce qu’on a hérité des Grecs, des Latins, des Hébreux par la Bible et on a reçu l’apport des civi­li­sa­tions arabe, chi­noise, japo­naise, et tout ceci a eu lieu par des traductions.

Le dic­tion­naire de langue, de la langue fran­çaise est évi­dem­ment un peu inca­pable d’embrasser tout ça, il ne peut pas en rendre compte d’une manière créa­tive, d’une manière aussi impor­tante, fina­le­ment, que ce qui est dans nos têtes, par tra­di­tion, par emprunt, par pas­sage d’une civi­li­sa­tion à l’autre et Dieu sait qu’aujourd’hui, avec la mon­dia­li­sa­tion, le rap­port entre les cultures devient de plus en plus évident, de plus en plus néces­saire et que la néces­sité de com­prendre les autres passe par celle de com­prendre leur civi­li­sa­tion, même si on reste dans la même langue.

Donc en res­tant dans la même langue, on peut avoir accès à toutes les cultures, et c’est ce que dit le titre de cet ouvrage, qui est un dic­tion­naire cultu­rel en langue fran­çaise et pas seule­ment de la langue française.

La culture, c’est beau­coup plus que ce que l’on désigne par ça, c’est-à-dire théâtre, cinéma, diver­tis­se­ment, art, musique ; tout ça, ça fait par­tie de la culture, mais bien d’autres choses encore. C’est la manière de s’habiller, la manière de man­ger, la manière de réagir, la manière d’éprouver des sen­ti­ments – il y a des gens qui ont dit, et c’est pas absurde, que l’amour est une inven­tion de l’Occident et cer­tains pensent même que c’est une inven­tion de la poé­sie pro­ven­çale au Moyen-Âge, ce qui n’est pas tout à fait vrai bien sûr, il y a eu d’autres formes de sen­ti­ments amou­reux dans le passé, mais qui sont dési­gnés par des mots dif­fé­rents, grecs, latins, chi­nois, japo­nais, etc. et dont la tra­duc­tion en fran­çais demande une adaptation.

Alors, tout ceci ne peut pas être enfermé dans la des­crip­tion des mots fran­çais dans leur usage nor­mal et il faut y ajou­ter un élé­ment qui vient de tous les côtés du monde, qui est trans­crit, tra­duit en fran­çais et qui donne cette idée du dic­tion­naire culturel.

Pour faire un tra­vail comme celui-là, on peut l’imaginer, il faut des équipes impor­tantes. Alors, d’une part il y a le savoir-faire des dic­tion­naires qu’on a trouvé à l’intérieur du dic­tion­naire Robert et d’autre part, il y a une sélec­tion très impor­tante d’une cen­taine de per­sonnes, des auteurs qui cha­cun ont apporté leur expé­rience d’un savoir par­ti­cu­lier sur un domaine, parce que dans chaque domaine, il faut évi­dem­ment l’aborder avec des connais­sances préa­lables. Quand quelqu’un s’occupe de Pla­ton et qu’en même temps il a un groupe de rock, pour nous c’était une valeur sup­plé­men­taire, c’était la créa­ti­vité, c’était le fait que tout en par­lant du passé, de s’intéresser à l’intégration dans la culture contem­po­raine. Donc ce livre qui remonte le plus loin dans le passé, qui va cher­cher le début même pas dans la Bible, mais avant la Bible, dans l’épopée sumé­rienne, est aussi un livre qui va vous par­ler du rock, du tag, de toutes les réa­li­tés « cultu­relles » (entre guille­mets, là au sens plus pré­cis du terme) qui se sont déve­lop­pées ces der­nières années.


Vous consul­te­rez avec plai­sir la page d’accueil du pro­jet.

Un petit reproche : à en juger par l’image de texte, les apos­trophes sont trop petites, presques invisibles.

Dictionnaire des affixes

Et oui ! encore un nou­veau dico… Celui-là est encore moins déve­loppé que les pré­cé­dents (je n’ai même pas pu me déci­der sur le grou­pe­ment à choi­sir). Si vous connais­sez de tels dicos (même mono­lingues) je suis intéressé.

Modèle 1 : grou­pe­ment par langue

Affixes en fran­çais
Type Valeur Sens Exemple
suf­fixe –tude habitude
–ance bienfaisance
–ant bienfaisant
pré­fixe in/im– pri­va­tif ininflammable, impossible
re– à nou­veau retrouver

Modèle 2 : com­pa­ra­tif par langue et affixe

Pré­fixes
Fran­çais Anglais Slo­vène Sens
in-/im– (ininflammable, impossible) pri­va­tif
re– (retrouver) à nou­veau
Suf­fixes
Fran­çais Anglais Slo­vène Sens
–tude (habitude) –ness (loneliness) État
–ance (suffisance) Atti­tude (subst.)
–ant (bienfaisant) Atti­tude (adj.)
–ost

Dictionnaire en Ajax

Ini­tia­le­ment publié le 28 février 2006 à 00:36:28

Pas de doute, on n’en est qu’au début d’Ajax : Dic­tion­naire anglais en Ajax. Tapez Empyrean, par exemple…

Quelqu’un code ça pour le wik­tion­naire ?

(via Totem consult)

NiKo explique le fonc­tion­ne­ment de ce genre de script.

Substantif

sub­stan­tif
Nom, sub­stan­tif. Ces deux mots s’emploient le plus sou­vent l’un pour l’autre ; mais, dans la rigueur des termes, le sub­stan­tif n’est qu’une espèce de nom ; car on dis­tingue le nom sub­stan­tif, le nom adjec­tif et le pronom.
  • noms sub­stan­tifs
    • noms appel­la­tifs (aujourd’hui noms com­muns) (arbre)
    • noms col­lec­tifs (foule)
    • noms propres (François)
  • noms adjec­tifs (précieux)
  • pro­noms ()

Comme tant d’autres, le nom sub­stan­tif appar­tient aux deux caté­go­ries adjec­tives et sub­stan­tives. De même en va-t-il du nom adjec­tif ;-)

Ques­tions

  • Quid des adverbes ?
  • Un nom col­lec­tif peut-il être propre ? (pas de jeu de mots sur la saleté, s’il vous plaît)

Les verbes

sub­stan­tif
Sou­vent employé comme syno­nyme de nom : les termes table, rocher, che­val sont, dans la séman­tique tra­di­tion­nelle des sub­stances qui s’opposent aux acci­dents que sont les adjec­tifs et les verbes.
  • Verbes sub­stan­tifs, expri­mant l’essence. Cas typique en espa­gnol : ser
  • Verbes attri­bu­tifs, expri­mant l’accident. Cas typique en espa­gnol : estar

Dictionnaire des nuances

Cette page est désor­mais obso­lète. Veuillez vous réfé­rer au Dic­tion­naire des para­sy­no­nymes en fran­çais.

Ce dic­tion­naire est dif­fé­rent des autres. On trouve sans peine des dic­tion­naires des syno­nymes (y com­pris en ligne) ou des anto­nymes (à l’intérieur des pré­cé­dents). J’ai bien trouvé (en Slo­vé­nie !) un dic­tion­naire des ana­lo­gies par Ber­taud du Cha­zaud, mais il tombe dans le même tra­vers que les autres dic­tion­naires de syno­nymes, à savoir de don­ner des listes de mots pré­sen­tés comme des équi­va­lents, ce qu’ils ne sont pas. Il faut dire que les dic­tion­naires de syno­nymes sont géné­ra­le­ment (voire exclu­si­ve­ment ?) des ouvrages des­ti­nés à com­bler une phrase en panne (Ber­taud du Cha­zaud) et non à un quel­conque but didac­tique. Autre­ment dit, les dic­tion­naires de syno­nymes servent à dépan­ner, pas à expli­quer. Car les vrais syno­nymes – sens iden­tiques – sont très rares, tant qu’ils méritent d’être signa­lés comme équi­va­lents par­faits quand c’est le cas.

Ce dic­tion­naire est réel­le­ment en chan­tier : 95 % des termes ne sont pas défi­nis, il y a des notes un peu par­tout et l’infrastructure est intrin­sè­que­ment mau­vaise (il n’y a pas de base de don­nées). Cepen­dant, c’est le mieux que je puisse faire dans l’état actuel de mes connais­sances. Toute per­sonne moti­vée est la bien­ve­nue pour par­ti­ci­per au projet.

Enfin, je suis conscient qu’un tel dic­tion­naire ne peut avoir la valeur d’autorité d’un dic­tion­naire plus clas­sique, les nuances étant sujettes à inter­pré­ta­tion. Je pense néan­moins que ça vaut le coup d’essayer.

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