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How understanding comes to man

New understanding [usually springs] from contradictions that have become apparent — What Remains to Be Discovered, John Maddox (rédacteur en chef de Nature), 1998

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À la lumière des flammes

Initialement publié le 13 juin 2005 à 18:57:30

Le 17 février 1600 s’allumait au cœur de Rome, sur le Campi dei Fiori, le bûcher où périssait l’un des plus libres esprits de son temps – et peut-être de tous les temps. Giordano Bruno, né en 1548, est ordonné prêtre en 1572. Mais, déjà novice, il attire l’attention de l’Inquisition par l’originalité de ses vues et la critique ouverte de la théologie conventionnelle. Accusé d’hérésie en 1576, il fuit Rome. Après avoir traversé l’Italie, il parvient à Genève en 1579, se rapproche des calvinistes qui finissent par le chasser. On le trouve ensuite à Toulouse, Lyon, Paris, puis en Angleterre, où il dispute – et se dispute – avec les professeurs d’Oxford. Il revient à Venise en 1591, chez un mécène qui le dénonce à l’Inquisition. Emprisonné à Rome pendant huit ans, il sera condamné au début 1600. Lors de son procès, il conservera son insolence : Vous qui prononcez cette sentence, aurait-il tonné devant ses juges, vous avez certainement plus peur que moi !

Au cours de ses errances, Bruno écrivit de très nombreux ouvrages de satire philosophique et de critique théologique. Il y développe une conception du monde résolument matérialiste et unitaire, qui lui vaudra d’être excommunié par les calvinistes, les luthériens et les catholiques, mais lui gagnera plus tard l’admiration de Spinoza et de Hegel. Ayant adopté le copernicanisme, Bruno le dépassera pour se faire le propagandiste d’un Univers infini et de la pluralité des mondes. Certes, il serait très abusif de faire de lui le pionnier de la science moderne. Là où Galilée, de vingt ans son cadet, inaugure la modernité, Bruno reste tributaire de modes de pensées archaïques. Mais c’est précisément la leçon qu’il nous faut tirer de son œuvre. Car les idées nouvelles ne naissent jamais sous la forme claire et nette que la postérité leur donne rétroactivement. Chez Bruno, des éléments d’hermétisme et de philosophie néo-platonicienne se combinent pour produire une conception du monde audacieuse et visionnaire. Même si on ne peut lui attribuer aucune découverte scientifique majeure, il a joué un rôle essentiel en préparant les esprits à la révolution galiléenne. Et l’actuelle floraison de planètes extrasolaires est un magnifique hommage à sa prescience.

Mais sommes-nous aujourd’hui, plus qu’il y a quatre siècles capables d’entendre les porteurs de ces polémiques exubérantes, de ces archaïsmes paradoxaux qui préparent l’avenir ? En ces temps de certitudes rationnelles, souvenons-nous de ce que nous devons aux mauvais esprits.


La citation à-peu-près-dans-le-sujet du jour : L’homme raisonnable s’adapte au monde. l’homme déraisonnable adapte le monde a lui. Il s’ensuit que tout progrès dépend de l’homme déraisonnable.

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Réflexions (pseudo-)épistémologiques

  1. Ces ratios trop commodes
  2. Les desseins de la Nature ?

Ces ratios trop commodes

2 075 42 mètres qui font toute la différence

Longtemps, j’ai cru que la célérité (la vitesse de la lumière) était de (strictement) 300 000 000 m.s-1 (trois-cent-millions de mètres par seconde ou environ un milliard de kilomètres/heure).

Cet élégant nombre rond ne laissa pas de me gêner : comment un système arbitraire1 pouvait-il accommoder de manière si élégante une valeur universelle ? Avoir appris plus tard que ceci ne vaut que dans le vide ne changea rien à l’affaire : un nombre rond, c’est suspect. Plus que suspect, c’est même propre à bâtir un paradigme d’appréciation de la réalité basé sur la signifiance de l’homme, alors que mes études (en amateur) de la vie organique (« orthobiologique ») et de l’astrophysique m’ont depuis longtemps convaincu de l’insignifiance de celui-ci (durée de vie moyenne avec trois millions d’années, système solaire moyen dans une galaxie moyenne…). Bref, je ne peux accepter qu’une invention humaine soit à la mesure de l’univers. Comme disait Laurent Lafforgue (médaille Fields 2002 —Nobel de maths, si vous voulez) à l’Académie des sciences : Que l’esprit humain ait la possibilité de faire des découvertes riches, profondes et intéressantes, de rencontrer des faits, même en menant une réflexion purement spéculative et en faisant abstraction du monde tel qu’il est, est une chose étonnante.

Ainsi, c’est avec une grande satisfaction que j’appris il y a moins de deux ans (je ne dis pas merci à mes profs de physique) que la valeur véritable de la célérité de la lumière dans le vide n’est pas un nombre rond : elle est de 299 792 458 m/s.

L’énigme du carré

Vous connaissez sûrement la fameuse loi cube-carré qui veut qu’un objet devienne plus vite plus lourd qu’il ne devient grand ; ainsi, une puce peut faire un bond de trente fois sa taille, mais une puce géante trois fois plus grosse ne bondirait pas trois fois plus haut, parce qu’elle ne serait pas trois fois, mais neuf (trois au carré = neuf) fois plus lourde. De même, et c’est peut-être plus simple, quelque chose de deux fois plus grand sera quatre fois plus lourd, et non deux fois.

Dans ce cas précis, j’ignore s’il s’agit d’une approximation ou d’une réalité (je penche pour la première hypothèse). Mais voici un cas bien plus inquiétant (ou passionnant, c’est selon).

Dans les atomes d’hydrogène et d’hélium (après ça devient plus compliqué, même si le principe reste valide), la force liant les électrons aux nucléons décroit au carré de la distance.

C’est ce carré qui me gêne. Encore un nombre rond. Pourquoi exactement au carré ? Pourquoi x2 et non, par exemple, x2,1 ? Est-ce une question de dimensions entières et naturelles (3 dimensions, et non 3,2 dimensions) ?

Les desseins de la Nature ?

Les pirouettes du voyage dans le temps

Je viens de terminer Une Porte sur l’été de feu Robert Heinlein. Il s’agit d’un roman de science-fiction qui n’est pas sans rappeler Dialogue avec l’extraterrestre sur le fond et Retour vers le futur sur la forme2. Dans l’épilogue, Heinlein suggère que certains évènements sont obligés d’advenir (ou de ne pas advenir) ; dans ce cas précis, il s’agit d’une ligne de journal qui n’est pas vue. L’idée sous-jacente est que quoiqu’il se passe, un événement doit arriver d’une certaine manière pour que tout « retombe sur ses pattes ».

Cette même idée a également été reprise dans le tome 2 d’Universal War One, une bande dessinée. Comme le dit l’un des personnages principaux, un des événements est obligé d’arriver ; malgré toutes les tentatives des personnages pour l’empêcher, celui-ci advient, et même (nécessairement ?) de manière parfaitement naturelle. Notez en passant que nous ne sommes pas loin des procédés employés dans les vaudevilles, mais sur une tonalité et avec des considérations bien moins légères.

Dans les deux cas susmentionnés et les innombrables autres que vous connaissez sûrement, un élément semble « forcé ». En jeu de rôle, nous parlerions d’un MJ carcan, incapable de supporter un écart trop grand par rapport à son scénario. Ce carcan pourrait bien être réel si nous considérons que nous sommes une simulation, mais je digresse…

Pourquoi vous parlé_je de ceci ? Patience…

Horreur du vide

On dit que la nature a horreur du vide. Cette phrase serinée dès le collège pour les premiers cours de physique, voire au primaire pour la météorologie (la pression atmosphérique) fait florès mais pense-t-on à ce que ça implique ?

Moi, j’y pense. Mais faute de données suffisantes, je ne vais pas plus loin. Et c’est là que vous intervenez (pour paraphraser le commandant Sylvestre)

  • S’agit-il d’un adage provenant d’une approximation/simplification ? J’entends par là : est-ce que la tendance à la réduction du vide est explicable de A à Z en termes scientifiques, de la même manière que l’on mène une démonstration mathématique qui ne peut qu’amener à ce résultat ?
  • Ou bien au contraire s’agit-il d’un postulat (ou d’un axiome, je n’ai jamais compris la différence) ? Donc de quelque chose que l’on ne peut expliquer : c’est comme ça

Dans ce dernier cas, relisez la précédente section sur les pirouettes du voyage dans le temps. Je suis à quelque doigts de penser qu’un dessein naturel (donc une conscience) pourrait avoir quelque chose à voir avec tout ça. C’est une pensée déiste.


  1. Et même doublement arbitraire, mètre comme seconde étant des choix français et donc certainement pas universels, n’en déplaise à notre orgueil légendaire.
  2. Dans le même genre, je préfère cependant le magnum opus de Tim Powers, Les Voies d’Anubis sur le fond, même si la forme, surtout du premier chapitre, me paraît exemplaire dans Une Porte sur l’été comme inspiration à un écrivain débutant sur comment présenter un personnage principal parlant à la première personne.

La citation à-peu-près-dans-le-sujet du jour : Dieu à créé les nombres entiers, l’homme à inventé le reste.

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