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Entre les Corées, un couloir de biodiversité en sursis

Avant d’être envoyé à la fron­tière nord-coréenne, Do Young, jeune lieu­te­nant de 26 ans, n’était pas à pro­pre­ment par­ler un éco­lo­giste. Mais après avoir passé plus d’une année au poste de garde de Seun­gri, à sur­veiller une par­tie du long cor­ri­dor qui sépare les deux Corées, il ne voit plus les choses comme avant. Ici, j’ai appris à aimer la nature, confie-t-il en contem­plant le pay­sage bai­gné par une froide lumière automnale.

Chiffres

  • 122e : le clas­se­ment de la Corée du Sud, selon l’indice de per­for­mance envi­ron­ne­men­tale éta­bli par l’université de Yale (États-Unis), en 2005.
  • 146e : le rang de la Corée du Nord, en der­nière posi­tion de ce clas­se­ment mondial.
  • 230 espèces d’oiseaux vivent dans la zone démi­li­ta­ri­sée, dont sept sont clas­sées parmi les espèces en dan­ger au niveau mon­dial. Parmi elles, la cigogne à bec noir, la grue à cou blanc et la petite spatule.

Chro­no­lo­gie : la zone démi­li­ta­ri­sée (DMZ) a été créée au len­de­main de l’armistice signé entre les bel­li­gé­rants de la guerre de Corée. Celle-ci a opposé, de 1950 à 1953, la Corée du Nord, com­mu­niste et sou­te­nue par l’Union sovié­tique et la Chine, à la Corée du Sud, appuyée par les États-Unis.

Au-delà du haut mur de bar­be­lés com­mence la zone démi­li­ta­ri­sée, dite DMZ (demi­li­ta­ri­zed zone). Ce no man’s land, créé en 1953, s’étend sur 250 km, d’est en ouest, et sur une lar­geur de 4 km répar­tis de part et d’autre du 38e paral­lèle, sur lequel a été éta­blie la ligne de démar­ca­tion entre les bel­li­gé­rants de la guerre de Corée.

Depuis plus d’un demi-siècle, à leur insu, les deux armées qui se font face ont per­mis à la nature de reprendre ses droits. Les champs se sont trans­for­més en prai­ries, les marais ont repris leur place. L’endroit est unique au monde : un sanc­tuaire pour des dizaines d’espèces, mena­cées ailleurs par la dis­pa­ri­tion d’écosystèmes mis à mal par le déve­lop­pe­ment éco­no­mique et l’urbanisation. Cerfs d’eau, ours noirs, peut-être des tigres et des léopards…

La DMZ héberge aussi chaque hiver des mil­liers de grues blanches, hérons ou canards venus du nord de la Chine ou de Sibé­rie. A chaque fois que je vais dans la DMZ, je découvre quelque chose de nou­veau, s’enthousiasme Kwi-gon Kim, direc­teur du dépar­te­ment envi­ron­ne­ment de l’université de Séoul. Le pro­fes­seur Kim est le seul scien­ti­fique à pou­voir péné­trer dans la zone pour étu­dier sa bio­di­ver­sité. Sous bonne escorte, il a effec­tué, depuis 1996, plu­sieurs expé­di­tions, sans s’écarter cepen­dant des che­mins de patrouille.

Un mil­lion de mines sont encore dis­sé­mi­nées dans ce pay­sage où se suc­cèdent estuaires, plaines humides et mon­tagnes escar­pées. Le tra­vail de fourmi que le pro­fes­seur Kim a entre­pris pour recen­ser la diver­sité de la faune et de la flore s’appuie aussi sur l’étude d’un espace plus acces­sible : la zone civile contrô­lée. Cette zone tam­pon située entre la « ligne de front » et la Corée du Sud, large de 5 à 20 km selon les endroits, pré­sente, selon les scien­ti­fiques, des carac­té­ris­tiques très com­pa­rables à la DMZ. Depuis 1953, l’activité y est réduite au sta­tion­ne­ment des troupes et à l’agriculture, autour d’une dizaine de vil­lages où vivent quelques mil­liers de personnes.

La DMZ et ses abords abri­te­raient entre 40 % et 60 % de la bio­di­ver­sité de la pénin­sule coréenne. Mais ce n’est pas leur seul inté­rêt : L’abondante cou­ver­ture végé­tale offre un rem­part contre les inon­da­tions, et les zones humides, en pié­geant d’importantes quan­ti­tés de CO2, jouent un rôle contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, explique le pro­fes­seur Kim.

La détente entre les deux Corées, dont les pre­miers signes se tra­duisent par des pro­jets de coopé­ra­tion éco­no­mique, menace ce fra­gile équi­libre. Lors du deuxième som­met inter­co­réen, en octobre, les diri­geants ont confirmé l’extension du pôle indus­triel de Kae­song, situé côté nord-coréen, à la limite de la DMZ. Le nombre d’industries sud-coréennes qui sont implan­tées à Kae­song — aujourd’hui une ving­taine — devrait dou­bler. Elles ont l’obligation de trai­ter leurs rejets, mais les résul­tats sont très insuf­fi­sants, regrette Tae-sig Kim, du minis­tère sud-coréen de l’environnement.

Les eaux de la rivière Sae­chon, qui tra­verse la DMZ, montrent déjà des traces de pol­lu­tion. La mise en ser­vice, le 11 décembre, d’une liai­son fer­ro­viaire de 25 km entre la ville de Mun­san, au sud, et le com­plexe indus­triel ouvrira une autre brèche.

La pres­sion vient éga­le­ment de la zone civile contrô­lée, où la popu­la­tion sup­porte de plus en plus mal les res­tric­tions impo­sées. D’origine nord-coréenne, In-lye, qui tient un com­merce de vil­lage, s’y est ins­tal­lée au len­de­main de la guerre. Son mari était mili­taire. Aujourd’hui, ses trois fils sont par­tis à Séoul. Per­sonne ne veut plus sup­por­ter les contrôles, le couvre-feu. Les gar­çons ne trouvent pas à se marier, explique-t-elle dans sa petite épi­ce­rie mal approvisionnée.

Les auto­ri­tés régio­nales réclament la levée de ce régime d’exception. Un pro­jet qui remon­te­rait la limite méri­dio­nale de la zone civile de 5 kilo­mètres a été déposé au Par­le­ment sud-coréen. Une course contre la montre semble enga­gée. Le déve­lop­pe­ment éco­no­mique est la prio­rité des Nord-Coréens, la pré­ser­va­tion de la DMZ ne les inté­resse pas, affirme Hoi-seon Jeong, de l’Institut coréen de l’environnement. Les scien­ti­fiques et les asso­cia­tions éco­lo­gistes rêvent de voir la DMZ clas­sée en zone pro­té­gée, pour que l’environnement ne paie plus un lourd tri­but au déve­lop­pe­ment. L’industrialisation à marche for­cée, à par­tir des années 1970, a défi­guré le pays.

Le pré­sident Roh Moo-hyun a appelé à la créa­tion d’un parc natu­rel. À l’étranger, des fon­da­tions comme celle de l’Américain Ted Tur­ner militent en ce sens.

Pour les habi­tants de Séoul, la fron­tière est avant tout syno­nyme de conflit et de divi­sion. Pour les sen­si­bi­li­ser à la beauté des pay­sages et à l’importance de la bio­di­ver­sité, la Korean Fede­ra­tion for Envi­ron­men­tal Move­ment, une des plus grosses asso­cia­tions, orga­nise des excur­sions vers la DMZ. En espé­rant que, le jour venu, les citoyens sau­ront se mobiliser.

Lau­rence Cara­mel, Le Monde du 23 novembre 2007


Dans le même style, lire La belle vie à l’abri du rideau de fer

Le bio de Leader Price (et autres)

…ça dépend pour­quoi on achète bio, si c’est uni­que­ment pour sa santé parce qu’on ne veut pas ache­ter de trucs irra­diés pleins de pes­ti­cides, le fait que ce soit vendu par X ou Y n’est pas impor­tant. Si c’est plus pour des rai­sons éthiques, ache­ter bio en dis­count n’a pas vrai­ment de sens.

Parce que le bio importé de Chine, je ne le crois que par­tiel­le­ment bio. D’une part parce que je ne suis pas cer­tain de la tra­ça­bi­lité. D’autre part parce que les trans­ports ne sont for­cé­ment pas bio. Enfin parce que les enseignes qui vendent du bio de Chine sont celles qui font pres­sion pour abais­ser le niveau d’exigence du bio. Déjà que nous avons eu à subir un nivel­lage par le bas par l’Union Européenne…

Le futur de la planète dépend de notre éducation

Le futur de la pla­nète dépend de notre édu­ca­tion. — Assas­sin — L’Écologie : “Sau­vons la pla­nète ! Le futur que nous réserve-t-il ? (Vol.2) (1992)

L’automobiliste est plus exposé au benzène que le cycliste ou le piéton

L’automobiliste est plus exposé au ben­zène que le cycliste ou le pié­ton »>Pour évi­ter les éma­na­tions des pots d’échappement, mieux vaut cir­cu­ler à pied ou à vélo. Selon une étude réa­li­sée par Air­pa­rif auprès de Fran­ci­liens, le trans­port en voi­ture semble avoir un impact impor­tant sur le niveau moyen d’exposition jour­na­lier au ben­zène, un pol­luant can­cé­ro­gène. Lors de deux jour­nées tests, 150 volon­taires — des pié­tons, des cyclistes et des auto­mo­bi­listes — ont porté pen­dant douze heures un petit col­lier cap­teur pour mesu­rer la pol­lu­tion. Résul­tat : les niveaux de ben­zène sont presque deux fois plus éle­vés chez les auto­mo­bi­listes que chez les pié­tons ou les cyclistes, ce qui signi­fie que l’air à l’intérieur des voi­tures est beau­coup plus pol­lué que celui que res­pirent les pié­tons. La pol­lu­tion est plus forte l’été que l’hiver. En outre, la der­nière semaine de grève des trans­ports en com­mun a pro­vo­qué une hausse de 7 % des rejets de ben­zène en Ile-de-France, et jusqu’à 13 % dans Paris intra-muros. Le rap­port com­plet sera mis à la dis­po­si­tion du public d’ici une dizaine de jours sur les sites Inter­net www.airparif.asso.fr et www.afsset.fr. – ©2007 20 minutes

Les rots des vaches plus dangereux que leurs pets

Une vache lai­tière pro­duit la même quan­tité de GES qu’une voi­ture effec­tuant 23 000 km par an, explique Pierre Chi­co­teau, gérant de Nor Feed Sud (six sala­riés). Contrai­re­ment à une idée reçue, ce ne sont pas les pets, mais bien les rots qui causent le plus de dom­mages à l’atmosphère.

Source : Direct Matin, 25 sep­tembre 2008, page 10

Jean-Marc Jancovici : mieux que l’étiquette pollution, la taxation

Il est assez peu vrai­sem­blable que les infor­ma­tions […] que l’on a mises sur les paquets de tabac […] changent beau­coup la consom­ma­tion de ciga­rettes. […] L’information toute seule, elle n’a pas un inté­rêt énorme pour orien­ter la consom­ma­tion. [En 2008, un direc­teur de suc­cur­sale d’une grande marque de voi­tures grand public me disait] les gens qui regardent la consom­ma­tion d’essence de la voi­ture avant de l’acheter, c’est envi­ron 10 % de ma clien­tèle. […] L’information qui compte réel­le­ment pour le consom­ma­teur, c’est le prix. [L’étiquette envi­ron­ne­ment] n’a d’intérêt que dans la mesure où elle pré­pare l’introduction dans le prix des [nui­sances envi­ron­ne­men­tales]. Ça, ça aura un inté­rêt, parce que le consom­ma­teur vote avec ses pieds.
Pour écou­ter ce pod­cast d’excellente qua­lité tant sur le fond que sur la forme (Jean-Marc Jan­co­vici a une excel­lente dic­tion), cli­quez sur ce lien : http://itunes.apple.com/fr/podcast/le-regard-j-m-jancovici-20/id394898121?i=93298230

Quand les loups sauvent les ours

Vous connais­sez l’effet papillon (le bat­te­ment d’ailes d’un papillon au Bré­sil peut-il pro­vo­quer une tor­nade au Texas). Il a été uti­lisé comme argu­ment encou­ra­geant le prin­cipe de pré­cau­tion. Vous allez voir ci-dessous un exemple dans la vraie vie et sur les popu­la­tions ani­males. On appelle cela une cas­cade tro­phique. Ainsi, en 1995, le loup fut réin­tro­duit au Yellowstone.
  1. Du coup, le wapiti, prin­ci­pale proie du loup, se fit plus rare et s’éloigna du bord des rivières.
    1. En consé­quence, les saules, trembles et peu­pliers purent à nou­veau croître.
      1. À leur tour, il créèrent les condi­tions d’un habi­tat pro­pice aux cas­tors, élans et autres espèces.
  2. Les loups ne ter­mi­nant pas leur repas (comme beau­coup de car­ni­vores, ils chassent des proies trop grosses pour être ter­mi­nées en un repas), les restes font les bon­heurs des ours, soit pour pré­pa­rer leur hiber­na­tion, soit au contraire pour se sus­ten­ter au sor­tir de l’hiver. Ainsi, les our­sons nés au sor­tir de l’hibernation sont en meilleure santé, puisque mieux nour­ris. Et comme les ours sont une espèce mena­cée, il y a tout lieu de s’en réjouir.
Source : Apex pre­da­tor Bien évi­dem­ment, ça ne s’arrête pas là. D’une part, l’augmentation du nombre d’ours aura elle aussi des consé­quences (qui auront elle=-mêmes des consé­quences !). D’autre part, des dou­zaines d’autres espèces se nour­rissent des restes des repas des loups, ce qui veut dire encore plus de consé­quences. Ainsi, on parle sou­vent de l’impact des niveaux tro­phiques infé­rieurs, qui, étant tout en bas, impactent sur tout, mais on oublie les niveaux tro­phiques supé­rieurs (les super­pré­dac­teurs). Cet oubli est facile à expli­quer : nous confon­dons chaîne tro­phique et éco­sys­tème.
  • une chaîne tro­phique (herbe, lapin, homme) est une ligne, avec un départ et une arri­vée, un amont et un aval. Une modi­fi­ca­tion en amont impacte toute la chaine, alors qu’une modi­fi­ca­tion en aval n’impacte guère (la dis­pa­ri­tion de l’homme n’empêchera pas le lapin de vivre ; la dis­pa­ri­tion de l’herbe, si).
  • une éco­sys­tème est une « pelote de ficelle » (dire que c’est un cercle serait incor­rect : c’est bien plus com­plexe, un éco­sys­tème n’est pas un cycle). Par consé­quent, le super­pré­da­teur, qui est pour­tant en bout de chaine dans une chaine tro­phique, a d’importantes consé­quence dans un éco­sys­tème, comme nous venons de le voir.