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Don d’organe et religion

Ini­tia­le­ment publié le 7 avril 2006

Quelles sont les posi­tions des reli­gions du Livre (prin­ci­pa­le­ment chris­tia­nisme, judaïsme et islam) quant au don d’organe, tant pour le don que pour la réception ?

Judaïsme

Situa­tion déli­cate mais il semble que le don d’organe est auto­risé (voire obli­ga­toire) uni­que­ment si la vie du rece­veur est en dan­ger. Excep­tion : La cor­née et la peau consti­tuent en fait deux excep­tions pour les­quelles des solu­tions alter­na­tives ont été trou­vées […], car à cer­tains égards, une per­sonne frap­pée de cécité est consi­dé­rée comme morte. Pas de greffe expé­ri­men­tale, cepen­dant. Un Juif peut don­ner ses organes pour sau­ver des vies, mais pas pour que les étu­diants en méde­cine se fassent la main.

En Israël, le débat hala­chique a connu un dénoue­ment avec la déci­sion du haut rab­bi­nat d’Israël d’autoriser la trans­plan­ta­tion d’organes. […] Adi, en Israël, rece­vra vos appels au numéro vert 1–800-609–610.

Le don d’organes n’est pas néces­sai­re­ment limité aux morts : qui­conque, par exemple, peut se per­mettre de se pas­ser de l’un de ses reins a le droit d’en faire don à quelqu’un qui en a besoin.

Compte tenu de l’interdiction de pro­fa­ner le corps humain, il est inter­dit de faire un don à une banque d’organes, là où il n’y a pas de rece­veur spé­ci­fique et immédiat.

Il est éga­le­ment inter­dit de faire don d’un organe pour la recherche médi­cale ou pour per­mettre aux étu­diants en méde­cine de se livrer à des dissections.

[…]

Il est recom­mandé […] de consul­ter un rab­bin expé­ri­menté dans le Tal­mud et la loi juive, et de se rendre compte que les choses sont bien plus com­plexes que la simple appo­si­tion d’une signa­ture sur une carte de don d’organe.

Chris­tia­nisme, Islam, boud­dhisme, hin­douïsme, shintoïsme

La plu­part des cou­rants reli­gieux sont favo­rables au don d’organes : le catho­li­cisme, le pro­tes­tan­tisme, l’islam, le judaïsme, une des grandes familles du bouddhisme.

Néan­moins, il faut noter l’opposition de l’hindouisme et du shintoïsme.

Témoins de Jého­vah et Science chrétienne

Les Témoins de Jého­vah ne sont pas oppo­sés à la trans­plan­ta­tion d’organe ou la vac­ci­na­tion (même s’ils le furent, et l’idée qu’ils le sont encore a été popu­la­ri­sée entres autres par l’épisode <strong xml:lang=en »>Believers de Baby­lon 5) :

While the Bible spe­ci­fi­cally for­bids consu­ming blood, there is no Bibli­cal com­mand poin­tedly for­bid­ding the taking in of other human tis­sue. For this rea­son, each indi­vi­dual faced with making a deci­sion on this mat­ter should care­fully and prayer­fully weigh mat­ters and then decide conscien­tiously what he or she could or could not do before God. It is a mat­ter for per­so­nal deci­sion. Gal. 6:5 The congre­ga­tion judi­cial com­mit­tee would not take dis­ci­pli­nary action if someone accep­ted an organ transplant.

Même les adeptes de la Science Chré­tienne et les témoins de Jého­vah, que l’on croit sou­vent farou­che­ment oppo­sés au don d’organe, laissent l’individu prendre lui-même la déci­sion; cepen­dant, les témoins de Jého­vah exigent que tout le sang ait été retiré de l’organe avant sa transplantation.

Judaïsme, islam, catho­lis­cisme, hin­douisme, boud­dhisme, Église adven­tiste du sep­tième jour

Ainsi, le judaïsme et l’islam ont des lois qui inter­disent la pro­fa­na­tion du corps humain. Néan­moins, ces deux reli­gions pré­cisent que l’interdiction est levée lorsqu’il s’agit de sau­ver une vie. En fait, selon les prin­cipes du judaïsme, le don d’organe après la mort, dans le but de sau­ver une vie, est consi­déré comme une mitsva, une action louable.

Le défunt pape Jean-Paul II est rap­porté avoir dit que tout acte pou­vant sau­ver une vie, tel le don d’organe, est louable et par­fai­te­ment accep­table à l’intérieur de notre foi. Une telle opi­nion remonte à Jésus lui-même, pour qui la gué­ri­son des malades consti­tuait une croyance et une pra­tique d’importance capitale.

Un appui com­pa­rable au don d’organe est constaté dans de nom­breuses autres reli­gions, par exemple l’hindouisme et le boud­dhisme. Les repré­sen­tants de la Hindu Temple Society of North Ame­rica ont déclaré qu’il n’est pas inter­dit aux hin­dous de faire don de leurs organes; le choix est laissé entiè­re­ment à l’individu.

Par ailleurs, le révé­rend Gyo­may Masao, pré­sident et fon­da­teur du Bud­dhist Temple of Chi­cago, a déclaré que nous hono­rons les per­sonnes qui ont donné leur corps et leurs organes pour faire avan­cer la science médi­cale et sau­ver des vies.

[…]

Les membres de l’Église adven­tiste du sep­tième jour, recon­nus pour leur accent sur la santé et les bonnes habi­tudes de vie, encou­ragent for­te­ment le don d’organe et ont même des hôpi­taux spé­cia­li­sés dans le domaine.

Pré­ve­nir la mort ou la souf­france d’autres per­sonnes est tenu en très haute estime par toutes les reli­gions. Selon elles, le choix d’agir en ce sens revient, en bout de ligne, à chaque individu.

Complexité du don

Exemple plus com­plexe : envoyer des ordi­na­teurs recy­clés dans des pays en dif­fi­culté c’est bien mais quelle sera plus tard l’impacte sur l’environnement de ces ordi­na­teurs sachant qu’il n’y a pas de filière de trai­te­ment des déchets dans ces pays, et qu’un ordi­na­teur contient beau­coup de pro­duit toxique? De plus per­turbe t’on les ven­deurs infor­ma­tiques locaux si l’on donnent ces ordi­na­teurs etc…

Dans bien des cas l’équation est com­plexe pour mesu­rer l’ensemble des exter­na­li­tés négatives.

Don de moëlle

J’ai reçu il y a quelques semaines parmi le fatras de pub quo­ti­diennes (je ne jette jamais la pub sans la regar­der, même si géné­ra­le­ment, ce n’est pas plus de trois secondes) un cour­rier pour le don de moëlle (osseuse, pas épinière).

Je ne vais pas ici me lan­cer sur une apo­lo­gie du don. Je suis un citoyen convaincu (quoique je puisse pen­ser de la classe poli­tique en géné­ral) et j’espère que si vous avez pris la peine d’aller au-delà du pre­mier para­graphe, vous l’êtes aussi.

Voici au contraire quelques détails plus pratiques.

Je donne fré­quem­ment mon sang et consi­dère qu’il s’agit là d’un acte citoyen, ne coû­tant rien (sauf une heure ou deux) et pou­vant aider ceux qui en ont besoin ; il en va de même pour le don de moëlle osseuse. Dans les deux cas, le pro­duit se recons­ti­tue par lui-même et vous cou­rez très peu de risque pour vous-même :

  • pour le don de sang, au grand maxi­mum un léger malaise — c’est pour ça qu’on vous donne à man­ger après chaque don. Vous pou­vez aussi faire un don de pla­quette, qui ne vous affai­blit même pas (vos glo­bules rouges vous étant immé­dia­te­ment réin­jec­tés). Pas plus d’un don tous les 4 mois. Pas pos­sible de faire de l’excès de zèle invo­lon­taire, ils ont les papiers
  • pour le don de moëlle, vous êtes ins­crit sur un fichier et vous enga­gez à être dis­po­nible jusqu’à l’âge de soixante ans. Vous ne pou­vez don­ner votre moëlle qu’une fois dans votre vie, et cela se fait sous anes­thé­sie géné­rale. L’ensemble de l’opération (accueil, pape­rasse, chi­rur­gie et récu­pé­ra­tion) prend deux jours. Deux jours de votre vie pour en sau­ver une autre, je crois que le cal­cul est vite fait ! (le cas échéant, vous obte­nez un arrêt de tra­vail). Atten­tion : l’opération n’a pas lieu quand vous vous ins­cri­vez, mais peut-être un jour. Quand vous vous ins­cri­vez, vous ne faites que pas­ser un exa­men poussé pour véri­fier que votre vie ne sera pas mise en dan­ger par votre don.

Com­ment s’inscrire comme don­neur de moëlle (merci à Guillaume Espoir)

  • Il faut être âgé de 18 à 50 ans
  • Il faut contac­ter votre centre le plus proche (voir Deve­nez don­neur [PDF])
  • Un pré­lè­ve­ment de sang sera effec­tué afin de déter­mi­ner votre typage et vous ins­crire sur le fichier des donneurs.
  • Une fois éta­blie la com­pa­ti­bi­lité avec un malade, la moëlle sera pré­le­vée au niveau des os du bas­sin, sous anes­thé­sie géné­rale ou péridurale.
  • La moelle se recons­ti­tue en 48 h.

Nous avons la chance en France d’avoir un excellent sys­tème de don (l’affaire du sang conta­miné, ça tou­chait les rece­veurs, pas les don­neurs) ; ce n’est pas le cas dans beau­coup de pays (à com­men­cer par les États-Unis). De plus, le don doit obli­ga­toi­re­ment être béné­vole : vous ne serez pas payé pour votre don, c’est un acte qui reste altruiste et, par là, garan­tit (outre des éco­no­mies pour les hôpi­taux) que les don­neurs sont dignes de confiance, contrai­re­ment à d’autres endroits où des per­sonnes donnent leur sang pour vivre et ne sont pas tou­jours d’une excel­lente hygiène.


Et pour en savoir plus : Le don de moëlle osseuse. Page du minis­tère (fran­çais) de la Santé.