Dans un courrier que j’avais lu dans feu Dragon Magazine France, J.R.R. Tolkien répondait à la question de pourquoi il n’y avait pas plus de magie dans les Terres du...
Dans un courrier que j’avais lu dans feu Dragon Magazine France, J.R.R. Tolkien répondait à la question de pourquoi il n’y avait pas plus de magie dans les Terres du Milieu que la magie a un tel potentiel que si elle n’est pas livrée en très petites doses, elle peut rompre le monde.
Je ne trouve malheureusement plus la citation exacte (j’ai perdu quelque Dragon). J’en serais très heureux si vous pouviez me la retrouver.
Aucune tentative de cohérence interne
Mais quoi qu’il en soit, voici bien une preuve que l’aspect écologique de Donj’ est totalement négligé. Même en suivant scrupuleusement les règles, il est très facile de bouleverser le monde à un point où il n’est plus reconnaissable.
Bienvenue dans un monde magicpunk. En suivant le lien, vous trouverez des tas de détournements tout ce qu’il y a de plus valide de sorts de Donjon.
On me répondra que :
- c’est un jeu (j’aime quand un jeu est réaliste — ou plutôt respecte ses postulats. Même Toon est plus cohérent que les Royaumes oubliés)
- la magie n’est pas accessible à tout le monde. Les aventuriers sont les équivalents des athlètes de haut niveau dans notre monde (la masse critique de déstabilisation est très largement plus basse avec des occultistes qu’avec des athlètes de haut niveau)
- les occultistes ont bien mieux à faire que ceci (ben voyons. Même sans compter les neutres mauvais, regardez les cent-cinquante dernières années. La majorité des scientifiques peu n’avoir rien à faire de propager ses découvertes et inventions, il n’en reste pas moins qu’elles modèlent le monde. Je ne vois aucune raison pour qu’il en aille autrement avec des mages).
Tout au plus accepté-je l’argument les armes à feu ne peuvent pas se développer : qui à besoin d’une arme à feu quand un boule de feu en fait autant ?
Et encore. Plus d’un guerrier verrait d’un bon œil une telle arme (et que l’on ne me parle pas d’honneur ou de prestance de l’épée. Voyez comment l’arbalète et plus tard le fusil ont fait fi de toutes ces considérations).
Pour une bien meilleure réflexion sur l’impact de la magie dans une société, je vous recommande Shadowrun.
La parole est à la défense
Cependant, on peut quand même donner quelque chose pour la défense d’une telle magie :
La magie n’est pas de la technologie. Ce n’est pas un outil que l’on manipule aux fins que l’on veut.
Ainsi, les détournements de type magie industrielle/magicpunk ne sont plus possibles. J’avais déjà lu une telle argumentation de la part d’un développeur de Donjons et dragons, mais j’avais trouvé ses arguments un peu faibles. Il faut dire que je n’étais pas loin de l’ad hominem : la personne se défendrait pour ne pas avoir à dire que leur système est pourri.
Cependant, j’ai depuis pensé à un passage tiré du Livre des ombres (un supplément pour Mage : l’Ascension), que vous voyez passer de temps en temps en citation aléatoire :
Notre Paradigme culturel occidental regroupe deux attitudes vis-à-vis de la magie : soit il l’ignore complètement, soit il la considère comme une protoscience. Les jeux de rôles ont la même approche. Ils n’abordent pas le sujet de la magie, ou adoptent la loi de Clarke au pied de la lettre, et la traitent comme une technologie virtuellement indistincte de la science. Quelle différence cela peut-il faire que votre magicien jette une boule de feu au lieu de tirer avec son pistolet laser ? Dans la plupart des jeux, aucune. La magie et la science sont toutes deux traitées comme des choses prévisibles et impersonnelles.
Conclusion
Alors, finalement, ça va, on invoque l’aspect non-outil de la magie et voilà, tout va bien, on retombe sur ses pattes ?
Et bien non, parce que dans Donjons, la magie est clairement un outil. Ce n’est nullement un élément sublime.
Alors, il reste trois solutions :
Sublime
La magie est sublime et le monde change d’approche de la magie. Celle devient ritualisée, respectée… Ce pourrait par exemple être le monde de Pendragon et de la légende arthurienne. On ne l’invoque pas à tort et à travers et on passe dans un monde de vrai fantasy, tout à fait cohérent dans ses postulats.
Pragmatique
La magie est un outil sans vraiment d’autres limitations que la compétence de son utilisateur. Imaginez la nanotechnologie moléculaire en pire (SL3). Vous pouvez conserver la cohérence de plusieurs manières :
- un monde « hyper-magique » à la Transhuman Space ou comme de bons romans de hard science (la Culture, l’univers d’Hypérion…). Vous remplacez
hyperespace
par sort de téléportation
, blaster
par baguette de boules de feu
et pompe adrénale
par sort de hâte
et vous y êtes (voir aussi Pourquoi la nanotech, c’est bien). Le lien ci-dessus vous donne des tas d’idées, encore une fois tout à fait valides. Vous pouvez même conserver des paladins en armure. - un monde où la magie, c’est bien beau, mais ce n’est pas gratuit. Il faut du temps pour s’en rendre compte, parce que le coût est subtil, mais quand le verdict tombe, il fait mal, très mal. Voir Dark Sun, un des meilleurs mondes de Donjons et Dragons. Un des plus glauques aussi. Toute ressemblance avec une catastrophe écologique en cours sur une certaine planète est bien entendu fortuite. Quoique, en changeant le mot
magie
par un autre… - la magie est partout, la réalité en prend bien note. Finis les châteaux médiévaux, et même le travail des champs. Les structures sociales, technologiques ou autres sont radicalement différentes. Le plus proche dans les Royaumes est Halruaa. Voir le meilleur univers de Dongeons, Planescape (là encore, il s’agit d’un univers qui a été stoppé par la firme ; trop bien fait, sûrement…)
Dans ces cas encore, la cohérence interne est conservée.
Incohérente
Où bien, vous décidez de faire quelque chose qui n’a ni queue ni tête, où la puissance est à portée de main mais que, pour une raison totalement incompréhensible (par un coup de baguette magique, sûrement), seule une poignée de personnes s’en sert et encore en s’autocensurant largement au passage.
Il n’y a plus aucune cohérence interne, ça s’appelle Dongeons et dragons (ironie : dans chaque e
ntrée du Bestiaire monstrueux, il y a une section écologie
. Je me marre).
Pour voir un monde diablement bien foutu, où tout se tient, on n’a même pas besoin d’une cohorte de développeurs qui vous pondent 15 itérations du dragon rouge à poids verts vénérable phrénique. Non, un seul gars peut vous mettre par terre : Solsys, l’encyclopédie du système solaire. Il est vrai qu’il travaille dans la gestion des risques de l’Armée française, mais moi, si je bossais chez Wizards, j’aurais honte (oui, on va me dire que c’est ce que les gamins de 13 ans clients demandent).
En attendant, je vais retourner me faire un personnage qui utilise sa tête. Faudra que je vous raconte un jour comment j’ai tué un capitaine mercenaire avec un seul sort et en étant mage niveau 1… et je vous laisse avec Pun-Pun.
La citation à-peu-près-dans-le-sujet du jour : Si ce n’est pas cassé, ce n’est pas D&D !