J’ai hésité à aller voir Indigènes, m’attendant à un film politiquement correct sur la guerre d’Algérie. J’ai en fait commis la même erreur que pour Munich et comme pour ce film, je suis heureux de m’être trompé. Ce film lève le voile sur une partie de notre histoire jetée volontairement dans l’oubli.
Indigènes, c’est un film sur la victoire de la France où c’est la France qui perd. Victoire militaire, défaite morale. Liberté, égalité, fraternité.
Tout le monde en France semble trouver le film moyen (peut-être parce qu’il dit ce qu’on n’a pas envie d’entendre) et le compare à Il faut sauver le soldat Ryan (que je n’ai pas vu). Même s’il en reprend la trame narrative (Seconde Guerre mondiale, gros combat au début, retour sur le contemporain), c’est pourtant bien plutôt à Glory (magnifique film sur le premier régiment noir des États-Unis, lors de la guerre de Sécession) que me fait penser Indigènes, mais en pire ; il n’y pas de happy end.
Lisez plutôt ceci :
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En 1959, un décret gèle les pensions des ressortissants des pays nouvellement indépendants.
En 2002, après de longs procès, le conseil d’État exige de la France qu’elle paye intégralement les arriérés.
Mais chaque gouvernement a repoussé les échéances.
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Le jour de la présentation du film dans les salles obscures en France, le 27 septembre 2006, le gouvernement Dominique de Villepin a annoncé que les 80 000 anciens combattants de l’Empire français encore vivants percevront les mêmes retraites que leurs compagnons d’armes français. Cependant, le paiement des arriérés (sur une période de plus de 40 ans) et des interêts qui vont avec, n’est pas envisagé à ce jour.
Et n’oublions pas que, si personne ne le rappelle, dans un mois, tout sera oublié et les immigrants ne verront jamais leur pensions. Alors qu’au Maroc, Certains [figurants] venaient avec le portrait de leur père
.
Plutôt que d’abêtissantes collections de dates, on devrait plutôt donner aux élèves à voir une allocution de Benjamin Ferencz ou un film comme Indigènes (un enseignant de ZEP en pense autant et il y a même du matériel pour ça). Le devoir de mémoire, c’est aussi là qu’il faut l’implanter. Ou peut-être suis-je juste un patriote plein de rancœur. En tous les cas, cela fait déjà quelques temps que je n’ose signaler de quelconques idéaux français
ou un exemple français
.
Aujourd’hui, les anciens tirailleurs perçoivent en moyenne un quart de ce que touchent leurs camarades français. Des injustices plus criantes ont été signalées, avec des différences de l’ordre de un à dix.
signale Libération. De même les anciens combattants ne bénéficient même pas de la nationalité française
(décision de la cour de cassation), c’est fort quand même, de se battre pour un pays et de ne pas même en obtenir la nationalité. Dans un registre proche, sachez que les pensions des harkis (les combattants algériens qui ont combattus côté français lors de la guerre d’Algérie) sont toujours inférieures à celle des français de souche
.
Soixante ans plus tard, la mémoire française est toujours défaillante
. J’ai mal à la France.
Agir — Appel pour l’égalité des droits entre les anciens combattants français et coloniaux (document Word, à envoyer par courrier ou courriel, adresses incluses — je conseille le courrier, ça a plus d’impact).
Quelques ajouts :
- Avez-vous rencontré d’anciens tirailleurs lors du tournage ?
- Sami Bouajila : J’en ai rencontré pas mal, avant, pendant et surtout après le tournage, ce sont des anciens qui sont dans des foyers SONACOTRA, ils vivent dans des conditions plus que précaires. La plupart d’entre eux, pour pouvoir bénéficier de leur solde sont obligés de partir en exil, mais de rester sur le territoire français, sinon ils ne touchent pas leur droit. Lorsque l’on voit le personnage dans sa chambre, à la fin du film, il n’y a rien d’inventé, c’est un regard très juste, c’est dans ces conditions que je les ai rencontrés.
- Comment expliquez-vous que les anciens n’aient jamais parlé à propos de toute cette histoire ?
- Peut-être pour les mêmes raisons qu’ici en France. La France a toujours eu du mal avec son passé colonial et toute cette histoire qui n’est pas forcément très belle pour son image. Après l’indépendance des pays du Maghreb, c’était plutôt mal vu d’avoir servi l’armée française. On rentre alors dans une double amnésie, ici et là bas, ils sont alors doublement oubliés, ce film, c’est vraiment un double hommage.
- Bernard Blancan : Si l’on regarde l’histoire de France sur cette période, ce que j’en sais, c’est ce que j’ai vu dans les livres d’histoire et au cinéma. J’ai grandi avec l’image d’une France résistante, avec les Américains qui viennent nous donner un coup de main sur la fin. On se rend compte maintenant qu’il manquait des choses, lorsque l’on creuse un peu, on est loin de cette image là. L’image de l’Arabe qui porte le drapeau français, eh bien, elle manquait celle là ! Je n’ai rien su de mes grands parents, j’ai appris les choses quand ils sont morts.
- Les choses ont-elles vraiment changé ?
- Sami Bouajila : Je dirais que la forme a changé, mais pas le fond. Dans notre système, il y a encore un gros choc des cultures qui n’est pas encore digéré. Tant que ces histoires-là ne seront pas connues et que la société ne jouera pas son rôle d’éducation auprès des enfants et de nous-même, je crois qu’on aura toujours du mal à s’assimiler les uns et les autres. On vit dans une société à deux vitesses, l’ascenseur social ne marche pas pour tout le monde et je n’invente rien en disant ça. C’est aussi pour ça que le film peut faire du bien, il peut servir de point de repère. Je pense que nous sommes prêts à mettre les choses à plat. Dans les écoles, quelles que soient nos origines, nous sommes d’abord Français, on se doit d’apprendre qui on est, d’où on vient et quelle est notre histoire.
Et d’autres :