Quelques pensées sur la France

Différentes réflexions sur mon pays. J’ai (essayé de) fait court, si vous êtes allergiques aux pavés journalistiques, vous pourrez quand même le lire.

De la multi-appartenance

Ne peut-on être à la fois Basque et Français ?
Ne peut-on être à la fois Toulousain et Français ?
Ne peut-on être à la fois Européen et Français ?

Les souverainistes (De Villiers, Pasqua, Chevènement…) voudraient nous faire croire que non.

De l’hymne national

À l’heure où j’écris ces lignes, j’écoute en boucle La Marseillaise interprétée par Édith Piaf1.

Cela me remémore une polémique qui avait agité les antennes de télévision il y a quelques années (oui, je l’allumais encore à cette époque). Un quelconque homme politique s’était réveillé un matin et avait proposé de supprimer notre hymne au prétexte qu’il est guerrier.

Comme vous le savez, La Marseillaise (originellement Chant de guerre pour l’armée du Rhin) est l’un des rares hymnes nationaux, au moins en Europe, à ne pas prôner la paix et les petits oiseaux. Si l’on compare avec l’hymne européen2, quelque esprit chagrin et politicien pourrait voir là un penchant europhobe de la France. Heureusement, la proposition de suppression de l’hymne n’est pas passée.

Personnellement, j’appelle ça de l’hypocritiquement correct (fusion d’hypocrisie et de politiquement correct). Oui, l’hymne français est guerrier alors que celui de l’Europe prône la paix. Et alors ? Ces hommes politiques ont-ils oublié leur histoire, à savoir que quand Rouget de Lille a écrit sa marche, la France était sous la menace continue des royaumes voisins, qui souhaitaient au plus vite remettre un parent sur le trône ? Et qu’au contraire l’Europe voulue par Schumann et Monnet est une alliance pour ne plus refaire les erreurs du passé ? Oublier cela serait accepter une fois de plus cette société de l’insignifiance. Il semblerait que ces mêmes politiciens aient aussi oublié leurs mathématiques, à vouloir faire une équation simpliste : hymne guerrier = nation guerrière. Je vous renvoie au titre précédent sur la multi-appartenance.

Le fait est que la France n’a jamais fait comme les autres3. Pour le monde des affaires ou de la diplomatie, où rien ne doit dépasser, c’est gênant, vous en conviendrez. Mais c’est aussi pour cela que la France est si fameuse à l’étranger : elle pense par elle-même.

Ah, pour finir : à l’heure où j’écris ces lignes, j’écoute en boucle la 9e symphonie

De la centralisation

Autre tare française, la centralisation extrême (les géographes parlent de macrocéphalie parisienne). Qui ne connaît pas Paris et le désert français, ouvrage qui ne va pas tarder à fêter ses soixante ans et provoqua un tel tollé à sa sortie.

Le processus de décentralisation est largement entamé et l’Europe promeut une décentralisation encore plus grande. C’est le grand débat de l’Europe des régions contre l’Europe des nations.

Je n’entrerais pas dans le débat dreyfusard de laquelle privilégier. Je rappellerais juste un principe écologique : la (bio-diversité. Celle-ci s’applique aussi en politique (et, en fait, dans n’importe quel domaine de la vie au sens large). L’idée en est très simple : ce qui est différent à plus de chances de survivre que ce qui est semblable. Le cas le plus connu est peut-être celui des forêts dites monospécifiques, extrêmement fragiles, car composées d’une seule (ou de juste deux ou trois) essence(s). Si un parasite s’introduit dans cette forêt, elle disparaît toute entière, là où une forêt classique, composée de plusieurs dizaines voire centaines d’espèces différentes survivra. En fait, la sylviculture de pointe (celle qui n’est pas asservie au productivisme primaire et aux intrants) constate même que la qualité du bois obtenue dans une plantation variée est meilleure que celle obtenue dans une futaie classique, ceci par l’enrichissement mutuel des essences. Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis.

Voici donc pourquoi je ne peux m’empêcher d’émettre des réserves sur la décentralisation4. Certes, rapprocher le décideur de l’acteur permet de réduire le nombre d’intermédiaires et par là même améliore la fiabilité et la performance du système5. Mais éliminer la centralisation signifie éliminer une possibilité alors qu’il n’y en a pas beaucoup6. Cette question rejoint celle de mon point précédent sur l’hymne national dans le sens que je prône la diversité.

Il y a deux choses auxquelles je crois : l’épreuve du temps et la diversité.


  1. Ne vous inquiétez pas, j’écoute souvent une musique en boucle au réveil ; il y a peu, c’était La prière par Saez ou Le vent nous portera par Noir Dés’.
  2. Détail amusant : tout comme notre hymne décriée comme si éloignée des idéaux européens, l’Ode à la joie a elle aussi changé de nom : son appellation originelle est Ode »An die Freude« (avec les guillemets). Comme elle, elle a été substantiellement raccourcie (la symphonie originelle dure près d’un quart d’heure). Enfin, elle sait être énergique elle aussi (de 6:58 mn à 7:42 mn, qui est dans la bande-annonce de Une journée en Enfer). Pour plus d’informations, voyez L’hymne européen.
  3. Parfois, elle fit même exprès de ne pas faire comme les autres : ainsi, alors que la Grande-Bretagne de la Révolution Industrielle avait inauguré les premières règles de conduite en faisant rouler les véhicules à gauche, la France napoléonienne décida de rouler à droite. Sad but true)
  4. Je ne suis pas le seul : le gouvernement fédéral allemand aimerai centraliser un peu plus l’éducation. Les programmes varient tant entre deux Länder que la totalité du système en souffre.
  5. Voir mes articles Pourquoi la nanotech, c’est bien et Audio et vidéo à la Sorbonne.
  6. Pour cette même raison, je recherche des avantages aux logiciels propriétaires. Je n’en ais pas encore trouvé, cependant.

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  • Appartenance

    Je suis Samatanais, Gersois, Gascon, un peu Toulousain, du Sud (de la France), Français, Européen. Je suis fier d’être Français et honteux d’en être fier : je n’ai aucun mérite, donc ne devrais avoir aucune fierté. Lire aussi Quelques…