Merci Apple pour ce que vous avez fait ; merci Linux pour ce que vous allez faire

J’ai viré Windows pour un OS X il y a de cela cinq ans et ne l’ai jamais regretté (sauf pour un jeu ou une application de temps en temps, mais c’est toujours resté supportable).

Parallèlement, j’ai toujours été conscient qu’Apple est très dangereuse, puisqu’elle contrôle tant le logiciel que le matériel. J’ai depuis longtemps signalé cela : Apple et l’Open Source les idées reçues, Apple n’est pas un saint )dernier en date, iTunes 7 ne permet plus de partager sa musique en local)

Malgré tout le bien que je dis de Mac OS X, je garde toujours à l’esprit (et ce, depuis le premier jour ou presque), que mon passage à Mac OS X est juste une solution d’attente. D’attente qu’un logiciel libre arrive au niveau de finition de Mac OS X.

L’état du (non-)art

En même temps que je me faisais ces réflexions, OS X a justement pris du poil de la bête (du fauve, pour être exact). En conséquence de quoi, le nombre d’utilisateurs d’OS X a augmenté (avec quelques pointures). Le succès venant, Mac a commencé à attirer des codeurs (Send other UNIX boxes to /dev/null). Avoir un Mac est passé de sujet de raillerie à sujet d’envie.

Ce faisant, et c’est là que nous rejoignons les systèmes libres, de plus en plus de codeurs, notoirement connus pour avoir un sens et un savoir de l’ergonomie et de la cognitique au mieux perfectible, ont pu constater ce qu’est un logiciel bien fichu au niveau de l’interface. Le libre (au moins aujourd’hui) innove peu et copie beaucoup. C’est une tare que les activistes connaissent bien : si une bonne idée sort en propriétaire, elle sortira en libre avec des mois de retard, en faisant à peu près la même chose (voyez Skype et Wengo, par exemple). Et la « référence », pour l’interface utilisateur, c’est quoi ? Ben oui, c’est Windows. Faites l’effort de rester un mois sous OS X, et vous verrez à quel point Fenêtres est mal pensé, voire horrible (et je ne parle pas même pas de la base de registres ou de l’interface Luna).

Pourtant, si vous regardez une application graphique Linux, c’est du Windows que vous avez sous les yeux : des menus à cinq ou six niveaux de profondeur, une absence flagrante d’intégration ou de communication, des hacks pour avoir l’air cool au lieu d’être naturellement cool (je pense à la transparence, mais Tim Bray signale aussi les ombres portées et l’anticrénelage)… Ce n’est pas pour rien que je crie tant sur Firefox et Thunderbird, qui jurent tant sur l’exquise interface Aqua (je ne parle pas uniquement de look, mais aussi de feel). Sur ce dernier point, je m’accorde avec John Gruber. La version enfin Cocoa de Firefox (rappelons que ça a été sans cesse repoussé et déjà promis pour la 1.0) semble prometteuse ; je parle aussi d’expérience. Cependant, ce ne sera jamais une « vraie » application OS X ; plus de détails dans un prochain article sur les idées reçues sur Cocoa. Signalons qu’Opera ne fait pas mieux que Firefox quand il s’agit de porter sur Mac.

Enfin bref, je pourrais continuer longtemps comme ça. C’est d’ailleurs ce que j’ai déjà fait alors, je vous encourage si vous adorez me lire (;-)), à consulter Apple je te hais je t’aime.

Beau ou bon, faut-il donc choisir ?

Ainsi donc, nous avons d’un côté des logiciels philosophiquement attirants (le libre), mais qui sont assez risibles au niveau de l’interface (Mandrake/Mandriva a longtemps été fameux pour ça, mais toute l’engeance libre souffre de ce défaut). Notons d’ailleurs que bien des logiciels gratuits, voire libres sous Mac sont bien plus beaux (Vienna). Ce sont également des logiciels en Cocoa, pas des logiciels en Carbon. Ces deux remarques nous confirment donc que c’est l’API, et non le penchant philosophique ou un sens esthétique supérieur de « ceux qui ont fait le bon choix » qui fait le logiciel beau. Tout bêtement, c’est une histoire d’avoir les bonnes briques à disposition.

Où veux-je en venir ?

  1. Qu’Apple a su avec OS X poser des fondations solides qui permettent ensuite des logiciels agréables et conviviaux. Alors qu’au contraire, Linux, obsédé par Windows, a tout juste été capable d’être aussi laid que Windows (c’est une forme de compatibilité, remarquez ; l’utilisateur ne sent pas déstabilisé s’il change de machine).
  2. Que tout ceci est une question de technologie
  3. Que la poussée médiatique d’OS X conduit de plus en plus de codeurs à faire quelque chose qui soit non seulement utilisable, mais qui donne envie de l’utiliser.

Ubuntu : élégance aux autres

Je me crois dans le vrai lorsque je dis que ce n’est pas un hasard si la distribution Ubuntu, aujourd’hui peut-être la plus populaire entre toutes (chez les particuliers au moins), a éclos alors que la « tendance Apple » (puissance UNIX + convivialité Windows, des bases solides plutôt que des couches de plâtre, la fin des clones de l’interface Windows) était si puissante. Apple a donné le coup d’envoi du switch massif chez les particuliers, et Ubuntu montre que ce n’est pas parce qu’on est de l’Unix que l’on doit être laid et mal pensé. Linux aussi peut être iSimple.

Revenez au début de l’article : je vous disais que mon passage à Mac OS X est juste une solution d’attente. Pour moi, l’attente n’est pas terminée, mais elle touche à sa fin. En effet, Ubuntu Linux (et plus particulièrement Xubuntu, tant Gnome – quoi que… – que KDE ayant l’intention de continuer à suivre Windows) commence à devenir franchement intéressante. Et ce n’est pas que moi qui le dis : le Triton aventureux sortira dans quatre mois et promet une moisson d’innovations qui ne se situeront pas que derrière le capot. J’avais dis il y a quelque mois (Rapport minoritaire, aspiration majoritaire) que les films peuvent agir comme des générateurs de demande. Il en va de même de tout ce qui a du succès, et OS X est clairement de cela. Merci OS X d’avoir montré l’exemple. On peut maintenant espérer avoir sous peu le beurre (une interface à la fois belle et solide) et l’argent du beurre (un système libre, loin des desiderata d’une société qui sait être détestable).

Et je ne suis pas le seul à le
penser
 : Mark Pilgrim, personnalité très en vue dans le domaine de l’accessibilité a décidé, pour la première fois depuis 22 ans, de ne pas acheter un Mac (je n’ai pas ses problèmes avec Mail.app, car j’utilise IMAP). Et Tim Bray, un développeur Unix un peu connu également, a très bien expliqué ce qui ne va pas avec la Pomme : une société paranoïaque (la culture du secret, diront certains), tout est fermé et quand ça ne l’est pas (qu’ils ne peuvent pas faire autrement), ils s’arrangent pour que soit le moins ouvert possible (dans le cas de Webkit, il a fallu pas mal de gueulantes côté KHTML et le poids d’un développeur du libre, Hyatt, pour que ça passe en libre).

Des tas d’applications n’ont pas leur pareil sur Linux. Aperçu est excellent, le colorimètre numérique aussi (il pourrait être un poil amélioré), ainsi qu’Adium (j’ai vu GAIM — je vous le laisse) ou un truc aussi simple que la calculette). Safari est vraiment rapide, Omniweb est très puissant (mais trop lent), QuickSilver n’est pas mal du tout, et, bien sûr iTunes est le roi (bien que, là encore, je ne peux pas toujours remercier Apple). Rien de tout ceci n’existe sous Linux, mais j’ose croire, quand je vois les progrès impressionnants effectués par Ubuntu, que ce n’est qu’une question de temps. En deux ans, cette distribution a filé une claque à toutes les grandes qui pataugeaient dans un immobilisme confortable (désolé pour les défenseurs de l’une ou de l’autre, c’est l’impression que ça me donne).

Conclusion

Mac OS a ouvert il y a vingt ans la voie des interfaces graphiques. Aujourd’hui encore, il reste la référence dans l’ergonomie informatique.

Cependant, Mac OS est un produit propriétaire et propriété d’une entreprise potentiellement très dangereuse, Apple, dont la maîtrise technique n’a d’égale qu’une vision inquiétante de la relation aux utilisateurs, allant du mépris à la paranoïa.

Le récent succès de Mac OS dans le grand public a permis, enfin ! de poser la question de l’ergonomie dans une communauté habituée à faire du gentil, fonctionnel, efficace… et laid, voire rebutant.

On est en droit d’espérer avoir bientôt le meilleur des deux mondes : un produit stable et convivial (fusion UNIX/Windows produite par OS X), et l’assurance d’une certaine tranquillité d’esprit (fusion OS X pour l’interface et logiciel libre pour la tranquillité produite par Ubuntu ou son successeur).

Merci Apple pour ce que vous avez fait ; merci Linux pour ce que vous allez faire.

flattr this!

    • Colorimetre: gcolor2
    • Adium: gaim2 :-)
    • Calculette: gcalctool, bc en ligne de commande :-)
    • Quicksilver: dépendant du vrai besoin derriere, USP, deskbar-applet, Gnome Launch Box, ya une tonne de trucs plus ou moins dans le meme genre.
    • Itunes: Le dernier rhythmbox est excellent, et tres itunesque. Sinon, les players multimedia, c’est pas ce qui manque: Quodlibet, Exaile, Listen, Muine, Banshee (egalement itunesque) ou meme BMP… Et je ne parle que des trucs Gnome/Gtk+ la, doit yen avoir coté KDE.

    Voila, tu peux passer des demain :-)

    Sinon, marrant que tu trouves que Gnome suive windows. A peu pres tout le monde rale parceque Gnome suit MacOSX…

  • Pour compléter ce que dit mat, mais d’un point de vue KDE :

    • pour gaim2, il est toujours aussi moche (bien que les goûts et les couleurs) que la version 1. En revanche, j’aimais bien Kopete, qui est plus avancé dans le support des protocoles non libres (vidéo sous MSN par exemple).
    • pour le remplaçant d’iTunes, j’ai un bon souvenir d’Amarok.

    « Sinon, marrant que tu trouves que Gnome suive windows. A peu pres tout le monde rale parceque Gnome suit MacOSX… » : même remarque, les développeurs Gnome ne se cachent pas d’avoir MacOS X comme base de modèle d’interface.

    Sinon, pour en revenir au texte de David :

    « Ce sont également des logiciels en Cocoa, pas des logiciels en Carbon » : ce qui est comparer des tomates et des carottes pour savoir lesquelles sont les meilleures. Dixit Apple, l’un n’a pas vocation a être remplacé par l’autre. Carbon est indiqué pour la programmation procédurale en C / C++, Cocoa pour la programmation objet en Objective C / Java (obsolète dès XCode 3) / Ruby (nouveauté XCode 3).

    On peut faire avec l’un comme avec l’autre des applications pourries ou imbitables d’un point de vue interface, comme de très bonnes applications. La partie « thème » de l’interface va surtout dépendre du jeu de widgets utilisés. Pour les applications destinées à MacOS X uniquement, autant utiliser directement les widgets systèmes. Pour les applications portées sur plusieurs systèmes, tu as trois solutions possibles :

    1. coder chaque version pour utiliser les widgets du système cible : c’est long, et source d’erreurs.
    2. utiliser des widgets « passe partout » et internes à l’application (cas de tes exemples Thunderbird et Firefox)
    3. utiliser une couche intermédiaire faite par autrui, et qui soit plus ou moins avancée dans l’utilisation des widgets systèmes (ce qui est prévu pour Firefox et Thunderbird à terme, via l’utilisation de Cairo).
  • Au sujet de KDE, historiquement au moins, il ne s’inspirait pas de Windows mais de CDE, l’environnement HP-UX.

    Et sinon, j’ose espérer que Linux ne deviendra pas totalement un clone de MacOS-X et qu’on continuera à avoir le choix d’utiliser des applications “anti-ergonomiques”. C’est que j’aimerais bien pouvoir continuer encore des années durant à utiliser mon PC vieux d’il y a quatre ans (et ne parlons pas du 486!), moi, et qu’attendre 30 s au lancement de chaque application, ça me défrise.

  • Laura : à priori, tant qu’il y a des utilisateur et un minimum d’intérêt pour les interfaces et applications “anti-ergonomiques”, il n’y a pas d’intérêt à ce qu’elles disparaissent. Par contre, il y a plus de chance d’avoir le même schéma qu’avec les systèmes d’exploitation : une ou deux qui trustent la majorité des utilisateurs, les autres se partageant ceux qui veulent voir autre chose.

  • Pour iTunes, ce sont surtout les fonctions de catalogage qui m’intéressent (côté lecture, j’ai longtemps regretté Winamp). Songbird étant en XUL, je ne peux accrocher et rhythmbox comme Amarok (j’aime bien le nom, ça doit être mon côté rôliste), je n’ai jamais pu les essayer (merci Arnaud pour Kopete). Mais c’est bien de connaître les voisins avant de déménager ;-)

    Pour Gnome, c’est peut-être que ça fait trop longtemps que je ne regarde plus (a-t-il une barre de menu unique ?). Je vais mettre à jour et merci de l’info !

    Laura, tu peux toujours utiliser la ligne de commande sur OS X. Il se trouve que moi, je ne peux pas (pouvoir dans le sens de vouloir plutôt que de capacité. Quoique, quand je vois la vitesse d’une recherche dans un dossier dans le Finder et celle d’un find, je me pose de très sérieuses questions).

  • Bof… Les utilisateurs avancés sont perdus sous Windows parce qu’ils ne maîtrisent rien, et les utilisateurs débutants sont perdus aussi, parce que comme on tente (mal) de leur cacher la complexité sous-jacente, ils ont la hantise de cliquer où il ne faut pas. Point de vue ergonomie, on a déjà fait mieux.

  • « dernier en date, iTunes 7 ne permet plus de partager sa musique en local »

    De quoi parles tu là ? J’ai toujours dans les préférences d’iTunes 7 l’onglet « Partage », avec la case à cocher « Partager ma bibliothèque sur mon réseau local ».