Les risques cachés de la « long tail »

Vous connais­sez peut-être déjà la théo­rie de la longue traîne, plus connue sous le terme ori­gi­nal de long tail.

Il s’agit, pour faire vite, de rem­pla­cer un ciblage large et mou par un ciblage spé­ci­fique et dur. Au lieu de vendre à une masse, on vend à une mul­ti­tude de niches. Au lieu d’« élar­gir son audience », on pro­pose des pro­duits poin­tus, qui ne trou­ve­ront pre­neur que chez une caté­go­rie de per­sonne très res­treinte. En revanche, vu qu’on est quand même six mil­liards et qu’on uti­lise la tech­no­lo­gie numé­rique (qui réduit de beau­coup les coûts), même res­treinte, cette caté­go­rie est assez impor­tante si elle fait mar­cher le bouche à oreille. Ce qu’elle fera si le pro­duit lui plaît. Or, comme le dit l’adage, on ne peut pas plaire à tout le monde. Pour plaire à cette caté­go­rie, il fau­dra accep­ter de ne pas faire du consensuel.

Pour les four­nis­seurs, ça ne demande une poli­tique dif­fé­rente, mais pas for­cé­ment moins de reve­nus (sauf, bien sûr, lors de la phase de tran­si­tion). Pour le consom­ma­teur, c’est encore mieux : ça veut dire que la qua­lité devient éco­no­mi­que­ment viable.

Je prends un exemple qui me tient à cœur : la qua­lité de la science-fiction à l’écran. Il est com­mun de dire que l’écran a trente ans de retard (et encore, c’est gen­til) sur le papier. Et quand on pense science-fiction, jusqu’à peu, ça don­nait wes­tern, Seconde Guerre mon­diale (vous avez vu com­ment ils pilotent les ailes-X dans La Guerre des étoiles…) ou guerre froide (les Romu­liens contre le capi­taine Kirk, la troi­sième Rome qu’était l’URSS contre le monde libre). Des fic­tions nano­tech­no­lo­giques qui ne soient pas débor­dantes de niai­se­ries ? De la hard science ?

Avec cette théo­rie de la longue queue, on pour­rait enfin avoir du maté­riel de qua­lité (si vous vou­lez plus d’infos, je vous recom­mande la lec­ture du billet de Ludo­vic sur la ques­tion).

Ça, c’est le bon point.

Le mau­vais point, et qui est l’objectif de ce billet, c’est que, dépri­mant ou pas, ce contenu asep­tisé que l’on nous vend per­met de conser­ver une culture plus ou moins com­mune (« l’union dans la bêtise », si vous vou­lez ;-) ). En revanche, si on s’engage cha­cun dans une queue dif­fé­rente, la culture com­mune pour­rait en souf­frir. Avec les risques que l’incompréhension génère. Regar­dez déjà le fossé entre ceux qui maî­trisent un ordi­na­teur et les autres.


Ce que je veux dire, c’est que si l’on peut sans doute se réjouir sur le court terme, il faut être vigi­lant sur le moyen terme si on ne veut pas que ça tourne mal sur le long terme.

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Une réflexion au sujet de « Les risques cachés de la « long tail » »

  1. Empyrée

    Machi­nima : faites votre film avec un jeu

    J’avais décou­vert les machi­ni­mas en février 2005 mais n’ai jamais pris le temps d’écrire un article rela­ti­ve­ment poussé. Le voici donc.

    Comme très sou­vent, ce qui nous appa­rait comme assez récent plonge ses racines rela­ti­ve­ment loin dans…

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