Le transhumanisme, un bouc-émissaire de plus pour la déresponsabilisation ?

Trouver un bouc-émissaire ou "cachez cette responsabilité que je ne saurai voir"

Je dis toujours que le feu sert à cuire les aliments comme à brûler les hommes. Quoi que je puisse penser de la NRA, je dois leur porter crédit de leur slogan Guns don't kill people ; people kill people (qui est aussi un excellent moment de nostalgie, mais je digresse). On cherche toujours un bouc-émissaire, pour ne pas se regarder dans le miroir. Ce n'est pas moi qui ai échoué à rendre le tueur de Toulouse heureux (Stéphane Bourgoin, criminologue, supputait que le tueur de Toulouse est une personne qui n'a rien réussi dans sa vie et qui en veut à la société). Non, c'est un autre. L'islamiste, l'ultra-droite, les armes. Si le transhumanisme était plus à la mode, ce serait lui. Tout, du moment que ce n'est pas ma faute. Il y a un vrai problème de responsabilisation. Problème qui s'auto-alimente, puisque le système encourage à rejetter la faute sur le système, y compris la faute de cette déresponsabilisation ! Je vous invite à méditer sur ces mots de Jean Baudrillard dans un entretien au Nouvel Observateur :
Le système produit une négativité en trompe-l’œil, qui est intégrée aux produits du spectacle comme l’obsolescence est incluse dans les objets industriels. C’est du reste la façon la plus efficace de verrouiller toute alternative véritable. Il n’y a plus de point oméga extérieur sur lequel s’appuyer pour penser ce monde, plus de fonction antagoniste, il n’y a plus qu’une adhésion fascinée.
Soyons clairs : le transhumanisme ne réduira pas en lui-même la criminalité (ni ne l'augmentera, même si de nouvelles variations sur un thème émergeront forcément). Ne surtout pas laisser cette idée se répandre. Cependant, la tentation sera grande de l'utiliser comme bouc-émissaire. Voici les arguments auquel il faut s'attendre :
  • Transhumanisme = technologie. Technologie = chômage. Chômage = Précarité. Précarité = détresse. Détresse = violence. Donc, transhumanisme = violence
  • Cyberpunk des années 80 (par opposition au postcyberpunk contemporain bien moins médiatisé), très noir. Lié au No future des punks, lui-même lié à l'angst des jeunes et non à une réalité vécue. Mais bien plus vendeur, malheureusement.

Stratégie des petits pas

Je renvois toujours à Marvin Minsky, Laisserons-nous la Terre à des robots ? :
As a species we seem to have reached a plateau in our intellectual development. There's no sign that we're getting smarter. Was Albert Einstein a better scientist than Newton or Archimedes? Has any playwright in recent years topped Shakespeare or Euripides? We have learned a lot in two thousand years, yet much ancient wisdom still seems sound--which makes me suspect that we haven't been making much progress. We still don't know how to deal with conflicts between individual goals and global interests. We are so bad at making important decisions that, whenever we can, we leave to chance what we are unsure about.
Là est le véritable enjeu sociétal. Mais ce n'est pas vendeur, alors il faut commencer par promouvoir la bioméchatronique, afin de vendre l'idée d'implanter de la technologie dans le corps (ce qui a de très grands intérêts intrinsèques ; ce n'est juste pas le plus grand de tous les intérêts). Après quoi en implanter dans le cerveau sera plus facile à accepter, puis modifier le cerveau pour une plus grande sagesse. Au fil de mes interventions, c'est de plus en plus ce que je développerai : le transhumanisme comme apport social et, en parallèle, la nécessite de ne pas laisser à la technologie un travail que nous devons faire nous-mêmes. Je ne veux pas croire qu'en stimulant les centres neurologiques du bonheur, nous gagnerons en sagesse. Sinon, les héroïnomanes seraient tous des moines zen.

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  • Tu écris :

    L’islamiste, l’ultra-droite, les armes. Si le trans­hu­ma­nisme était plus à la mode, ce serait lui. Tout, du moment que ce n’est pas ma faute.

    Si tu avais mis aussi le catholicisme dans cette liste je n’y verrais pas de racisme caché, à toi de voir hein ?

    Tu écris :

    Trans­hu­ma­nisme = tech­no­lo­gie. Tech­no­lo­gie = chô­mage. Chô­mage = Pré­ca­rité. Pré­ca­rité = détresse. Détresse = vio­lence. Donc, trans­hu­ma­nisme = violence

    Je te propose de regarder “Le revenu Minimum – Le revenu de base”, 1h36mn, un film-essai de Daniel Häni et Enno Schmidt, version française.
    C’est excellent !

    Site lié au film : http://le-revenu-de-base.blogspot.fr/

    Au fil de mes inter­ven­tions, c’est de plus en plus ce que je déve­lop­pe­rai : le trans­hu­ma­nisme comme apport social et, en paral­lèle, la néces­site de ne pas lais­ser à la tech­no­lo­gie un tra­vail que nous devons faire nous-mêmes. Je ne veux pas croire qu’en sti­mu­lant les centres neu­ro­lo­giques du bon­heur, nous gagne­rons en sagesse.

    Pourtant, avec un peu d’imagination, nous pouvons concevoir la technologie comme une aide extraordinaire pour devenir heureux et que sais-je encore, se passer de dormir par exemple, ou dormir à volonté (au choix)… Je ne pense pas qu’il faille se bloquer l’esprit (les idées) sur des électrodes excitatrices de bonheur. Chaque neurone peut être entourée d’un nanobot qui pourrait faire “des miracles”, sans compter de pouvoir tout contrôler avec le cerveau mais voir un film, écouter une musique directement dans le cerveau ou au moins court-circuitant nos organes sensoriels. S’entrainer à vivre dans un monde de plus de 4 dimensions n’est pas forcément une utopie, le cerveau est bien plus malléable que les gens ne le supposent (savent).

    @+ David

    Un lien sur un contre-transhumanisme, ce type mélange vraiment absolument tout et ne comprend absolument rien au sujet :
    http://forumlyon.noomix.fr/?tag=transhumanisme
    Encore un psychorigide apparemment…

    • Je n’ai pas mis le catholicisme, mais je n’ai pas mis non plus le christianisme dans son ensemble, l’islam, le zoroastrime, le bouddhisme ou le shintoïsme et encore moins l’animisme. A toi de voir ce que tu veux en conclure.

      Je connais très bien l’allocation universelle et le BIEN. C’est à mon sens l’avenir d’une société où le plein emploi est une chose du passé alors qu’on ne veut pas encore le croire. Ça passe par la désacralisation de la valeur travail, qui doit être remplacée par la valeur engagement. Et vu le grand nombre d’aides diverses et variées d’une part, la complexité de la gestion de celles-ci d’autre part et enfin les conséquences psychologiques de la privation d’emploi, le revenu universel a beaucoup à offrir. Je pourrais en parler des heures, ainsi que de l’inscription d’un tel revenu universel dans une optique transhumaniste et de circuits courts soutenus par les technologies open hardware et les réplicateurs rapides (RepRap), mais ça nous éloignerait du sujet. Disons juste que, même si je connais l’allocation universelle, je te remercie de m’avoir donne ce lien, que j’ignorais.

      Je regarderai (peut-être) le lien de noomix, mais sans garantie. Il y a tant à faire pour convaincre la majorité d’indécis que je ne peux passer du temps à lire les convaincus – sauf pour en tirer quelques arguments utiles, ce qui est le cas de Christian Goudin quand il aborde le risque de dépression et, sans le dire, le devoir que le transhumanisme a de ne laisser de côté que ceux qui veulent sciemment et pleine connaissance de cause être laissés de côté.

      Je terminerai en disant que je n’oublie pas les messages que tu m’as envoyé en privé, mais je n’ai pas le temps d’y répondre pour le moment !

  • Le traditionalisme musulman est ainsi plutôt un islamisme. :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Islamisme

    Je peux donc écrire plus précisément et pour l’oxydant, une tradition orthodoxe du christianisme, pour être plus précis, et bref c’est cela que tu as oublié. Ce sont deux conservatismes “dangereux”, cela dépend des définissions de ces mots qui peuvent être “sobres” à “fondamentalistes”.

    C’est plutôt cela que je voulais ta faire passer, David.

    De rien, j’aurais bien l’envie d’offrir tout ce que j’ai à la communauté si je pouvais le faire et en terme d’informations.
    En ce qui concerne “une allocation universelle”, ne pas oublier que le travail existerait toujours en tant que proposition, ce qui ne ferait pas partir tous les gens, certains y trouvant quelque bonheur travailleraient moins mais plus efficacement et nullement sous la pression comme l’est actuellement le monde du travail en ce moment même, une pression de plus en plus forte qui attaque les mentalités même des plus endurcis, parfois…

    En attendant il me semble que le libre-arbitre est proportionnel à nos libertés, et ceux qui travaillent dans un contexte de survie, la majorité des personnes, n’ont pas cette chance de pouvoir choisir ni celle de prises de conscience.

    Le temps est l’élément primordial (Shakespeare)
    Tu comprends avec ta dernière phrase pourquoi les gens n’ont pas le temps de réfléchir par eux-même faute de temps entre le travail et les enfants etc. Et de surcroit encore moins avoir des pensées tournées vers les questions liées directement ou indirectement aux transhumanismes.

    Bonne journée