Le transhumanisme à Laval Virtual (2) — Aubrey de Grey

Après mon arri­vée à Laval, voici main­te­nant le pre­mier Key­note spea­ker : Aubrey de Grey, auto­rité mon­dial du vieillis­se­ment. Aubrey explique le fonc­tion­ne­ment du corps et les concepts de pro­blèmes et patho­lo­gies. Ensuite, il pré­sente les deux approches tra­di­tion­nelles de lutte contre le vieillis­se­ment : la géria­trie, qui lutte contre les patho­lo­gies du vieillis­se­ment et est d’une effi­ca­cité très dis­cu­table car arri­vant trop tard dans la vie, et la géron­to­lo­gie, qui s’attache à une approche plus pré­ven­tive, mais se heurte à l’inima­gi­nable com­plexité du méta­bo­lisme humain. Il pro­pose ainsi une troi­sième voie, médiane, qui consiste à non pas pré­ve­nir les pro­blèmes, mais à les gué­rir avant qu’ils deviennent des patho­lo­gies. Selon Aubrey, nous ne pour­rons régler tous les pro­blèmes à un moment donné, mais ils le seront suf­fi­sam­ment pour « gagner du temps », pour remettre les pen­dules bio­lo­giques trente ans plus tôt. Puis le corps « vieux-neuf » vivra sa vie, rede­vien­dra, après une tren­taine d’années, un corps « vieux-vieux ». Mais, et c’est là un des deux points cen­traux du rai­son­ne­ment d’Aubrey (j’explique le second plus bas), entre-temps, la science aura pro­gressé ! Et la majo­rité des pro­blèmes qui étaient incu­rables trente ans plus tôt seront désor­mais gué­ris­sables. Il en res­tera cepen­dant quelques-un qui ne pour­ront tou­jours pas être gué­ris (dont cer­tains nou­veaux, pas même soup­çon­nés trente ans plus tôt). Cepen­dant, comme l’horloge bio­lo­gique du « vieux-vieux » aura de nou­veau été mise sur « vieux-jeune », de pré­cieuses années auront été gagnées… Et le cycle recom­mence. Ceci, ce n’est pas pour après-demain. C’est pour demain matin. Aubrey estime que toute per­sonne qui a aujourd’hui moins de 70 ans pourra béné­fi­cier de ces avan­cées de la méde­cine (au moins en théo­rie – la ques­tion du coût reste entière, même si Aubrey à des choses à dire à ce sujet, j’y reviens plus bas). À l’instar d’une fusée qui doit aller suf­fi­sam­ment vite pour s’arracher à l’atmosphère de la Terre doit atteindre la vitesse d’échappement (escape velo­city), il « suf­fit », pour deve­nir immor­tel, que la méde­cine pro­gresse suf­fi­sam­ment vite pour atteindre ce ratio de 1:1 entre les années écou­lées et les années gagnées. Il appelle cette vitesse la vitesse d’échappement de la lon­gé­vitéLon­ge­vity Escape Velo­city ou LEV. Donc, si 1) la méde­cine atteint (et conserve) l’LEV et que 2) vous avez moins de 70 ans aujourd’hui, l’immortalité vous attends ! Per­son­nel­le­ment, j’ajouterai : 3) que vous avez un por­te­feuille bien garni. Jus­te­ment, l’argent. Ceci nous amène au second point fon­da­men­tal de l’allocution d’Aubrey (le pre­mier étant le « yo-yo » et l’ELV). Aubrey ne s’intéresse pas à l’augmentation de la durée de vie, et encore moins à l’immortalité. Il s’intéresse à la bonne santé. La pro­lon­ga­tion de la vie est juste une consé­quence de la bonne santé. Ce point est mal com­pris par les jour­na­listes (et je pense la majo­rité des trans­hu­ma­nistes, moi y com­pris) et il a deux impor­tantes conséquences :
  • D’une part, il est bien plus facile poli­ti­que­ment par­lant de vendre la bonne santé que l’immortalité. La bonne santé fait consensus.
  • D’autre part, des indi­vi­dus en bonne santé coûtent moins cher à l’État. Ainsi, l’argument que les vieux coûtent cher ne tient pas.
Ainsi, la vision d’Aubrey est une stra­té­gie gagnant-gagnant. J’ajouterai qu’il sub­siste un pro­blème, celui de la sclé­rose des esprits ; j’en repar­le­rai plus tard, lorsque j’aborderai ma longue dis­cus­sion avec John Moor. À bien­tôt pour mon allocution !
Loading Facebook Comments ...

Laisser un commentaire