La Voix de son maître — La petite histoire du chien Nipper

La marque Pathé-Marconi, plus connue sous son ancienne appelation La Voix de son maître est symbolisée depuis le début du siècle par le tableau du peintre Francis Barraud : un petit chien face au pavillon du gramophone.

Après la mort en 1887 et dans une extrême pauvreté de son grand frère Mark, décorateur de théâtre, le peintre Francis Barraud recueille chez lui à Liverpool deux choses importantes :

  • le petit chien de son ainé, Nipper (Gloucester, 1884 – Bristol, 1895). Un bull-terrier avec des traces de fox-terrier, Nipper avait ainsi été nommé pour son habitude de mordre les jarrets des visiteurs ;
  • l’Ediphone de son frère, ainsi que de nombreux enregistrements de la voix de ce dernier.

Un jour qu’il faisait marcher ce phonographe, il remarqua l’intérêt du chien qui semblait reconnaître l’appareil. Il peint cette scène touchante puis délaisse cette toile qu’il se décide à terminer en 1898, trois ans après la mort de l’animal (à croire que cette scène l’avait fortement marqué !).

Le 11 février 1899, Francis met un coypright sur la peinture originale et la nomme Dog looking at and listening to a Phonograph, puis His master’s voice ; il essait sans succès de la présenter à l’Académie royale, puis la propose à des magazines, sans succès (l’argument donné étant Personne ne comprendrait ce que fait le chien). Il continue avec The Edison Bell Company, et rentre encore bredouille (Les chiens n’écoutent pas les phonographes.). On lui suggère de repeindre le pavillon couleur or, ce qui lui donne l’idée de se rendre à la toute nouvelle Gramophone Company de Londres, pour y emprunter un pavillon de bronze. Pour argumenter son emprunt, il emmène avec lui une photographie de ladite peinture (c’est tout ce qui reste du tableau d’origine, puisque la seconde version à été peinte sur la première). Le directeur, William Barry Owen, s’en portera acquéreur, ainsi que des droits (le tout pour cent livres) le 4 octobre 1899, à la condition que le phonographe soit remplacé par un gramophone (ce qui introduit une ineptie technique : le gramophone ne permet pas d’enregistrer et donc d’écouter la voix de son maître, à moins que celui-ci soit chanteur, ce qui n’était pas le cas de Mark — mais pourrait l’être d’un chanteur propriétaire de chien). Cette seconde toile connaîtra la renommée que l’on sait : le petit bull va remplacer la marque de fabrique précédente de la firme, un petit ange gravant un disque avec une plume. La scène et la marque His master’s voice seront adoptés comme image de marque dès 1900 aux États-Unis puis progressivement dans toute l’Europe. C’est aujourd’hui l’un des logotypes les plus connus dans le monde.

Francis Barraud passa le plus clair du reste de sa vie à peindre vingt-quatre copies de son original (on a rêvé mieux pour un artiste que de se recopier sans cesse). Le tableau est aujourd’hui au siège de la compagnie EMI à Hayes (Middlesex). Quant à Nipper, sa dépouille est enterrée à Kingston-upon-Thames, Surrey (où il avait passé le reste de sa vie avec la veuve de son premier maître), dans un petit parc entouré de magniolias. Lorsque la Lloyds y installa plus tard une succursale, une plaque commémorative en bronze fut posée sur les murs du bâtiment.

Nipper et le phonographe
Nipper et le phonographe
Nipper et le gramophone — « La Voix de son maître »
Nipper et le gramophone — « La Voix de son maître »

De manière accessoire, il est intéressant de constater les différences entre les versions de cette histoire. Ma confiance va à Wikipedia (surtout EN), mais je suis d’abord tombé sur une page française ; par acquis de conscience, je suis allé vérifié sur Wikipédia et grand bien m’en a pris. Notez que certaines précisions ne furent disponibles qu’en suivant des liens depuis l’encyclopédie libre.

Écarts de véracité sur une même histoire
Musée de la pub Wikipédia
Fox-terrier Bâtard de bull avec un peu de fox
Confusion Marc/Francis Pas de confusion
Confusion entre les deux titres Deux peintures, deux titres, même s’il manque des précisions
Confusion phonographe/gramophone Pas de confusion. Ineptie technique de l’image du gramophone
Mignon : goût du jour et remerciement Dure réalité : opération mercatique après impossibilité de vendre le tableau, même si la chance jouea son rôle

Sources

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