La querelle linguistique et la crise de l’État en Belgique

Initialement publié le 29 décembre 2005 à 17:07

En attendant d’avoir résolu mon problème de site Web traditionnel, je poste ce cours de licence de géographie (pas tout à fait terminé) ici. Release early, release often, comme ils disent.

Gaule celtique et Gaule belgique, Neustrie et Austrasie, et aujourd’hui Wallonnie et Flandre… La Belgique a toujours eu du mal à se définir. Cet article date initialement de 2002. La raison pour laquelle j’insère celui-ci et pas les autres, est l’article du Monde diplomatique signalé à la fin.

Bien évidemment, tout remarque de Belges est la bienvenue. J’ajoute en fin d’aticle un long commentaire de Sophie.

  1. <Titre 1>
    1. Un État divisé par une frontière linguistique
    2. Le multilinguisme et la querelle identitaire
    3. Conclusion
  2. Les facteurs de la crise identitaire
    1. Le sentiment d’appartenance à la communauté
    2. La parcellisation des partis politiques
    3. La montée des nationalismes en Belgique
    4. L’unité belge en question
    5. Conclusion
  3. Documentation
    1. Document 1 : La mort d’une Belgique unitaire
    2. Document 2 : La frontière linguistique
    3. Document 3 : Les aires linguistiques
    4. Document 4 : La population wallonne et flamande de 1846 à 1970
    5. Autres

<Titre 1>

Un État divisé par une frontière linguistique

La frontière est mouvante ; il y a des phases de flux et de reflux, la frontière montant ou redescendant selon un axe nord-sud, mais pour l’essentiel s’est fixée dès le milieu du Haut Moyen-Âge (ⅤⅠe-ⅤⅠⅠe siècles). Cependant, ces mouvements ont créé des enclaves linguistiques. Cette frontière s’est imposée au niveau juridique entre 1830 et 1930. Elle a par la suite été figée par des règlements (les us et coutumes).

Singulière barrière que cette frontière linguistique, car elle sépare deux communautés (ainsi qu’une troisième moins importante au Sud-Est, de langue allemande). Le document 3 montre une frontière linguistique dénuée de représentation topographique, puisqu’elle coupe une plaine, tout au contraire de l’Alsace et la Lorraine où les Vosges marquent le paysage et coupent la partie est des Ardennes.

La notion de frontière politique est une création de la géopolitique des années trente. Si à la base c’était un simple concept, c’est aujourd’hui devenu une réalité (ainsi voit-on beaucoup de noms de villes arborer deux orthographes (la ville française de Lille s’appelle Ryssel en flamand). Ceci est une preuve de l’impact communautaire de la langue.

Le multilinguisme et la querelle identitaire

Les problèmes linguistiques sont au ⅩⅩe siècle des problèmes de communauté (voir document 1). Pourtant + évolution démographique (voir document 4). La proportion flamande est de plus en plus nombreuse. En 1846, ils représentaient 54 % de la population. En 1970, ils étaient passés à 76 %. La rupture a lieu dans les années vingt. La frontière linguistique se matérialise.

Ce problème est également politique du fait de la question des enclaves (voir document 3).

  • Enclave à l’ouest (en région flamande). Deux villes, cantons, départements  francophones (80 % de francophones) mais rattachés à la Flandre.
  • Enclave du canton des Fourons (en région wallonne, mais une majorité de Flamands). On y parle le flamand, le français et le néerlandais.
  • District de Bruxelles : Depuis 1932, c’est une ville où l’on parle français (qui est la langue officielle de l’administration). Dix-huit communes périphériques sont associées à Bruxelles pour former le district. En 1963, le français faillit ne plus être langue officielle (puisque la ville est dans une zone flamande). À l’issue d’une grave crise empreinte de grèves et de manifestations, la population a refusé l’abrogation du français, qui est resté depuis.
  • Cantons de l’Est germanophones. Cette communauté s’identifie plus ou moins à l’Allemagne (25 communes) […] (région rattachée à deux reprises à l’Allemagne pendant les deux Guerres mondiales)1.

Conclusion

Depuis la fin du ⅩⅩe siècle, on assiste à la naissance d’une autre Belgique. Pour reprendre les mots de Louis De Clercq, rédacteur en chef du journal Der Standart, : Les sujets des rois ne sont plus des Belges, mais des Flamands, des Wallons, des Bruxellois, des Allemands. Le rôle du roi est de les associer. Le roi, comme on le voit, est le seul facteur d’identité. Va-t-on vers un rôle majoré du roi (idée personnelle) ?

Les facteurs de la crise identitaire

On dénombre trois facteurs communautaires et politiques.

Le sentiment d’appartenance à la communauté

À la naissance de l’État belge, celui-ci était artificiel (il n’y avait pas même d’élément topologique permettant d’appréhender ses limites). Au contraire, la Belgique est la conséquence de l’éclatement de l’empire des Habsbourg (ⅩⅤⅠe-ⅩⅤⅠⅠe siècle) ; elle a ensuite été rattachée aux Provinces-Unies (les actuels Pays-Bas) jusqu’à la révolution de 1830, soutenue à la fois par les francophones et par des Français (des partisans de Charles Ⅹ souhaitaient la création d’un État fortement francophone, avec le français comme langue officielle et d’usage, du Parlement à l’armée, des bancs d’école à l’université). La Flandre tolère le bilinguisme, mais le français reste un critère de […].

La situation se complique dans la seconde moitié du ⅩⅠⅩe siècle. Le sentiment national des Flamands prend de l’importance. La communauté flamande commence à dénoncer les inégalités sociales (les responsabilités des hauts niveaux sont presque exclusivement occupées par des francophones, qui ne veulent pas de Flamands dans l’armée. En témoignent les inepties pendant la Première Guerre mondiale : des soldats sont fusillés parce qu’ils ne comprennent pas le français !

Pendant l’occupation allemande, la Belgique est coupée en deux. L’indépendance de la Flandre est reconnue. Le français devient la langue politique. Après 1918, la Flandre redevient belge. Mais les jeux sont faits, le fossé s’accentue et le sentiment national va en se renforçant. Dans la même période, la différence de richesse entre la Wallonie et la Flandre s’accentue. Alors que la Wallonie est riche et industrielle, la Flandre est pauvre et rurale (on verra plus tard que c’est aujourd’hui, avec la désindustrialisation, tout le contraire, la Wallonie étant la région « pauvre »).

Tout comme en Suisse, on cherche à assurer la péréquation pendant l’Entre-Deux-Guerres, ce qui aboutit au compromis de 1932 :

  • On donne des avantages aux Flamands (une certaine autonomie, l’enseignement du flamand est assuré dans le secondaire, régiments militaires flamands…)
  • Reconnaissance officielle de la langue flamande. Ceci aboutit à reconnaître l’existence d’un multicommunitarisme en Belgique. Cet assouplissement aura beaucoup de conséquences.

La parcellisation des partis politiques

Celle-ci est très importante. Traditionnellement, le paysage politique se compose d’un parti communiste, un parti socialiste et un parti conservateur (ce terme signifie qu’ils défendent toujours le même programme). À partir de 1960, les
trois partis traditionnels commencent à s’identifier à leurs communautés et donc se mettent à défendre, plus que les intérêts de leur idéologie, ceux des Flamands ou des Wallons, selon leur appartenance personnelle. La dernière campagne pour l’unité de la nation date de 1968. Depuis, les litiges et les risques d’éclatement de la fédération n’ont cessé de grandir. Les partis politiques ne sont pas peu responsables de cette situation.

La montée des nationalismes en Belgique

Le nationalisme belge existait depuis la Guerre, mais il est revenu en force en 1960 […]. Il apparaît à la fois en Wallonie et en Flandre. Dans les deux communautés se posent les questions des origines. Voir Philippe Desttate en 1991 : La Wallonie fait partie de la culture gauloise et s’est toujours opposée à la culture germanique. Pour lui, cette opposition est donc antérieure à l’époque romaine et la Wallonie a pour mission de repousser la culture germanique. La même argumentation a cours en Flandre.

Depuis les années soixante, le discours s’est radicalisé (La Belgique unitaire est morte ou va mourir : discours d’intolérance). Cela est encore aggravé par la scission qui avait eu lieu pendant la Seconde Guerre mondiale entre des Wallons résistants et des Flamands collaborateurs.

Mais le nationalisme n’est que secondaire, il n’a pas d’impact important et sert davantage de prétexte. Il contribue cependant à opposer les deux grandes régions […]. Alors que la Flandre est une entité suffisamment solide aujourd’hui pour exister par elle-même, le nationalisme wallon est quelque peu contradictoire. En effet, ces nationalistes veulent l’avènement d’un État indépendant, mais en même temps, la Wallonie est culturellement très proche de la France. Certains, comme le Rassemblement Wallonie-France, envisagent même un rattachement à cette dernière.

Cette frontière se ressent au quotidien : elle induit des problèmes à gérer dans les enclaves linguistiques. Ainsi, Anvers, ville flamande, est-elle multiculturelle. La messe y est dite en français, la confession est catholique. En 1960, la population ne veut plus du français, ce qui aboutit à des manifestations de la part des catholiques ; la messe reste en français. Autre exemple, la seconde langue apprise en Flandre fut longtemps le français (et le néerlandais en Wallonie). Dans les années 60, la Flandre troque le français pour l’anglais (comme en Suisse avec les germanophones). Il y a donc là un réel problème de cohésion nationale qui se fait jour.

L’unité belge en question

Depuis 1830 s’est développé un État-nation à la française (un État = une langue). À partir des années soixante au contraire, cette vision a catégoriquement changé pour les Belges qui ne veulent plus d’une telle vision politique. Surtout, les Flamands veulent défendre leurs intérêts (ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone et surtout pas être rattachés au français ; notamment, en 1968, l’université de Louvain crée l’événement en n’enseignant plus le français. Illico, une nouvelle université est créée pour l’enseignement de cette langue. Aujourd’hui encore, cette époque a laissé des séquelles ; ainsi les deux universités susnommées sont toujours en conflit larvé.

Cet événement et bien d’autres ont conduit en 1970, à la rédaction d’une nouvelle constitution :

  • 1970 : pour satisfaire le sentiment communautaire, vont être créées des communautés culturelles. Il devait y en avoir trois, la communauté wallonne, la communauté flamande et Bruxelles, mais seules les deux premières furent créées et aucun accord réel n’a scellé ce projet de communautés culturelles.
  • 1980 : création des trois régions administratives de Wallonie, de Flandre et du district de Bruxelles. Premier pas vers une décentralisation, elles prennent en charge les aspects sanitaires et sociaux (y compris l’enseignement).
  • 1988 : les compétences des trois régions sont renforcées. Elles ont désormais également à assurer leur propre financement.
  • 1993 : réf (référence, loi, référendum, renforcement ?) fondamental(e). l’article 1er de la Constitution mentionne désormais que la Belgique est un État fédéral. Il y a désormais à Bruxelles un gouvernement fédéral et un gouvernement fédéré. Les ministres sont nommés par le roi et par le peuple. Il y a désormais :
    • des gouvernements de région ;
    • des gouvernements de communautés qui représentent les trois communautés (flamands, wallons et germanophones).

    Comme on peut le constater, on assiste à une superposition de systèmes.

Le grand paradoxe de ces mouvements nationalistes est qu’il demandent l’indépendance et que le dernier vecteur unitaire du pays qui puisse empêcher l’effondrement est le roi. Dès lors, se pose la question de la place de la monarchie dans le futur.

Conclusion

L’équilibre politique de la Belgique depuis 1830 repose sur la confrontation de deux entités linguistiques séparées par une frontière datant du Haut Moyen-Âge. Depuis 1960, l’équilibre n’existe plus. On se dirige vers le fédéralisme, peut-être seulement une étape vers un éclatement de la Belgique, à la manière de la Yougoslavie (mais à la différence de la Yougoslavie, la scission de la Belgique se ferait alors même qu’elle est membre de l’Union européenne).

Quelle est la réaction de la population belge ? Seules les élites se rendent compte d’un gâchis : il y avait une entité cohérente (bof, je ne trouve pas, moi ; c’est un État avec deux nations).

Le 6 mars 1998, une manifestation pour la défense de la Belgique […]. Les intellectuels belges réclament la fin des nationalismes et le règlement des questions sociales […].

Documentation

Document 1 : La mort d’une Belgique unitaire

Le constat tel qu’on peut le faire en 1994, est donc en gros le suivant : dans le Nord, un sentiment d’identité qui entraîne naturellement la solidarité ; dans le Sud (avec ou sans Bruxelles), des solidarités réelles, mais que ne débouchent qu’assez peu sur ce qui ressemblerait à un vrai sentiment national. Le problème du Sud est que l’esprit national ne peut être que wallon, alors que les causes communes rassemblent fréquemment tous les francophones. On ne conçoit pas un sentiment national francophone, et personne d’ailleurs ne cherche à le susciter.

Les querelles entre Flamands et francophones sont devenues un phénomène récurrent de la vie politique belge. Elles portent sur les matières les plus diverses. Très vite, dès que se pose un problème d’une certaine portée, il a tendance à prendre une « coloration communautaire ». On notera cependant que manque un bout, là – qui, mise à part l’une ou l’autre bagarre, sont toujours restées pacifiques (le sang n’a jamais coulé !) – n’ont jamais débouché sur un affrontement mettant en cause l’unité du pays. Seules des discussions portant sur des problèmes d’avenir manient des matières qui pourraient devenir réellement explosives ; on pense notamment à la mise en cause du caractère national de la sécurité sociale.

La Belgique unitaire est morte. l’article 1er de la Constitution révisée, dans le texte coordonné de 1993, porte : La Belgique est un État fédéral qui se compose des communautés et des régions. La formule est simple, mais l’architecture est compliquée. Les régions sont des entités territoriales : région flamande
, région wallonne et région de Bruxelles-capitale. Comme ces deux dernières régions ne sont pas homogènes linguistiquement (il y a une minorité de langue allemande à l’est de la région wallonne, et la région de Bruxelles-capitale comprend à la fois des francophones, en grosse majorité – plus de 80 % – et des néerlandophones), il n’a pas été possible de confier à leurs organes dirigeants des compétences dans des matières où la langue est un élément majeur, c’est-à-dire avant tout dans des matières culturelles et pour l’enseignement. Ces compétences sont attribuées aux communautés, qui sont, comme les régions, au nombre de trois : la communauté flamande, qui veille aux intérêts de la région flamande et des néerlandophones de Bruxelles ; la communauté française, qui s’occupe des francophones tant de Bruxelles que de la région wallonne ; la communauté germanophone, chargée des intérêts des germanophones de l’Est. Si les communautés ont des compétences liées essentiellement à la langue, les régions s’occupent de matières qui sont, elles, essentiellement d’ordre économique.

Le peuple flamand qui s’affirme est désormais homogène du point de vue linguistique. Le néerlandais est partout la langue de l’administration, de l’enseignement, de la justice, et même obligatoirement, sous certains rapports, des entreprises. Ceux que l’on appelle les « francophones de Flandre » et que l’on trouve notamment à Gand et Anvers, conservent le français comme langue du foyer, mais leurs enfants font leurs études en néerlandais (il n’y a pratiquement plus d’école de langue française en Flandre ; elles ne sont pas subsidiées et leurs diplômes ne sont pas reconnus) et à supposer, par exemple, qu’ils fassent de la politique, ils la font en néerlandais. Il n’existe plus en pays flamand un seul journal politique de langue française. l’homogénéité résulte aussi de l’extension très considérable du néerlandais proprement dit, par rapport aux dialectes : connaissance de la langue, bien entendu, qui est devenue générale (la télévision ayant à cet égard puissamment épaulé l’école), mais aussi l’usage de plus en plus général. Tous les Flamands ont bien maintenant, et sans conteste, « leur » langue.

La mort d’une Belgique unitaire, Jean STENGERS“, in Revue ⅩⅩe siècle, Presses de Sciences Po, nº 50 avril-juin 1996, pages 40-41.

Document 2 : La frontière linguistique

La frontière qui, en Europe, sépare le monde dit « latin » des pays germaniques coupe la Belgique en son milieu. Prenant ainsi dans l’histoire du pays une signification particulière, elle est devenue la « frontière linguistique » entre la Belgique néerlandophone et la Belgique francophone, objets de querelles politiques sans cesse renaissantes.

On connaît mal les circonstances à la suite desquelles s’est fixé la frontière nord de l’empire romain ainsi que l’incidence de cette frontière politique sur les langues des populations riveraines de l’époque. On constate cependant que la délimitation apparue au début du Moyen-Âge entre les parlers romans et les parlers germaniques (français d’oïl et francique, pour ce qui concerne la Belgique) correspond à peu près à cette frontière. Depuis lors, elle n’a presque pas évolué. Quand elle s’est déplacée, c’est à une époque récente et toujours aux dépens du domaine néerlandophone, [par le truchement] d’enclaves largement francisées — dont la plus importante est Bruxelles.

La Belgique unitaire de 1830 ayant refusé pendant un siècle de reconnaître au néerlandais un statut équivalent à celui du français, la question du tracé précis de la frontière linguistique ne s’est donc posée qu’à partir de 1930 environ, et elle coïncide avec la volonté politique d’arrêter définitivement le recul progressif de cette frontière du côté flamand. Empoisonnée par les problèmes que suscitent les régions frontalières francisées, cette opération n’est pas encore terminée à l’heure actuelle. Les difficultés rencontrées sont toutefois moins liées à la nature de la frontière linguistique qu’à ce nœud de querelles qu’on appelle en Belgique la « question communautaire ».

La Belgique et ses populations, Hélène et Pierre WILLEMART, Sus van ELZEN, Éd. Complexes, Paris, 1981

Document 3 : Les aires linguistiques

Les aires linguistiques

Document 4 : La population wallonne et flamande de 1846 à 1970

  1846 1890 1920 1947 1970
BELGIQUE 4 337 196 (100 %) 6 069 321 (100 %) 7 405 569 (100 %) 8 512 195 (100 %) 9 650 944 (100 %)
Rég. Flam.
Rég. Wall.
Brux. Cap.
2 346 454 (54,1 %)
1 779 108 (41,0 %)
211 634 (4,9 %)
3 003 219 (49,5 %)
2 545 939 (41,9 %)
520 163 (8,6 %)
3 730 431 (50,4 %)
2 !68 687 (38,7 %)
806 451 (10,9 %)
4 551 920 (53,5 %)
3 004 346 (35,3 %)
955 929 (11,2 %)
5 416 583 (56,1 %)
3 159 225 (32,7 %)
1 075 136 (11,1 %)

Depuis 1920, la Région Wallone comprend aussi la Région linguistique allemande (61 972 hab. en 1947)

On voit que la Région Flamande atteignit son point le plus bas et la Région Wallonne son point le plus haut vers la fin du ⅩⅠⅩe siècle, aucune des deux n’ayant alors la majorité absolue. La deuxième moitié du ⅩⅠⅩe siècle avait vu un recul assez prononcé de la Région Flamande au profit de Bruxelles-Capitale et de la Région Wallonne favorisée par son essor industriel.

Dès 1920, la Région Flamande a regagné un point et la majorité absolue, de justesse, aux dépens de la Région Wallonne, laquelle dut payer, en outre, un nouveau progrès de Bruxelles-Capitale. De 1920 à 1947, Bruxelles progresse encore très légèrement et la Région Flamande très sensiblement, toujours aux dépens de la région Wallonne. Même évolution, de 1947 à 1970, sauf à Bruxelles qui accuse, pour la première fois, un recul relatif.

Cette évolution des régions correspond en gros à celle des langues. Mais l’appartenance linguistique bruxelloise n’est pas restée uniforme, ce qui influe sur la vue d’ensemble.

Dossier de démographie de la Belgique, Roger MOLS, 1975

Autres


Je ne suis pas du tout d’accord avec le fait de parler de la Belgique comme d’une personne en pleine crise d’adolescence.

Une crise d’identité… À cause d’une politique soi-disant chaotique alors que nous passons d’un gouvernement arc-en-ciel (tous les partis ont leur mot à dire) à un gouvernement violet (fifty-fifty pour les socialistes et les libéraux). Crise d’identité soi-disant à cause de ce fameux “un État, deux nations”, ce qui est faux puisque sur ce principe de “nations linguistiques” il faudrait mentionner 3 nations, puisque ne l’oublions pas, quelques petits vieux de l’est du pays parlent encore l’allemand.

Et puis non, ce n’est pas vrai que la Belgique est en crise d’identité. C’est même carrément choquant à entendre, car bien qu’étant une « petite fille du pays », petite fille d’une famille de fermiers, attachée à la terre, bien dans ses racines et profondément émue par ce patois qu’est le wallon (dans lequel je sais m’exprimer) émue par la nostalgie et la musique de la langue de mes grands-parents, je me sens Belge avant tout. Pas Wallonne, Belge. Et je considère les habitants de Flandre comme d’autres Belges. Pas comme des Flamands.

Je peux comprendre qu’un Français ait du mal à imaginer ça, car en France, tout le monde parle français, les gens du nord sont profondément attachés à leur chti (sorry pour l’orthographe) et semblent plus “nordiques” que “Français”, les gens du Sud semblent également plus Marseillais que Français et les Parisiens semblent carrément être une race à part. ET tout ça simplement pour une question d’accent. Mais non, en Belgique, ça ne fonctionne pas comme ça. Les frictions entre Wallons et Flamands, quand il y en a, sont des frictions entre politiciens wallons et politiciens flamands. Et plus précisément ces politiciens qui s’occupent du budget, car la Flandre est plus riche que la Wallonie.

J’ai l’immense chance d’habiter depuis un an dans une commune de Wallonie, Enghien, où le français a la même place que le néerlandais. Dans les pubs, dans les supermarchés, dans l’administration… On peut aller à l’administration communale et demander sa paperasse en néerlandais, si on en a envie. Cette langue que je trouvais horrible depuis mes 9 ans, depuis qu’on me l’enseignait à l’école, trouve maintenant toute son harmonie dans ma vie quotidienne.

Arriver à la poste, faire la file avec des petits vieux, en voir entrer un qui salue en néerlandais ou en français (selon la personne qu’il salue), comprendre ce qu’il dit malgré ses patois wallons et flamands… ça c’est être Belge.

Mais effectivement, lorsque par exemple, dans un sport tout bête comme le foot, on voit des hooligans qui s’arrachent la tête, entre deux villes d’un même pays, je pense évidemment à Marseille et Paris, ça peut paraître difficile à comprendre que des gens qui ne parlent pas la même langue puissent se sentir de la même origine.

C’est d’ailleurs étrange, ton article sur la crise d’identité et les problèmes d’unité de la Belgique, car ce que le Roi a mis en exergue dans son discours de Noël, c’est précisément l’unité de la Belgique, notamment lors d’évènements comme « La Belgique danse », dont tu n’as probablement pas dû entendre parler, du haut de ta France. Dans une grosse dizaine de villes belges, les habitants ont passé l’après-midi sur les grands-places à répéter des pas de danse. Le soir, la musique a retenti dans toutes ces villes en même temps et 55 000 personnes ont dansé à l’unisson, les mêmes pas de danse pour tout le monde, en même temps. C’était très émouvant ! Et tu sais quoi, au moment de commencer à danser, la pluie était de la partie. Les gens étaient en t-shirt sous la pluie, dansaient, heureux qu’elle soit aussi de la fête. C’était fou ! Une drache nationale pour un moment de complicité nationale. C’était l’une des manifestations de joie des Belges pour fêter les 175 ans de leur pays ainsi que ses 25 ans de fédéralisme. Il y en a eu tellement d’autres…

Ce n’est pas ce genre de chose qu’on verra en France, et tu sais pourquoi ? Parce que la France est trop grande. En Belgique, on a parfois l’impression d’être en famille, bien cosy au coin du feu, avec le père qui nous regarde de son œil bienveillant et confiant. Je n’en rajoute pas, c’est parfois l’impression que j’ai, par exemple lorsque je vois un petit vieux qui salue tout le monde au bureau de poste…

Il faut que ce soit clair, et j’espère que tu le comprends de cette façon, je dis tout ça sans agressivité aucune. Seulement, ton article m’a fait bondir de ma chaise plusieurs fois et je n’aurais pas su ne pas réagir, car beaucoup de choses sont dites « vues de l’extérieur » et ne correspondent pas du tout à la réalité que nous vivons en Belgique. Peut-être que notre petit pays aux airs si déchirés nous a au moins appris la tolérance, car si quelqu’un parle une autre langue, il représente avant tout une richesse…

flattr this!

  • Bonjour. Chouette article que je n’ai pas encore su lire jusqu’au bout, l’envie de réagir étant plus forte que l’envie de terminer de lire.
    En même temps, en voyant les titres "la mort d’une Belgique unitaire", "la crise identitaire", je ménage un peu mes nerfs en ne lisant pas… . Le peu que j’ai lu m’a fait bondir sur ma chaise plus d’une fois.
    Une crise d’identité… bon sang mais on dirait que tu parles d’un adolescent qui ne sait pas où il en est. La Belgique serait en crise identitaire parce que son histoire est complexe et comme tu le présentes là, fondée sur rien ? Crise d’identité parce qu’il y a une frontière linguistique et que tout le monde ne parle pas la même langue ? Parce que les partis politiques ont du mal à se mettre d’accord ? On a eu pendant je ne sais combien de temps un gouvernement arc en ciel car toutes les couleurs politiques avaient leur mot à dire, on a ensuite eu un gouvernement violet parce qu’il y avait autant de votes socialistes que de votes libéraux. La politique belge est mieux lotie que la politique française, si tu veux mon avis.
    Crise d’identité en parallèle avec la frontière linguistique, c’est ce qui me donne le plus de palpitations dans ce début d’article que j’ai lu. Il faudrait que ce soit bien clair. La difficulté entre wallons et flamands n’existe qu’entre les politiciens wallons et flamands. En gros parce que les flamands gagnent plus de sous et veulent qu’on fasse fifty-fifty alors que les wallons leur disent "puisque vous gagnez plus, vous en mettez plus dans le pot commun". Tout cela se passe entre le politicien qui s’occupe de l’argent flamand et son homologue wallon. Point. Faire passer la Belgique pour un pays déchiré, c’est faire passer les Belges pour un peuple déchiré et ce n’est pas le cas. Absolument pas. Et nous ne sommes pas non plus en crise d’identité. Nous sommes Belges. Je ne me sens pas wallonne, je me sens Belge, je n’ai jamais ralé sur un Flamand parce qu’il gagne plus de sous que moi ou parce qu’il a moins loin à aller pour avoir les pieds dans le sable ou pour n’importe quelle autre raison aussi stupide. Les Flamands sont aussi Belges que les Wallons, tout ce qui les différencie, c’est leur langage et plus précisément la langue dans laquelle ils remplissent leur paperasse administrative.
    Je vis dans une commune où Flamands et Wallons cohabitent, aussi fou que ça puisse paraitre, sans se frapper dessus (si si c’est vrai!). les publicités sont dans les deux langues, les promotions au supermarché du coin aussi, les inscriptions sur les plaques routières (villes, directions, déviations, etc.) aussi et l’administration aussi. D’ailleurs, chapeau aux employées de la commune d’Enghien, toujours souriantes et parfaites bilingues malgré les difficultés et les nuances du jargon administratif. Le flamand fait partie de ma vie de tous les jours. Moi qui avait enfin oublié ces horribles mots que des enseignants avaient mis dans ma tete depuis mes 9 ans, me revoici, avec ces mêmes mots devenus harmonieux dans ma vie quotidienne. J’aime beaucoup cette mixité des langages, je trouve que ça donne de la vie à la commune, que ça la rend encore plus joyeuse. Aller à la poste et voir le petit vieux connu de tout le quartier tutoyer les autres petits vieux et parler à certains en flamand et à d’autres en français, ça c’est de la vie.
    Pour en revenir à cette crise d’identité, non, c’est faux que la Belgique ne sait pas où elle en est. Une frontière linguistique, une vie politique qui n’a pas tjs été toute rose (mais à ce propos, je le redis, personne n’a rien à envier aux Français), un pays qui a porté plusieurs noms, ça nous rend juste plus tolérants que d’autres pays envers la différence.

    Mais tu te doutais que cet article allait susciter des réactions…