L’euro et les langues : cours de linguistique politique

Actuel­le­ment, les billets d’euro com­portent la double ins­crip­tion Euro (tous les pays sauf la Grèce) et Ευρω (Grèce). Jusqu’à 2007, ça ne posera pas de pro­blème, cette double ins­crip­tion conten­tant tout le monde et même dou­ble­ment : il se trouve que, en plus d’utiliser ces lettres, cette com­bi­nai­son de lettres est éga­le­ment pos­sible dans toutes les langues offi­cielles de l’Union.

Cette situa­tion a conduit à pen­ser que la poli­tique de la Banque cen­trale euro­péenne est d’affi­cher le mot Euro dans tous les alpha­bets offi­ciels. Le Conseil euro­péen estime que le nom de la mon­naie doit être le même dans toutes les langues offi­cielles de l’Union euro­péenne en tenant compte de l’existence des dif­fé­rents alpha­bets; il doit être simple et sym­bo­li­ser l’Europe.

Pas tout à fait.

Je n’en suis nul­le­ment cer­tain, mais il semble que la poli­tique soit plus pré­ci­sé­ment d’affi­cher le mot Euro dans toutes les scripts offi­ciels.

Deux indices pour étayer ma théorie :

  • Le pré­fixe euro n’existant pas dans leurs langues, les Let­tons veulent donc eiro, les Mal­tais ewro, les Slo­vènes evro, les Litua­niens euras et les Hon­grois euró. Pour­tant, pas d’eiro en vue à la BCE (ni d’evro, d’ailleurs).
  • Cepen­dant, avec l’arrivée de la Bul­ga­rie, une nou­velle ins­crip­tion va appa­raître : Евро. La par­ti­cu­la­rité de ce terme : avant d’être bul­gare, il est cyril­lique.

Ainsi donc, ce n’est pas tant d’alphabet qu’il s’agit (alphabets français, slovène, voire un jour islandais…), avec son cor­tège de dia­cri­tiques, mais de scripts, c’est-à-dire de groupes de carac­tères bien dis­tincts, les alpha­bets étant juste des sous-ensembles d’un script donné. L’Europe géo­gra­phique com­por­tant trois scripts (cyril­lique, grec, latin) en tout et pour tout1, il ne serait pas néces­saire d’aller plus loin.

En conclu­sion, la décla­ra­tion de Madrid était impré­cise en uti­li­sant le terme d’alpha­bet : elle eut mieux fait de par­ler de script. Certes, les !geeks auraient eu plus de mal à comprendre…


  1. La palette de carac­tère de mon Mac intègre éga­le­ment l’armé­nien et le géor­gien comme langues euro­péennes, ce en quoi je ne suis pas d’accord : nous sommes là en Asie mineure (ça se dis­cute, l’Europe ayant été dépla­cée vers l’Ouest pour jus­ti­fier l’annexion de la Géor­gie et de l’Arménie dans l’empire russe ). Voir carte poli­tique de l’Europe et Wri­ting sys­tems of the world

La cita­tion à-peu-près-dans-le-sujet du jour : In varie­tate concordia

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Une réflexion au sujet de « L’euro et les langues : cours de linguistique politique »

  1. Krysztof von Murphy

    Va dire aux Géor­giens et aux Armé­niens qu’ils ne sont pas chré­tiens, ils te diront qu’ils le sont au moins autant que les Turcs ou les Russes. Ah, le pro­blème des fron­tières de l’Europe… Au contraire de la Tur­quie, ce sont de petits pays pour les­quels on ne se posera pas de pro­blème exis­ten­tiel s’ils sont économiquement/institutionnellement prêts. La Géor­gie a pour but affi­cher d’entrer dans l’Union…

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  2. David Latapie

    Tu t’es tra­his : tu as uti­lisé le mot chré­tien alors qu’il n’apparait pas une seule fois dans ce billet (mais peut-être pensais-tu à À pro­pos de la Tur­quie : la Bos­nie).

    Si l’on accepte la Géor­gie et l’Arménie (si l’adhésion sans pro­blème dont tu parles est effec­ti­ve­ment sans pro­blème), alors il me semble une néces­sité au moins intel­lec­tuelle d’accep­ter la Tur­quie (en cela, je vais jusqu’au bout de ma vision pure­ment géo­gra­phique de l’Europe). Pour moi, c’est véri­ta­ble­ment accepte-t-on l’Asie Mineure dans l’Europe ?

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  3. Krysztof von Murphy

    Voilà ce que c‘est de com­men­ter à une heure tar­dive :-) Je vou­lais écrire à l’origine « va dire aux G et A qu’ils ne sont pas euro­péens, ils te répon­dront qu’ils étaient chré­tiens des siècles avant nous ». Et même si l’Europe n’est pas un club chré­tien, comme disait Delors, c’est un ensemble dont le chris­tia­nisme a long­temps été une des com­po­santes iden­ti­taires. (Et puis je me suis dit que ce n’était pas un bon argument).

    Le vrai pro­blème de l’extension de l’Union Euro­péenne est ce qu’on veut en faire, au-delà de la mis­sion (réus­sie) d’éviter les guerres entre ses membres et de faci­li­ter les échanges éco­no­miques  le désastre de la Consti­tu­tion a mis le doigt sur le pro­blème, je ne sais pas si on en sor­tira. Faut-il attendre que la ques­tion soit réglée pour inté­grer la Tur­quie, l’Ukraine, la Géor­gie ? J’aurais ten­dance à dire que oui  le che­min est encore long pour tous ces pays. Éco­no­mi­que­ment, cultu­rel­le­ment, dans quelle orbite se situent-ils ? Réduire l’Europe à sa dimen­sion géo­gra­phique est pour moi aber­rant, c’est déjà une construc­tion arti­fi­cielle (simple cap de l’Asie). Sinon, quid de la Guyane ou de Chypre ? Quels argu­ments pour « reca­ler » la Tur­quie qui ne soient pas valables pour reje­ter l’Albanie ? Notam­ment, un des pires pro­blème des Turcs est aussi leur nombre — 5 mil­lions de Géor­giens par contre ne feront peur à per­sonne. (Argu­ment pour qu’ils « lâchent » le Kurdistan :-)

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  4. David Latapie

    Le désastre de la Consti­tu­tion a sur­tout mon­tré que si on don­nait de vraies cours d’éducation civique dans les pays, les Euro­péens n’auraient pas l’impression que c’est un truc qu’on fait dans leur dos.

    À court et moyen terme, la solu­tion « entre­preu­na­riale »/carotte de Monet et Schu­man (qui consis­tait à faci­li­ter les échanges com­mer­ciaux afin que la guerre devienne indé­si­rable, ceci en par­tant du constat que la voie du bâton et des décrets ne fonc­tion­nait pas), a été effi­cace. Le pro­blème, c’est que les entre­prises ont tout ce qu’elles veulent, désor­mais. Donc, elles ne jouent plus le rôle d’incitateurs à l’Europe qu’il y avait avant. Et quel inci­ta­teurs rem­place ? Aucun. Cette « mono­cul­ture euro­péiste », comme toute mono­cul­tures a mon­tré ses dan­gers : une fois que ça ne marche plus, il n’y a rien pour remplacer.

    Au contraire, si le temps gagné par l’engouement des entre­prises avait été mis à pro­fit pour édu­quer les Euro­péens, on n’en serait pas là. Peut-être même aurait-on vu des slo­gans du genre « plus d’Europe pour moins de poli­ti­ciens natio­naux cor­rom­pus et innef­fi­cace » (j’ose pen­ser qu’une Europe où cha­cun à voix au cha­pitre serait un peu mieux que ce que l’on a actuel­le­ment — le cas des bre­vets logi­ciels et de la Comis­sion mon­trant une Europe sans suf­fi­sam­ment de voix au chapitre).

    L’Albanie a pour moi voca­tion à être dans l’Europe, quand elle aura les moyens (cultu­rels, éco­no­miques, huma­ni­taires…) d’y entrer. Et qu’on le veuille ou pas, la géo­gra­phie, c’est impor­tant : ça donne des repères et on en a bien besoin. Demande aux État­su­niens si Main­land (U.S.A. — Alaska et Hawaï) ne compte pas.

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  5. Krysztof von Murphy

    - Cours d’éducation civique ou pas, l’impression que ça a été fait dans notre dos est réelle. Pour moi la cause se situe­rait plu­tôt au niveau du dés­in­té­rêt des médias pour l’Europe, avec une vision très franco-française de l’information (exemple cari­ca­tu­ral des der­niers cham­pion­nats d’athétisme). Il se passe énor­mé­ment de choses à Bruxelles, plus qu’au Palais Bour­bon, je n’en entends par­ler que par les listes de dif­fu­sion ou articles de gens oppo­sés à telle ou telle direc­tives. Quant au défi­cit démo­cra­tique, c’est géné­ral et une des causes prin­ci­pales, je crois que l’unanimité se fait là-dessus (sans que ceux qui peuvent ne fassent rien).

    - D’accord pour le diga­nos­tic : « Mis­sion accom­plie, on fait quoi ensuite ? » Non que les idées manquent mais per­sonne n’est d’accord. Le manque de but gran­diose est un des gros pro­blèmes de notre civi­li­sa­tion. Rien que ça vau­drait de se relan­cer à la conquête de la Lune. Les Chi­nois ont encore « la flamme » eux — peut-être parce qu’un but ambi­tieux réclame un mini­mum de « silence dans les rangs » sur l’utilité réelle ?

    - La géo­gra­phie, oui, elle compte, ne serait-ce que parce que les cir­cuits éco­no­miques en dépendent direc­te­ment. Les Alba­nais entre­ront dans l’Europe un jour sans doute, mais ima­gi­nons que la Sicile soit res­tée arabe, État jumeau de la Tuni­sie ? Si l’Espagne était restée-devenue arabe, avec la même situa­tion qu’au Maroc ? Pour­quoi arrê­ter l’Europe à Gibral­tar plu­tôt qu’aux Pyré­nées ? (La réponse serait sans doute que nous aurions consi­déré au fil des siècles que l’Europe était cette terre chré­tienne allant jusqu’aux Pyré­nées). Cas réel : que dirions-nous aux Turcs (très inté­grés à l’économie euro­péenne) s’ils avaient perdu TOUS

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  6. David Latapie

    Si on ns’intéressait un peu plus à l’Europe, les médias en feraient autant. Ils nous servent la soupe qu’on demande et s’ils ont une influence, je crois qu’elle est un peu trop exagérée.

    Rien que ça vau­drait de se relan­cer à la conquête de la Lune : c’est ce que fait Bush. Certes, la ques­tion des mine­rais exploi­table (notam­ment l’Helium-3 pour ses cen­trales à fusion qu’il pré­pare grâce à la der­nière expé­rience sur la Z-machine) ainsi que celle de damer le pion à la nou­velle U.R.S.S. qu’est la Chine compte, mais on détourne tou­jours un peuple de ce qui va mal (sou­vent, l’économie) en lui mon­trant un ailleurs. En 1982, l’Argentine, dans une situa­tion éco­no­mique grave, n’a pas fait autre chose (certes, les Malouines sont aussi un point stra­té­gique, mais bien moins depuis le canal de Panama).

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  7. Krysztof von Murphy

    Cercle vicieux en ce qui concerne les médias et son public. Tou­jours aller dans le sens de ce que veulent entendre/voir les gens n’est pas du jour­na­lisme. Bref,

    C’est quand même osé de com­pa­rer la conquête de la Lune à celle d’un voi­sin… Et puis, pour détour­ner l’attention du peuple, rien ne vaut du foot, des vacances, une bonne psy­chose genre grippe aviaire (subi­te­ment dis­pa­rue grâce au CPE tu as vu ? :)

    Au pas­sage, pour la Lune, même pour du He3, la ren­ta­bi­lité va être dure à atteindre…

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  8. David Latapie

    Le He₃ sur la Lune, c’est en atten­dant de pou­voir le récu­pé­rer sur les lunes de Jupi­ter. Là, c’est pac­tole. À moins que l’expérience « Giga­kel­vin » ne mette tout ça au rebus…

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