“Hallelujah” de Leonard Cohen (version John Cale) – commentaire de texte

Ce billet est dédié à Anne-Marie Roche, mon professeur de français de première, qui m’a fait découvrir la passion, le transport pour les mots.

MAJ : il s’agit de la version de John Cale (merci Julie). Le texte original est a sensiblement différent (merci Chrystal) (et vous pouvez les entendre). Merci à tous les commentateurs !

John Cale
Une chanson magnifique (composée et interprétée pour la première fois par Leonard Cohen), particulièrement dans la reprise par Jeff Buckley (I think this is one of the rare cases where the cover really outdoes the original).

Voici d’abord les paroles (version originale • version de Jeff Buckley). Ensuite viendra le commentaire de texte.

Paroles

I’ve heard there was a secret chord
That David played, and it pleased the Lord
But you don’t really care for music, do you?
It goes like this
The fourth, the fifth
The minor fall and the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty
In the moonlight
Overthrew you
She tied you
To a kitchen chair
She broke your throne,
She cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Babe I’ve been here before
I know this room, I’ve walked this floor
I used to live alone before I knew you
I’ve seen your flag on the marble arch
And Love is not a victory march
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

There was a time you’d let me know
What’s real and going on below
But now you never show it to me, do you?
Remember when I moved in you?
The holy dark was moving too
And every breath we drew was Hallelujah

Hallelujah, Hallelujah
Hallelujah, Hallelujah

Maybe there’s a God above
And all I ever learned from love
Was how to shoot at someone who outdrew you
And It’s not a cry you can hear at night
It’s not somebody who’s seen the light
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

Explication de texte

Le texte fourmille de références principalement bibliques (même si le fond de la chanson est bien plus que religieux).

I’ve heard there was a secret chord/That David played, and it pleased the Lord
David composa plusieurs psaumes (poèmes mis en chanson) à la gloire de Dieu.
But you don’t really care for music, do you?
Pas de signification particulière, à mon avis.
It goes like this/The fourth, the fifth/The minor fall, the major lift
Double sens : référence aux notes utilisées (Fa – Sol – Am – F — plus d’information pour les musiciens), mais aussi à l’extase et la peine de l’amour, l’amour perdu faisant souffrir, mais valant mieux que pas d’amour du tout, puisque nous avons toujours le souvenir.
The baffled king composing Hallelujah
Pas de signification particulière, à mon avis.
Your faith was strong but you needed proof/You saw her bathing on the roof/Her beauty/in the moonlight/overthrew you
Alors qu’il était roi (avant, c’était un paysan), David vit une très belle femme en train de prendre un bain sur le toit. Découvrant qu’elle était mariée, il s’arrangea pour que son mari soit en première ligne durant une guerre, afin qu’il y fût tué. Ce qui advint et David se maria alors à sa femme (eh oui ! La Bible, surtout l’Ancien Testament, ce n’est pas Walt Disney).
She tied you/To a kitchen chair/She broke your throne,/she cut your hair/And from your lips she drew the Hallelujah
Ici, Leonard Cohen ne parle plus de David mais de Samson, un guerrier dont la force surhumaine provenait de ses cheveux. Dalila, la femme qu’il aimait, le trahit et il fut capturé (She tied you to a kitchen chair) puis ses cheveux furent coupés (she cut your hair). Dalila s’était servie de son amour pour elle (And from your lips she drew the Hallelujah). She broke your throne est une référence à David, mais surtout à la déchéance, à la fois physique (perte de sa force) et sociale (Samson était un héros pour les Hébreux)
Babe I’ve been here before/I know this room, I’ve walked this floor
J’ai déjà été amoureux
I used to live alone before I knew you
Ça se comprend tout seul
I’ve seen your flag on the marble arch/love is not a victory march/It’s a cold and it’s a broken Hallelujah
L’amour, ce n’est pas une conquête. Ca peut même faire très mal, même quand on est encore en couple et que les deux sont amoureux. J’adore cette phrase, love is not a victory march. Quand on connait un peu Leonard Cohen, on sait que cet amour, ce n’est pas que l’amour d’une femme (ou d’un homme), mais aussi un voyage spirituel, l’amour de Dieu, mais aussi la connaissance de soi.
There was a time you’d let me know/What’s real and going on below/But now you never show it to me do you?
Avant, on se disait tout, on était complice. Aujourd’hui, sans être des étrangers, nous avons perdu cette complicité.
Remember when I moved in you?/The holy dark was moving too/And every breath we drew was Hallelujah
Rappel de ces instants magiques. Moved in you ne fait référence à avoir emménagé chez la personne, mais à la copulation, quand nous faisions l’amour. Encore une fois, ça peut être aussi être vu comme la révélation divine qui se fane avec le temps, car la foi c’est comme l’amour pour une personne, ça s’entretient.
Maybe there’s a God above/And all I ever learned from love/Was how to shoot at someone who outdrew you
Paroles cyniques et amères d’une personne qui est redescendue du piédestal. Que ce soit l’amertume que Dieu lui aie reprit son amour (si tant est qu’il y ait un Dieu) ou bien de rendre pour coup à la personne qui nous a déçu, que ce soit Dieu ou la fille/le mec qui nous a quitté (how to shoot at someone who outdrew you, outdrew faisant référence aux duels du Far-West – Leonard Cohen est États-UnienCanadien – où le plus rapide à dégainer outdraws l’autre).
And It’s not a cry you can hear at night/It’s not somebody who’s seen the light/It’s a cold and it’s a broken Hallelujah
Suite de l’amertume. Ce n’est pas de joie que je chante, mais de rage.

La thématique du texte, c’est la déception face à l’amour. En montrant, notamment par la technique rodée de l’emploi de métaphores religieuses, l’exultation à laquelle peut mener l’amour, l’auteur montre deux points d’importance :

  • il ne s’agit pas d’un chagrin d’amour comme nous en avons tous connus (ou en connaitront pour les plus jeunes), mais une désillusion face au phénomène même de l’amour ;
  • cet amour peut être celui, classique, entre deux êtres, mais, surtout quand on connait la personnalité du compositeur, Leonard Cohen (Juif de naissance, mais d’obédience bouddhiste), une déception face à la recherche de vérité, Dieu et de soi. Donc, l’amertume d’une recherche spirituelle.

Vous n’êtes pas obligé de croire l’auteur. Oui, le doute existe pour tous, mais doit-on condamner l’amour si radicalement ?

À noter que nous n’avons parlé que du texte, pas de son interprétation. En effet, chaque chanteur lui a donné une thématique différente par sa manière de le chanter. Pour Cohen, ce fut la désillusion, pour Buckley et de son propre aveu, l’orgasme et pour d’autres encore autre chose. Je vous invite à écouter différentes versions.

Sources : What’s the meaning of the song Hallelujah? et What do the lyrics for hallelujah mean? et mes propres réflexions.

Et bien sûr, celle que tout le monde attend…

flattr this!

  • Les paroles que tu présente ne sont pas celles de Leonard Cohen mais celles de John Cale qui a retouché les paroles avec son accord. C’est cette version qui a généralement été reprise mais ce n’est pas celle que chante Leonard Cohen.

    • Merci ! Malheureusement, je fais rarement de commentaire de texte – trop de chose à produire, trop d’information, pas le temps de coucher par écrit mes réflexions…

  • Bravo pour cette analyse ! il ne manque plus que effectivement que les couplets de Leonard Cohen qui correspondent à sa personnalité et à son vécu :
    “You say I took the name in vain
    I don’t even know the name
    But if I did, well really, what’s it to you?
    There’s a blaze of light
    In every word
    It doesn’t matter which you heard
    The holy or the broken Hallelujah

    Hallelujah, Hallelujah
    Hallelujah, Hallelujah

    I did my best, it wasn’t much
    I couldn’t feel, so I tried to touch
    I’ve told the truth, I didn’t come to fool you
    And even though
    It all went wrong
    I’ll stand before the Lord of Song
    With nothing on my tongue but Hallelujah ”

    Ce sont les couplets de la version originale de Cohen qui viennent après les 2 premiers. Les 3 autres sont des ajouts de John Cale.

    Merci David d’avoir pris le temps d’allumer une bougie !

  • Et merci à toi, Chrystal, pour m’avoir donné les paroles de base. J’ai mis à jour l’article en conséquence !
    (allumé un bougie… ça me touche, ce que tu dis, tu sais)

  • Meilleure interpretation que j’ai vu jusqu’ici. Chapeau !!!! Pour moi le roi dechu est soit Herod soit Salomon si je me trompe pas cest pour lui que David ecrivait …