Des Moscovites pas si bêtes

La vie en milieu urbain rendrait les animaux errants - chiens, chats, oiseaux - plus intelligents : telle est la constatation effectuée par des chercheurs russes. Les explications du quotidien Novyé Izvestia. Les biologistes moscovites viennent de faire une découverte sensationnelle : une nouvelle lignée d’animaux serait en train d’apparaître dans la capitale. Les chats et les chiens errants de la mégalopole développeraient des réflexes complexes inconnus de leurs congénères domestiques. Ainsi, les chiens traverseraient la rue au feu vert, et les chats ouvriraient les fenêtres avec une habileté de cambrioleurs. L’activité humaine aurait aussi une incidence sur les insectes : cafards et mouches digéreraient mal la nourriture moderne. D’après les chercheurs, les animaux errants trouveraient à Moscou des conditions idéales pour progresser. Lors de ces dix à quinze dernières années, le comportement de ces animaux a sensiblement évolué, confie l’éthologue Andreï Neouronov. Cela concerne principalement les chiens, les chats, les rats et les corneilles, mais surtout les chiens, qui apprennent à se servir des avancées techniques de l’homme. Certains, en traversant la rue, se comportent exactement comme des humains : ils regardent d’abord à gauche, puis à droite. On trouve même des chiens intelligents dans le métro. Ils savent descendre à la bonne station et prendre les escaliers roulants. Contrairement aux chiens, les chats, les corneilles et les rats apprennent surtout à éviter les hommes. Parmi les nouveaux acquis les plus spectaculaires des chats, leur faculté de manipuler certains objets. Ainsi, ils sont même capables d’ouvrir les portes et les fenêtres. D’après Andreï Neouronov, ces acquis se transmettraient. Dans quelques années, Moscou pourrait bien compter des animaux errants aux comportements inédits. L’augmentation de leur résistance au stress a permis à plusieurs variétés d’oiseaux de supporter le bruit de la capitale. La corneille mantelée est celle qui s’adapte le mieux à la ville, précise Vladimir Romanov, docteur en biologie. Les corneilles représentent près de 20 % de la population d’oiseaux de Moscou. Elles sont particulièrement intelligentes, agressives, audacieuses et grégaires. Les corneilles, des oiseaux sédentaires, sont capables de comportements complexes. En ville, elles ont plus d’occasions de développer leurs aptitudes, explique Andreï Neouronov. Certaines utilisent leurs ailes comme des luges pour glisser sur la neige ; d’autres jettent de petites pierres ou s’amusent à faire peur aux animaux et même aux humains. Parmi les corneilles des villes, il y a aussi quelques marginales qui vivent à l’écart des autres, dont certaines qui font des choses complètement invraisemblables, comme se percher sur le toit des rames de métro pour se faire emmener en balade. Aussi incroyable que cela puisse paraître, certains oiseaux des bois ont également réussi à s’adapter aux dures conditions de vie de la capitale. Les chouettes se portent plutôt bien, à Moscou, où elles chassent les innombrables rats. Récemment, on en a même aperçu une sur l’Arbat [rue du centre de Moscou]. L’intense vie nocturne de la mégalopole ne les dérange plus, assure Vladimir Romanov. En revanche, il y a de moins en moins de pigeons. Lorsque les greniers ont été massivement réaménagés [dans les années 1990, quand le pays est passé à l’économie de marché], ces oiseaux ont perdu leurs refuges. Apparemment, les cafards aussi ont souffert, on en voit de moins en moins. Il y a dix ou quinze ans à peine, on en trouvait pratiquement dans tous les immeubles, se souvient le biologiste Dmitri Atiakchine. Aujourd’hui, il y en a beaucoup moins, aussi bien à Moscou que dans d’autres villes de Russie. On ne sait pas exactement pourquoi. Il est probable que l’être humain y est pour quelque chose, avec sa consommation de produits contenant des OGM ou l’intensification, durant ces dix dernières années, du champ électromagnétique. Les téléphones portables, fours micro-ondes et ordinateurs, la multiplication des lignes à haute tension pourraient tout à fait être en cause. Si l’activité humaine a pu agir de façon aussi rapide et radicale sur une des espèces d’insectes les plus résistantes, les biologistes se demandent, avec un peu d’inquiétude, quelle influence elle pourra bien avoir sur l’être humain lui-même.

Repères

A Paris, on recense pas moins de 1 475 espèces animales sauvages (novembre 2005). Méduses, escargots de Bourgogne, moules, libellules, écrevisses, crevettes, crapauds, grenouilles, tritons, lézards, faucons crécerelles, chouettes hulottes, chauve-souris, hérissons, fouines font partie des espèces recensées dans la capitale française. Le recensement effectué en novembre 2005 a mis à jour 32 espèces de mammifères, 166 espèces d’oiseaux, 3 espèces de reptiles, 9 espèces d’amphibiens, 36 espèces de poissons, 1 043 espèces d’insectes et 45 espèces de mollusques. Les seize populations de lézards des murailles sont surtout installées sur la Petite Ceinture ferroviaire de la capitale. L’unique population de grenouille rieuse Rana ridibunda pour le département de Paris a quant à elle pris ses quartiers dans le bois de Boulogne. Et, depuis les années 1980, le renard roux a emménagé au bois de Vincennes.

Andreï Leonov et Nina Vajdaïeva Novyé Izvestia Courrier international

flattr this!