Écrit le 18 janvier 2010 à 6:57

Long terme et démocratie

Prenons la question de l’eau potable. Elle est grave, mais la question de l’assainnisement l’est encore plus (…) Et pourtant, les élus auront tendance à chosir l’eau potable plutôt que l’assainissement. Car s’ils veulent faire un autre mandat, il faut qu’ils fassent dans le visible et le court terme. On peut alors se demander si le cycle court de la démocratie est compatible avec le caractère durable du développement.

L’emphase est mienne.

Cela fait très longtemps que je pense la même chose. La démocratie, c’est bien beau, mais on oublie que les masses votent pour l’immédiat et l’intérêt particulier, pas le long terme et l’intérêt général.

De là à atteindre un certain élitisme, il y a un pas que j’hésite constamment à franchir. Disons que je serai assez partant pour un suffrage capacitaire, quitte à ce que la majorité des gens aient les capacités en question (l’objectif n’étant pas de restreindre le nombre de votants, mais de s’assurer qu’ils savent pour quoi ils votent). Cette mesure est bien sûr condamnée à l’échec pour cause d’impopularité et parce plus la part de la masse ignorante est grande, plus on peut se faire élire sur l’apparence et moins on a besoin d’avoir vraiment un projet de société.

Mais pour cela, il faudra que l’on se décide à nouveau à parier sur l’éducation. Et donc à accepter que la population soit plus exigeante envers ses politiques (le rapport entre esprit critique et éducation n’étant plus à prouver). Et comme ce sont les politiques qui décident des orientations, ils ne se tireront pas une balle dans le pied.

À moins de voir apparaître, et surtout percer, des hommes politiques peu soucieux de leur pérennité électorale. Je l’espère, à défaut d’y croire.

Une réaction à “Long terme et démocratie”

  1. Krysztof von Murphy le 20 janvier 2010 à 23 h 40 min a dit :

    Objections de principe :

    - Les gens peu éduqués doivent voter ne serait-ce qu’à titre protestataire contre le pouvoir en place, sinon ils seront ignorés.

    - Un gouvernant élu par x% de la population ne travaillera que pour ces x% là, les autres se feront exploiter ou ignorer (y a qu’à voir comment sont considérés les immigrés) ;

    - Le jeu devient ensuite très vite « quels sont les critères qui fait que l’on a le droit de voter ? » On peut en débattre très longtemps sans tomber d’accord. Ensuite ce sera un outil pour filtrer les gens qui « votent bien ». Le système a fait partie des techniques ségrégationnistes aux États-Unis. Ces règles sont toujours plus un instrument de verrouillage que de véritable aptitude.

    - Quitte à faire une sélection des votants, autant y aller radicalement et ne prendre que les 10% les plus concernés/informés/moraux. Qui va les juger ? Ensuite ce sera une caste qui se cooptera. Ne serait-ce que parce que tout le monde considère que ses enfants doivent avoir les mêmes privilèges que soi (consciemment ou pas).

    - Toute caste, même étendue, qui filtre les pensées originales, mêmes provocantes ou discordantes venant de gens pas bien insérés (tous ces artistes fous et poètes provocateurs, ces zazous du Larzac, ces athées, ces Noirs…) est condamnée à végéter en rond.

    - Si tu exclues des gens du système classique, une partie va se retourner dans des voies plus violentes.

    Tout ça sans vouloir dire que le système actuel fonctionne bien, il a quand même rendu pas mal de services. Le fait que tout le monde, passé 18 ans (critère incontestable) peut avoir une part de son avis limite beaucoup les risques de dictature.

    C’est plutôt au niveau de la sélection des élus, de leur surveillance, et de leur renvoi que je placerais des espoirs. Quelqu’un qui veut se présenter doit être présumé coupable de vouloir abuser du système et contrôlé en conséquences, ça découragerait certains arrivistes. La désignation de quelques trublions au hasard sur les listes électorales est un de mes dadas personnels.

    Reste le problème fondamental du court terme que même un corps électoral « responsable » ne peut régler, sauf à faire des mandats de 20 ans où le pouvoir finit par corrompre et user.

    J’ai peur que le problème soit par nature insoluble et que le choix soit entre des dictatures forcément corrompues et des démocraties forcément peu efficaces (hors état d’urgence à la rigueur).

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