« que je suis » ou « que je sois » ? Rappel sur l’indicatif et le subjonctif

Dommage que je ne suis plus étudiant ou Dommage que je ne sois plus étudiant ?

Ce billet a deux liens avec le précédent (à propos des trophées Accessiweb 2006 pour les blogueurs étudiants). Le premier, c’est je ne suis plus étudiant. Le second, c’est que, qu’il s’agisse d’accessibilité Web ou de conjugaison française, nous parlons dans les deux cas de sémantique.

Indicatif et subjonctif

Les locuteurs natifs de français avec une haute éducation (vous et moi, quoi) ont tendance à utiliser la seconde phrase, qui apparaît comme plus soignée (tout comme second est plus soigné que deuxième). Peut-être sur le modèle du conditionnel passé, dont la deuxième forme est plus soignée que la première (exemple avec le verbe passer). La confusion est accentuée par le fait malheureux que certaines conjugaisons se prononcent voire s’écrivent identiquement (il travaille est homonyme parfait aux présents de l’indicatif et du subjonctif).

Depuis que, pour manger, je dois me plonger dans les arcanes de la langue française, je me suis enfin réconcilié avec cette question.

La première forme (suis) est de l’indicatif et la seconde (sois) du subjonctif. L’indicatif indique une information objective, alors que le subjonctif ne s’emploie que pour exprimer une action possible, envisagée (subjectif vient de souhait ; attention : l’acception courante de subjectif par opposition à objectif ne tient pas).

Ainsi pourra-t-on employer du subjonctif avec sembler, penser espérer… mais l’indicatif s’emploiera avec des verbes dénotant quelque chose d’objectif : être, travailler.

La sémantique, pas la mécanique

Et encore… On nous apprend à l’école (du moins, on m’a appris) que le subjonctif se mettait après que. C’est faux. Choisir l’indicatif ou le subjonctif n’est pas une question de grammaire, mais de sémantique (ou, si vous préférez, ce n’est pas une question d’engrenage, mais de sens).

  1. Je peux très bien employer de l’indicatif après que :
    • je vois que tu es en retard.
    • je veux que tu partes.
  2. Un même verbe peut s’employer Certaines formes verbales sont identiques à l’indicatif comme au subjonctif
    • je vois qu’il travaille
    • j’espérais qu’il travaille

    Dans le premier cas, nous avons un que et le verbe travailler est à l’indicatif. Dans le second cas, nous avons un que et le verbe travailler est au subjonctif. Vous voyez la différence ? Non ? Normal, il n’y en a pas, seul le contexte permet de départager.

  3. Plus vicieux encore, mais tout ce qu’il y a de plus correct et utilisable (bien qu’un peu soutenu dans sa formulation)
    • j’entends qu’il travaille
    • j’entends qu’il travaille

    Même phrase, deux sens. La première réfère à l’audition (ouïr), la seconde à la volonté.

Il me reste plusieurs interrogations, en voici une :

Que le zombie soit une machine ou un site, ça fait tout autant chier.

Nous avons le verbe être et ça ne me semble pas du domaine de la possibilité mais bien du réel. Pourtant, j’utilise un subjonctif et je ne me vois pas utiliser un indicatif (si vous remplacez par le son [ɛ], ce sera le verbe avoir, pas le verbe être). Qu’en pensez-vous ?

Une langue frustrante

Définitivement, le français, c’est vachement pas secure, comme langue. À l’instar d’Olivier Meunier, qui est le plus mauvais partisan de DotClear car il en connaît toutes les faiblesses, je ne suis pas un bon supporteur du français. Je comprends maintenant que de nombreux spécialistes de notre langue émettent parfois plus de reproches encore que des ignorants à l’égard du français. Le fait que j’apprenne une langue plus rigoureuse comme le slovène (mais pas aussi rigoureuse que le lojban) y est sûrement pour quelque chose.

Lire aussi d’autres limitations du français.

Ainsi donc, Dommage que je ne suis plus étudiant.

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  • Tsst tsst tsst, dans « je veux que tu partes », « partes » est du subjoncif. 😉 Par contre, on dit bien « je sais que tu pars », et même « je crois que tu pars » (mais « je ne crois pas que tu _partes_ », la négation fait passer de l’indicatif au subjonctif parce que le premier cas est "plus sûr" que le deuxième).

    (A part ça, « j’entends » avec un -s à la fin.)

    Pour « dommage que je ne sois/suis plus étudiant », je pencherais pour le subjonctif, non pas parce qu’il suit un « que » mais parce que ça fait référence à un fait hypothétique et faux: être étudiant. Pour moi, « dommage que je ne suis plus étudiant » pose le fait tel quel, je ne suis plus étudiant et c’est dommage (formulation S terre-à-terre de la chose), tandis que « dommage que je ne sois plus étudiant » fait référence à l’état bien-heureux d’étudiant, ah si seulement ça pouvait être encore le cas (formulation N rêveuse de la chose).

  • Pour que tu partes, c’est une étourderie/fatigue. Preuve en est qu’à la relecture dans le fil RSS, ça m’a tout de suite sauté aux yeux. Et ceci parce qu’il y a une différence à l’oral. Au contraire de j’entends où c’est toi qui m’as corrigé.

  • taire

    qui m’a_s_ corrigé 😉