Le lait est-il dangereux pour la santé ? Je pense de plus en plus que oui, le lait est dangereux pour la santé. (précision : j’utilise lait comme raccourcis pour produits laitiers...
Le lait est-il dangereux pour la santé ? Je pense de plus en plus que oui, le lait est dangereux pour la santé.
(précision : j’utilise lait comme raccourcis pour produits laitiers — le lait, mais aussi le fromage, la crème fraiche…)
Voici mes arguments :
Accusé, levez-vous
Pas de fumée sans feu
Il n’y a pas de fumée sans feu (même s’il ne faut pas se tromper de feu) et l’épreuve du temps, ça compte. Beaucoup de gens parlent des méfaits du lait, le fond depuis longtemps, et sont plus nombreuses chaque jour. Enfin, leurs discours, hormis quelques excités, sont généralement argumentés. J’ai une assez bonne connaissance des mécanismes des signaux faibles/précurseurs (dans tous les domaines) pour ça me fasse réfléchir.
Le lobby du lait : 100 milliards de dollars
Les anti-lait n’ont pas de raison particulière de mentir (sauf les végétaliens, peu nombreux), contrairement aux pro-lait avec le lobby du lait. Celui-ci est puissant. Rien qu’en France, c’est :
- 24 milliards d’euros de chiffre d’affaire
- 65 000 salariés
- 23 milliards de litres de lait de vache par an
- 3,9 millions de vaches laitières (avec tous les services annexes à une vache qu’on imagine : vétérinaire, fourrage, logement…), surtout localisé en Bretagne
- Second plus grand producteur de lait en Europe (le premier étant l’Allemagne)
(source : Le Monde, 2009)
C’est aussi 4 fédérations (FNPL, OPL, FNCL, FNIL) et 6 syndicats (SFPP, SIGF, SYNDIFRAIS, SYNDILAIT, SYNDIFONTE, SPPAIL).
Au niveau mondial, les 14 premières entreprises totalisaient en 2007 presque 100 milliards de dollars de vente (source Les Echos, 2007). En 2011, c’était 24 millions de tonnes de lait de vache qui étaient produits en France (source : FAO)

Une telle puissance permet bien sûr de « sensibiliser » les médecins, les politiques et les médias. Je ne dis pas que c’est le cas, je dis que c’est possible.
Bref, il y a de l’argent derrière. Nul besoin d’être conspirationniste pour comprendre que les intérêts en jeu peuvent être une menace pour l’objectivité. Et que ces intérêts ne vont guère que dans un seul sens (il n’y a guère de pression unifiée contre le lait — les secteurs qui profiteraient du recul du lait ne sont pas unifiés).
Et si le « bon sens » n’est pas une donnée recevable pour vous (ce que je comprends tout à fait), ceci pourra vous intéresser :
[Sur 206 articles scientifiques] Lorsqu’une étude est financée par l’industrie, les chances de voir sa conclusion favorable au sponsor sont 4 à 8 fois plus élevées que lorsqu’il n’y a eu aucun financement de l’industrie.
Maintenant que nous avons abordés les points les moins solides, ceux qui relèvent de l’intuition, du « feeling », voire du procès d’intention, passons à des arguments plus scientifiques :
Le lait de vache épuise le corps humain
Le lait est conçu pour stimuler la croissance d’un enfant. Donc, ce n’est pas fait pour un adulte. Selon le coach en nutrition Erwan Mentheour après 4 ans, il n’y a pas un individu qui sécrète l’enzyme qui permet de digérer le lait
(la lactase).
Dans le cas du lait de vache, l’enfant en question, c’est le veau. Si vous avez déjà eu l’occasion de toucher un veau (faites-le quand sa mère à le dos tourné !), vous constaterez que ses pattes sont très massives et qu’il a des os très gros, bien plus gros que ceux d’un humain adulte. Certes, un veau boira plus de lait qu’un humain (s’il peut boire à volonté, il ira jusqu’à 10 litres par jour), mais l’humain mange autre chose (et dans le cas d’un enfant, il est aussi plus léger qu’un veau).
Bref, le lait de vache est fait pour produire de l’os. Beaucoup d’os. En fait, trop d’os pour un corps humain. Conséquence : les ostéoblastes (cellules qui produisent de l’os) s’épuisent au bout d’un certain temps. Ce qui explique les ostéoporoses.
Vous n’êtes pas obligé de me croire sur parole (en fait, je vous encourage même à ne pas me croire et à utiliser mes pistes pour vérifier par vous-même). Je vous invite à méditer ceci : les premières traces fossiles d’ostéoporose coïncident en temps et lieu avec la domestication de la vache.
Ainsi, malgré l’absence totale de laitages dans son alimentation, l’espèce humaine a joui d’une excellente santé osseuse jusqu’à la fin du paléolithique supérieur. Les premiers signes de stress et de maladies des os, qu’il s’agisse du rachitisme, de l’ostéomalacie ou de l’ostéoporose sont relevés au néolithique, dans les populations qui se livrent à l’agriculture et l’élevage (48. Eaton B : Paleolithic lifestyle and bone. IOF World Congress, Toronto (Canada), 4 juin 2006.).
Ceci continue aujourd’hui. L’organisation mondiale de la santé parle de « paradoxe du calcium » pour décrire le fait que les populations qui consomment le plus de lait de vache et d’autres laitages connaissent des taux d’ostéoporose et de fractures du col du fémur parmi les plus élevés au monde
; le contre-argument de l’industrie laitière arguant de diversités génétique est lui-même battu en brèche.
Les autres sont-ils en moins bonne santé ?
Selon le coach susmentionné, 75 % de la population mondiale est allergique au lait. Sommes-nous en meilleure santé qu’eux (tout autres choses étant égales par ailleurs) ?
Question : est-ce que ceci est vrai de tous les laits ou uniquement du lait de vache ?
Personnellement, ça fait plusieurs dizaines d’années que j’ai un rituel immuable : un bol de « chocolat au lait » (du cacao en poudre avec du lait de vache) et des céréales le matin. Je sens qu’il ne me sera pas facile d’en changer. Qu’est-ce que vous préconisez comme remplacement, sachant que le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée ?
Et quoi d’autre ?
Voici à quoi les produits laitiers exposeraient (source : congrès 2006 de la fondation internationale d’ostéoporose) :
- consommation de graisses saturées chez l’enfant ;
- consommation de graisses insaturées chez l’enfant ;
- consommation de sucres chez l’enfant ;
- favorise l’acné d’adolescence (soupçonné) ;
- risque accru de :
- cancers agressifs de la prostate,
- cancer du poumon (beurre),
- cancer colorectal (graisses d’origine animale),
- maladie de Parkinson
- lymphome non-hodgkinien.
La parole est à la défense
Y a-t-il quand même des effets bénéfiques au lait ? Probablement.
Déjà, il n’y a pas que le lait de vache ; le lait d’autres animaux (particulièrement la brebis et la chèvre) sont moins dangereux – mais je ne peux en dire davantage, je n’ai pas assez enquêté.
Ensuite, le lait de vache sous forme liquide (du lait, quoi) pourrais protéger contre le cancer du côlon. Cependant, sous forme solide (fromage) il pourrait au contraire le favoriser.
Continuer, en dépit des données disponibles, de présenter les laitages comme des aliments incontournables, qui règleront les problèmes de santé osseuse, présente le risque de détourner l’attention du public et des professionnels de santé d’autres moyens de prévenir les fractures, d’ailleurs absents de l’éditorial de Vidailhet et coll., comme l’exercice physique régulier, la diminution du sel alimentaire, la consommation accrue de fruits et légumes, la limitation des protéines animales, le statut en vitamine D et l’exposition régulière et modérée au soleil, l’arrêt du tabac.
Où trouver du calcium en-dehors du lait ?
Source : e-sante.fr.
Par ordre décroissant (lait de vache : 113 mg/100 g) :
- Algue wakamé : 1 300 mg/100 g
- Sardines en boîte : 400 mg/100 g
- Tofu : 350 mg/100 g
- Persil : 250 mg/100 g
- Amandes : 250 mg/100 g
- Cresson : 210 mg/100 g
- Epinards : 168 mg/100 g
- Farine de soja : 154 mg/100 g
- Chocolat : 105 mg/100 g
- Brocolis : 76 mg/100 g
- Figues sèches : 64 mg/100 g
- Haricots verts : 60 mg/100 g
- Haricots blancs cuits : 60 mg/100 g
- Orange : 52 mg/100 g
- Viandes et poissons : 10 à 40 mg/100 g
Et pour les autres laitages et l’eau :
- Parmesan : 1 200 mg/100 g
- Lait de chèvre : 325 mg/100 g
- Chèvre sec : 200 mg/100 g
- Hépar : 555 mg/l
- Courmayeur : 553 mg/l
- Contrex : 550 mg/l
Conclusion
Peu de laitage (deux portions max par jour) ou pas du tout. En tout cas, pas les quatre portions par jours recommandées.
Reste à savoir ce qu’est une « portion ». Est-ce que mon bol quotidien de lait au petit déjeuner compte pour deux portions, pour trois, pour quatre… ?
Voici ce qu’en disent Extenso, le site de santé de l’université de Montréal (Qu’est-ce qu’une portion ?) et Santé Canada (À quoi correspond une portion du Guide alimentaire?) :
- Légumes et fruits (carotte, patate douce, brocoli, chou-fleur, tomates, laitue, pommes, oranges, poires, mangues, raisins, kiwi, etc.) : la grosseur de votre poing
- Produits céréaliers (pain, bagel, muffin anglais, tortilla, pain pita, pâte, riz, couscous, bulghur, orge, céréales à déjeuner, muffins maison, craquelins, etc.) : la grosseur de votre poing
- Lait et substituts (lait, fromages, boisson de soja enrichie) : deux fois la grosseur de votre poing ou une tasse. Pour le yaourt, trois quart de tasse
- Fromage : 2 doigts en V (index et majeur)
- Viandes et substituts (bœuf, porc, veau, agneau, poulet, poisson, œufs, tofu, légumineuses, noix et graines, etc.) : la paume de votre main (et en épaisseur ?)
Donc pour résumer :
- Fruits, légumes et céréales : une grosseur de poing
- Laitages : deux grosseurs de poing (sauf yaourt et fromage, plus compliqué)
- Viandes et substituts : une paume de main (mais épaisseur inconnue)
Arnaud Boudou a apporté un contre-argumentaire intéressant sur Google+:
Donc, il y a un truc qui me gène dans ton billet :
On a d’un côté Selon le coach en nutrition Erwan Mentheour après 4 ans, il n’y a pas un individu qui sécrète l’enzyme qui permet de digérer le lait
, suivi plus loin de Selon le coach susmentionné, 75 % de la population mondiale est allergique au lait
.
Donc il faudrait savoir : ou bien personne ne peux digérer le lait, ou bien 25% le peuvent (et 1/4 de la population, ce n’est pas mal).
Et d’ailleurs, ce qu’il appelle allergie
, c’est plus l’impossibilité à l’âge adulte de sécréter la lactase, et qui de plus n’est pas répartie de manière uniforme dans la population. Jette un œil ici : Intolérance au lactose, tu verras que pour les populations d’origine européenne, la norme est plutôt la tolérance au lactose.
Bref, il faut plutôt voir la tolérance au lactose comme une évolution qui a été bénéfique dans le passé (je ne me prononce pas pour l’époque actuelle) : possibilité de digérer le lait = apports supplémentaires en nourriture = chances accrues de survie. Qu’une mutation génétique ai un côté positif qui soient supérieurs ses éventuels effets négatif ne me choque pas plus que ça. Fait le parallèle avec le taux d’incidence de la drépanocytose (maladie génétique) avec celle de la malaria (maladie parasitaire). Tu verras que ce qui est de manière globale une évolution négative est dans ce cas particulier une évolution positive.
Sinon, autre point relevé : Les premiers signes de stress et de maladies des os, qu’il s’agisse du rachitisme, de l’ostéomalacie ou de l’ostéoporose sont relevés au néolithique, dans les populations qui se livrent à l’agriculture et l’élevage
. Est-on sûr que l’un est la cause de l’autre (corrélation n’implique pas causalité). Cette augmentation constatée pourrait avoir plusieurs autres causes :
- L’agriculture et l’élevage ont entrainés une explosion de la population humaine par l’apport plus important et plus sécurisé de nourriture. On a donc plus d’ossements à observer qu’avec des populations de chasseurs / cueilleurs, donc potentiellement plus de chances d’observer les effets mentionnés précédemment.
- Cet apport de nourriture a donc aussi permis d’augmenter l’espérance de vie. Plus la personne vit vieille, plus elle a de chances de souffrir d’ostéoporose (on parle quand même d’une maladie qui touche principalement les personnes âgées).
Après, qu’un excès d’un aliment (quel qu’il soit) soit nuisible, je suis tout à fait d’accord avec. Mais de là à dire que par lui même le lait est nocif, c’est un pas que je ne franchirai pas.